Benighted - Obscene Repressed

Chronique CD album (43:25)

chronique Benighted - Obscene Repressed

Forte augmentation des violences conjugales. Voilà l'une des tristes conséquences du confinement. Autant dire : sale temps pour les féministes. Et encore, Ben Barbaud n'a pas encore annoncé l'annulation officielle du Hellfest, autant dire que le pourcentage peut encore augmenter dans le futur. Parce que franchement, il y a un moment où il faudra bien que le plus primitif aille compenser son manque de moshpits quelque part. Et si la moitié et/ou la progéniture ne sont pas habituées à ce genre de pratiques, autant dire qu'un accident peut vite arriver. Ou comment passer un malentendu pour un féminicide en deux leçons.

 

D'ailleurs, on parle du Hellfest mais il faut savoir que les féministes serrent grave les fesses. Parce qu'avant ces histoires d'annulations diverses de festivités estivales, nous avons un certain Benighted qui nous sort son nouvel album, Obscene Repressed. Là, comme ça, sans complexes, avec toute l'insouciance du monde, diront les mauvaises langues. Parce que les mecs de Benighted, depuis quelques albums, c'est l'ascension progressive des limites de la sauvagerie. On se monte le bourrichon, toujours plus fort, jusqu'à limite péter la durite. Autant dire que sur le papier, ça ne semblait pas très malin de leur part de quand même sortir son nouvel album au vu de la situation actuelle, plus tendue du string, tu crèves. Pire, carrément criminel entend-on chuchoter chez les féministes.

 

Mais il ne faut pas sous-estimer les mecs de Benighted et ne les prendre que comme des sauvageons. Ils ne l'ont pas forcément fait exprès à la base mais il faut admettre qu'on pourra saluer la manœuvre : les Stéphanois sont des gens biens, définitivement. Alors que l'on pourrait penser au vu de son intitulé que l'on allait encore se laisser embringuer dans une nouvelle étape de folie furieuse jusqu'à s'en péter la rate, Obscene Repressed nous prend clairement à revers en enclenchant la pédale douce.

 

 

Owi, owiiiiii ! Clamera cette chère Marlène en tendant son cosmopolitan lors de son prochain meeting cocktail en visio avec ses acolytes blanches et bourgeoises du collectif L’Égalité En Marche – en avant ou en arrière, on ne sait toujours pas, c'est un point que l'on tente toujours de déterminer. Et le tout, se félicitant de parvenir à contenir la catastrophe annoncée en se contentant de ce qu'elle sait faire de mieux, à savoir disparaître et fermer sa gueule. C'est qu'on ne peut être bourgeois sans se complaire dans l'oisiveté après tout.

 

Ogruik, ogruiiiiiik ! S'enthousiasmeront les petits cochons qui se préparaient pourtant à un nouvel holocauste. Les exploitations ferment leurs grilles avant même que tout l'élevage n'ait pu monter dans le camion les menant vers la déportation en abattoir.

 

 

Enfin, que ces derniers ne se croient pas sauvés pour autant. Benighted n'a pas non plus retourné sa veste au point de prôner le véganisme. Cattle Decapitation le fait déjà assez bien comme ça. Non, ce n'est pas parce que je concède une petite baisse de régime chez ce Obscene Reppressed que cela signifie que ses géniteurs ne posent plus son usuel plateau de charcuterie sur la table (« Obscene Repressed » ou encore « Nails » montrent bien que ça gruike encore dans la joie et la bonne humeur), se permettant même encore également un peu de gibier pour les palais des bons vivants (« The Rope » qui enclenche le mode sanglier grognard). Bref, les estomacs sensibles peuvent passer encore une fois leur chemin (ça gerbe littéralement sur « Casual Piece Of Meat », preuve que la bidoche n'est pas forcément de première fraîcheur).

 

Bah, qu'est-ce que ça a de si doucereux alors me demanderez-vous ? Bien entendu, les chiens ne font pas des chats et l'on ne va pas partir vers la douceur et la subtilité du prog' comme ça, du jour au lendemain. Non, juste que ce Obscene Repressed comme l'équivalent Benighted du The Wretched Spawn de Cannibal Corpse. A savoir, l'agressivité est de mise mais avec d'autant plus de nuances et de variété dans l'intensité. Voilà peut-être un constat qui dépaysera le fan le plus bourrin, il n'empêche qu'on n'ira pas forcément leur jeter la pierre : voilà une bonne manière de ne pas tourner en rond et d'éviter la redite d'une formule « too much, too pig » qui peut vite montrer ses travers. Se référer à la discographie depuis Kill de Cannibal Corpse justement pour comprendre là où je veux en venir.

 

Benighted est donc dans cette optique d'évoluer en remettant en perspective sa science de l'impact. On amène bel et bien le carnage mais en employant des méthodes un peu plus subtiles que d'habitude. Parce que nos parents nous l'ont bien assez rabâché lorsque l'on était môme : la violence ne résout rien. Mais bon, dans la réalité, on sait très bien qu'il n'y a pas de mal à se défouler. Alors, autant arriver à ce point en ayant bien fait monter la tension. Frapper des têtes sans discontinuer pendant trois quart d'heure, c'est vrai mais on s'en lasse vite. Savoir attendre le bon moment pour en coller, on se rend compte que c'est finalement d'autant plus jubilatoire. Voilà un peu la formule recherchée dans ce Obscene Repressed. Et passé la surprise du début tant l'on n'était plus habitué à voir une intensité qui joue les montagnes russes dans le cadre de Benighted, il faut reconnaître que ça fonctionne rudement bien. Surtout que le combo nous montre toute l'étendue de sa palette pour arriver à un rendu d'ensemble très varié. Du death, du grind dans les grandes lignes bien entendu mais aussi du bon essaim de guêpes bien black pour relever le malaise en terme d'atmosphères ou des petits moments de solo davantage thrash dopés aux hormones. Sans compter une nouvelle lubie vers des délires un peu plus hardcore (« Implore The Negative » avec Jamey Jasta de Hatebreed justement). Et Benighted le fait avec énormément de facilité et d'efficacité, à un tel point qu'il n'hésite pas à tirer sur la cordelette de l'entertainment (un « Get This » bien fun qui fait passer ses réels géniteurs masqués de Slipknot pour des rigolos), voire du carrément what ze fuck (le break jazzy sorti de nulle part de « Muzzle »).

 

Bref, Obscene Repressed, c'est un peu de concessions certes mais pour servir un propos d'autant plus généreux, plus à même de s'inscrire dans le temps qu'une énième forme d'agression gratuite au top d'une intensité invariablement haute. Benighted tient peut-être là la recette de la vraie folie qui inspire tant son frontman : des moments de crises hystériques, oui, certes mais entre autres périodes plus pondérées de visu mais non moins glauques dans le fond. Telle une promenade bucolique dans un champ de mines à fragmentation.

photo de Margoth
le 09/04/2020

5 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 09/04/2020 à 09:56:41

"Et encore, Ben Barbaud n'a pas encore annoncé l'annulation officielle du Hellfest,"

Siiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiii :(

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 09/04/2020 à 10:26:05

Jasta HxC ? Pas depuis 2002.

Margoth

Margoth le 09/04/2020 à 10:31:07

J'ai écrit cette chronique lundi, ce n'était pas encore annoncé. Bon allez, pour faire plaisir à Marlène, je vais aller passer ma frustration en tabassant mes voisins :(

papy_cyril

papy_cyril le 09/04/2020 à 18:08:48

j'ai mis l'album complet via youtube!

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 10/04/2020 à 14:21:31

Gros abus sur le format digital sur bandcamp.

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