Memfis - Imperium

Memfis - "Imperium"
chronique Memfis - Imperium

Quand tu vois la pochette de Imperium, le nouvel album des Suédois de Memfis, tu ne peux qu'accepter le challenge proposé : mettre la musique en fond sonore et scruter chaque mm² de ce bordel en noir et blanc pour trouver Charlie. Que je n'ai toujours pas trouvé, la faute à un album dont les minutes filent à vive allure. Une demi-heure et puis s'en va, voilà de quoi faire fermer le clapet à tous ceux qui pensent que le prog', c'est long et chiant.

 

Mais en terme d'approche du progressif, il faudra plus placer Memfis du côté de The Erkonauts. A savoir des structures qui savent évoluer avec énormément de richesse et de variété, le tout en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire. Pas le temps de se lasser ou de trouver une structure longuette, la voilà qui laisse sa place à un enrichissement, voire un changement de cap total. Avec tous les avantages et inconvénients que cela peut amener. Parmi ces derniers, on pourra citer la frustration de certains passages brillants qu'on aimerait voir s'étaler plus longtemps ou se voir répéter, tel un refrain (ce pseudo-refrain splendide au premier tiers de « The Climb », les whoo whoo efficaces du break math-jazzcore de « Outburst »). Et bien entendu, le fait d'osciller entre diverses tendances stylistiques n'est pas toujours facile d'être appréhendé par les oreilles peu enclines aux melting-pots en tout genre et ce, même si les transitions au sein d'un même titre sont toujours bien amenées, sans jamais perdre trop de temps tout en n'y allant pas trop abruptement non plus.

 

Avec Imperium, Memfis conserve son prog' intelligent sachant se montrer accessible et complexe. En revanche, il perd pas mal de sa tendance mathcore que l'on trouvait énormément sur Vertigo, son précédent opus. Même si cette vieille influence transparaît toujours de-ci, de-là, d'une manière souvent plus adoucie (« Bread And Circuses », « Outburst »), si ce n'est carrément jazziéfiée (le break d'avant-conclusion de « High Noon ») en n'hésitant pas à usiter d'un petit saxo de l'amour (l'instrumental « Ouroboros », le pont de « Imperium »). Dans un même ordre d'idée, c'est toute la part extrême où la pédale douce a été enclenchée, Memfis préférant cette fois s'appuyer sur les aspects mélodiques et atmosphériques, les composantes issues de l'extrême étant à chaque fois plutôt gentillettes (le riff principal de « Imperium » pourrait s'intégrer à merveille dans le registre récent d'Enslaved tandis que l'ambiance globale de « The Resistance » n'aurait pas fait tache sur un album de Triptykon). Ce qui n'est pas une mauvaise chose étant donné que le changement est on ne peut plus maîtrisé, se permettant au passage, de varier avec brio sa palette d'ambiances afin de servir une variété toujours plus grande (le côté arabisant en introduction de « The Climb », le franc plongeon vers l'alternatif sur « Hubris »). Même si ce parti-pris perdra sans conteste la frange plus extrême de son public.

 

Enfin bon, d'un côté, est-ce que les Suédois ont spécialement un cahier des charges rigoureux à respecter pour éviter de froisser les uns et les autres. C'est qu'après tout, ils ne sont pas gâtés par les bons aspects du music business : là encore, ce nouvel album est fait maison, sans aucun soutien d'un quelconque label/distributeur, ni même de pressage – pour le moment et fort malheureusement – d'une quelconque version physique. Autant dire, si Vertigo était déjà reclus au fin fond de l'underground, ce n'est pas Imperium qui s'attirera plus de lumière. Mais au moins ce triste constat, surtout vis-à-vis de la qualité de la marchandise en bout de ligne, comporte-t-il l'avantage que le groupe peut se permettre une totale liberté d'action quant à ses envies artistiques. C'est que lorsqu'on est dans ce genre de situation, on s'en fout un peu que deux ou trois pèlerins rageux viennent cracher une quelconque déception sur un obscur forum de niche comportant dix membres humains pour trois cent bots. Surtout lorsque l'adoucissement de ton ne s'accompagne pas d'une simplification du propos, autant dire qu'on est à mille lieux d'une quelconque volonté de vendre son âme au diable.

 

 

 

 

 

 

La chronique version courte : On me souffle dans l'oreillette qu'il ne s'agissait pas de Charlie qu'il fallait trouver sur la pochette mais un certain lapin jaune. Là encore, je ne l'ai pas encore trouvé, la demi-heure étant toujours bien trop courte. Mais ça n'empêche qu'Imperium est vachement bien. Et ce, même si Memfis nous exhibe un sens de l'algèbre beaucoup moins barbare qu'avant, ce qui ne l'empêche pas de montrer à quel point c'est ce premier de la classe sérieux et binoclard destiné à rallier les grandes écoles d'ingénieur.

photo de Margoth
le 20/02/2019

2 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 20/02/2019 à 08:47:21

Ah oui mais là du coup ça va se voir qu'on n'est qu'une seule et même personne en fait !! :)

Enfin ça ne nous dit pas où est Charlie tout ça...

Tookie

Tookie le 20/02/2019 à 10:47:40

J'entends quand même du Baroness et du Mastodon dedans...sans en être. Ça ne s'aborde pas l'oreille distraite ton truc.

AJOUTER UN COMMENTAIRE

anonyme


évènements

  • BLACK BOMB A + Dagoba + Mugslug au Séchoir (L'Atelier À Spectacle) le 12 octobre 2019