Bad Tripes - Splendeurs & Viscères

Bad Tripes - "Splendeurs & Viscères"
chronique Bad Tripes - Splendeurs & Viscères

Ladies & gentlemen, bienvenue au doux pays metallique de série B. Au programme de cette soirée : gore, sexe, sang et décadence. Vos maîtres de cérémonie : Bad Tripes, éminents compatriotes marseillais qui auront la lourde tâche de vous faire visiter cette crypte moite et nauséabonde par le biais de leur spectacle Splendeurs & Viscères. Poétique n'est-il pas ? Malgré tout, j'ai beau être cruelle pour vous laisser en plan avec ces drôles de zigotos en goguettes qui mordent les couilles, je ne vais quand même pas vous lâcher dans la nature sans initiation.

 

C'est pourquoi je pourrais très bien vous planter des aiguilles autour de vos pupilles afin de mieux les garder ouvertes, vous greffer des sonotones pour vieux séniles afin de vous prendre la sauce à trois fois le volume auditif conseillé ou bien même vous enfermer nus dans un placard grouillant de cadavres décharnés après vous avoir fait ingérer trente kilos de viagra. Bizutage trop extrême pour vos âmes non averties très certainement : vous seriez foutus de me claquer dans les pattes avant même qu'on puisse vous prélever vos foies imbibés et autres intestins pourtant récemment purgés par cette chère gastro-entérite de saison à une température optimale. Hannibal Lecter ne s'y était pas trompé, un festin anthropophage, c'est bien meilleur quand c'est encore vivant. Alors autant employer la technique douce, celle des mots. Qui vous chatouilleront vos rétines, s'injecteront de sang visqueux jusqu'à ce vous atteignez le nirvana spirituel. Car oui, la troupe de Bad Tripes possède définitivement la trempe de ces tarés à la tête d'on ne sait quelle obscure secte. N'en déplaise au lapin jaune errant qui n'avait malheureusement pas réussi son initiation (dressage ?) en Phase Terminale.

 

Peut-être que cela vous semble arrogant, bien trop présomptueux pour être vrai. D'ailleurs, je vois comme un petit mouvement de recul par chez vous. C'est vrai, « les sectes », c'est aussi terrifiant que cela laisse pantois. On crache et on critique facilement avec un dédain assuré : le pot-aux-roses de toutes ces conneries est trop flagrant pour qu'on y croit et qu'on y prête réellement attention. Et pourtant, il suffit d'un simple moment d'égarement et de faiblesse et on se laisse emprisonner dans les mailles du filet, jusqu'à se retrouver au point de non retour. Trop tard pour prendre ses jambes à son cou, le sectaire finit par avoir les bras décharnés par ces ficelles diaboliques qui l'emprisonnent. Et c'est justement ce qu'il se passe au travers de Splendeurs & Viscères. L'initiation pour les plus malheureux qui n'auraient pas eu la chance de passer par la Phase Terminale a beau se faire dans la douleur, faute de lubrifiant, on se surprend à en redemander. La mixture musicale entre punk, metal, électro et variétoch' guinguetto-cabaresque surprend. Pire, elle choque. Tellement qu'on en crache notre bile tel un lama enragé. On espère même que ces déjections stomacales usent l'outil de torture prématurément. Riez, riez pauvres fous mais même les plus courageux d'entre nous resteront toujours cette petite vierge effarouchée squattant les bacs à sable des jardins d'enfant. L'être humain est ce qu'il est : à l'inverse du chaton qui découvre le monde à chaque seconde à fond au point d'en paraître con, l'humain serrera toujours ses fesses frustrées face à l'inconnu.

 

Puis, après la peur, ce léger halètement de courage inespéré. Cette aversion musicale, tant qu'à être jeté tête la première dans cet acide bouillonnant, autant y faire face. Et ce, le plus simplement possible, dans le plus simple appareil que la nature nous ait donné, ce petit vermisseau d'humilité exhibé sans honte. Parce qu'au final, si Bad Tripes se complaît à nous servir une recette atypique, elle n'est en aucun cas impossible à apprivoiser. D'autant plus que l'acte Splendeurs & Viscères nous offre un aperçu plus cadré que son préambule. Par ailleurs, ce recentrage des armes n'en demeure pas moins décomplexé. Mais surtout mieux maîtrisé. Après tout, un brave soldat aura toujours plus de chance de survivre s'il utilise à la perfection une unique mitraillette plutôt que s'il avait de vagues connaissances de l'ensemble de l'artillerie. De même que ce brave soldat n'a pas forcément besoin d'en avoir une grosse pour dompter sa donzelle au détour d'une permission, remuer l'asticot de la bonne manière suffit. En cela, Bad Tripes nous offre moins de détours, une sorte de retour aux racines – malgré le fait qu'on les nourrisse encore au talc entre deux changements de couches malodorantes – avant l'heure. A l'écoute de ce nouvel opus, on se dit clairement qu'on se retrouve face à une recette mieux digérée, arrivant paradoxalement à se montrer plus étriquée en jouant la carte d'une exubérance accrue dans le rendu des différents éléments distillés.

 

Une autre grande force de Bad Tripes réside en son gourou. Même si on pouvait lui reprocher le côté trop nasillard de sa « voix de rossignol castré » (dixit la vocaliste elle-même), on pourra saluer l'effort technique déployé par Hikiko Mori afin de contrecarrer les bugs vocaux du passé. Même si le côté « fait maison » montre encore quelques traitements discutables en terme de mise en valeur. Mais au-delà de ces simples apparences, c'est plutôt le capital charisme incarné par la frontwoman qu'il faut pointer du doigt car il faut reconnaître que sans elle, Bad Tripes ne serait pas ce qu'il est : une pièce de théâtre fantasque, aussi exubérante que modeste. Et ce ne sont pas les textes qui iront dénoter avec cet ensemble de contradictions : entre raison et satire, les mots ne manquent pas de gouaille et de dramatique. Et en creusant plus profondément, grattant ces caillasses faites de figures de style, de provocations gratuites – pas forcément très loin d'un majeur tendu fièrement avec une insolence digne d'un sale créteux – et autres délires de mauvais goût, on admire d'autant plus la décomplexation qui règne. Les sujets sont graves, amenés d'un œil souvent critique mais jamais moralisateur, amenés sur la table des convives sans aucune préoccupation d'autrui, ni même tabou. Les plats ont beau arriver avec les plus belles cloches, il n'y a aucun suivi des conséquences. On peut se retrouver excité comme une crécerelle en chaleur que Bad Tripes s'en foutera. On peut ouvrir des yeux outrés qu'il s'en contre-foutera tout autant. Car la farandole de mets, malgré l'écrin de velours, n'a rien de spécialement reluisant pour les papilles. Jugez par vous-mêmes : misogynie, dictature de la beauté, prostitution japonaise, alcoolisme, face cachée des artistes... Tout passe à la moulinette pour ne former au final qu'un seul hachis parmentier à l'aspect aussi cru que pessimiste. Et pourtant pas si faux que cela par-delà l'exagération. C'est peut-être d'ailleurs pour cela que Bad Tripes finit par s'apparenter à une secte : il peut représenter une sorte d'espoir au visage monstrueux. Un soulagement d'entendre enfin ce qu'on n'ose pas dire tout haut de peur de finir empalé et brûlé vif par l'armée d'inquisiteurs conformistes qui pullulent autour de nous en société.

 

C'est à ce moment que nos muscles commencent à tressaillir de douleur. Le piège s'est refermé en même temps qu'on commence à se délecter encore et encore de Splendeurs & Viscères avec un plaisir coupable. Tellement qu'on finit par s'isoler jusqu'à perdre le pli de toute réalité. L’initiation est terminée et avant même que vous vous en soyez rendus compte, votre âme appartient à cette odieuse secte que peut être Bad Tripes. Bien sûr, cela restera confidentiel au premier abord mais vous aurez tôt fait, tel un bon illuminé, à prêcher la bonne parole autour de vous. Pour les déjà-initiés, le constat est bien pire : ce second recueil n'est qu'une formalité, un simple guide s'intitulant simplement « comment prêcher un convaincu pour les nuls ». Autant dire, des cas désespérés qui s'enfoncent d'autant plus dans la démence.

photo de Margoth
le 12/12/2017

2 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 12/12/2017 à 11:38:52

Eh bien, tant de ferveur tendrait à donner envie de redonner sa chance au groupe ! D'autant que j'avais bien aimé "Foutre Tombe", dispo sur la compil' Combat Nasal 10...

Margoth

Margoth le 12/12/2017 à 12:15:55

J'avoue être tout sauf objective. A l'époque que Bad Tripes était venu me voir avec leur premier album sous le bras, j'étais sur un autre site en plein dans une période de creux et de roue libre, la fameuse routine qui met la volonté en berne qu'on connaît tous à certains moments. J'avais vu tellement de potentiel sur Phase Terminale que ça m'avait foutu un bon coup de pied au cul et m'avait redonné foi et motivation. D'où le fait que je porte une certaine affection pour ce groupe, d'autant plus qu'ils réussissent à confirmer aujourd'hui le bon feeling que j'avais perçu en eux il y a 7 ans.

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