Today Is The Day - No good to anyone

Chronique CD album (49:44)

chronique Today Is The Day - No good to anyone

Pour les doux rêveurs, les années 90 sont mortes depuis longtemps. En vous faisant grâce, de ces tentatives très courues de relancer quelques Stars re-liftées... la variété ne mourra jamais ; les années 80 , elles, à grand renfort de Synth-Wave de Brico-Dépôt ou de Post-Punk fini à la 8.6 n'en finissent plus de faire et refaire des Come back. Soutenues, dans le meilleur des cas par des labels travailleurs qui ont des lettres et de bons souvenirs. En 2020, dans la Synth-Wave comme dans le Post-Punk, on trouve quelques sentinelles respectueuses et d'autres groupes carrément bandants. Les années 80 ne mourront jamais.

Pour les nineties, cela s'annonce un peu plus discutable, plus douloureux. À considérer que le modèle tiens dans le regard délavé d'un jeune amateur de rock, devenu trop tôt, une icône pour une jeunesse qui s'emmerdait fermement.

Raisonnement peu engagé, peu engageant, à vrai dire, sur la richesse et la bonne santé des musiques , dites alternatives. Et si, il y'a un bien un groupe qui résume, concède, concrétise le Core et le Co, qui donne son nom à la maison, c'est bien Today is the day.

Un pied dans le goudron, un pied dans la rouille.

 

Today is the day propose ses premières compos vénéneuses quand la majorité des chroniqueurs de cette enseigne range ses Playmobils et achète un Discman. En pleine période Grunge, la noise serpente jusqu'à l'orée du bois, bientôt il fera jour.

« 6 dementia martyr » sur le premier opus du groupe va durablement bouleverser la donne entre heavy prolétaire et psychédélisme braillard. Le ton est donné, le groove en plus. Supernova et son successeur Willpower restent des références pour un genre hybride, très souvent casse-gueule.

Sur papier, Noise Rock et Metal n'ont rien à faire entre eux... pas les mêmes codes, pas les mêmes références, et forcément des goûts différents. Des groupes comme Tad, Kepone, et Today is the day vont balayer ces idées reçues, transmises par des rock-critic en mal d'étiquettes.

Le jeune amateur de rock devenu idole trop vite, était aussi fan de Black Sabbath, que des Beatles après tout.

 

Pour corser l'histoire, tout l'univers de Today is the day baigne dans la dépression, la violence, et les états de conscience altérés. Steve Austin, l'âme (et le corps) du groupe traîne une mélancolie visiblement habitée avec l'envie d'en découdre à chaque minute. Les passages chez Relapse Records et Hydra Head encadreront pour le mieux la fougue des 2 premiers albums. In the eyes of God servant de tremplin aux futurs Mastodon. Et si la décennie qui suit, on pense avoir perdu Austin, il se meut, en producteur, ingé-son, mixeur dans l'ombre d'un Lamb of God ou Cable. Quand il n'est pas side-man de luxe.

Today is the day, pour sa proposition musicale aurait du être énorme et une référence incontestée à l'instar d'un Neurosis. Steve Austin à l'instar d'un Mark.E Smith (dans un autre registre) ou d'un Trent Reznor, s'est tant identifié à son groupe, que bon nombre de musiciens ne seront que de passage. Le phoenix devant renaître à chaque fois.

 

À 54 ans, après des années difficiles liées à un terrible accident survenu en 2014. La camionnette d'Austin a été heurtée sur la route par un conducteur qui avait perdu le contrôle de son véhicule; il s'est retourné et a glissé à l'envers à 70 km/ h sur 120 mètres. Puis il y a eu l'incertitude - bien qu'Austin ait d'abord pensé qu'il s'en était tiré avec des côtes cassées (et une perte totale), il a développé une inflammation épisodique que divers médecins ont diagnostiquée à tort comme tout, de la polyarthrite rhumatoïde à la fibromyalgie, allant jusqu'à prescrire un lourd médicament contre les crises d'épilepsie qui l'a presque tué. Steve Austin réactive donc une énième fois Today is the day. Et de fait, No good to anyone, réactive la bête de la plus belle des manières.

 

« No good to anyone » en ouverture, en offrande, convie toutes les forces de l'indicible pour déverser une bile volontaire sur les mécréants. Hors norme, le titre rappelle combien Austin est passé maître dans l'art de vous faire savoir qu''il méprise toutes formes d'avilissement. À moins qu'il ne s'adresse à son mal intérieur qu'il vient de dompter pour de bon. « Attacked by an angel » rappelle la fougue psychédélique d'un Alice Donut.

« Son of man » ravive l'écurie Touch and Go en 4 minutes. « Burn in Hell » parce que l'essentiel est toujours essentiel ! Même remarque pour le très ministryen « You're all gonna die ».

 

Quelques notes de piano plus tard « Orland », c'est le rampant « Cocobolo » qui nous étreint, bordel, cette ligne de basse. Après une nouvelle respiration, c'est le brillant (au sens premier du terme) « Callie » qui nous enivre dans une belle mélancolie. Quand le meilleur ami de l'homme lui aspire une de ses plus belles compositions. L'animal fut infecté par la maladie de Lyme, affection qui touche Austin en pleine descente de médocs anti-épilepsie.

 

« OJ Kush », plus dispensable, laisse la place à la pièce angulaire de l'album. « Mercy », blues industriel, rugueux, à l'os, porteur d'un mantra... other machine will survive... only the strong... seems alive. « Mercy » qui dérape en groove psycho à la Mindless Self Indulgence, une poignée de secondes avant l'envoûtant « Born in blood ». « Mexico » aussi lourd que psychédélique lance les dernières forces.

 

Pour la sortie du disque, Steve Austin déclarait "J'adore mon nouvel album, No good to anyone. Je voulais créer les chansons psychédéliques les plus lourdes et les plus rock possible. Pour vous emmener en voyage. Tout se passe à tout instant. No good to anyone est une expérience. No good to anyone est le début de la fin de votre vie. "

 

On ne peut pas vraiment lui donner tort.

 

No good to anyone bénéficie du travail de Jef Whitehead (Leviathan) pour l'artwork fameux qui accompagne le disque. Whitehead s'était occupé par le passé de Supernova. La boucle est bouclée.

photo de Eric D-Toorop
le 28/02/2020

2 COMMENTAIRES

gulo gulo

gulo gulo le 28/02/2020 à 10:57:35

Ah merde, c'est Whitehead qui avait déjà fait le serpent de Supernova ? Je croyais que c'était un appel du pied maladroit, c'est donc plutôt un clin d'oeil...
Sinon, je trouve que les nineties se portent très bien, et depuis des années maiontenant : Torche, Hangman's Chair, 3teeth, Human Impact, les Melvins qui ne crèvent toujours pas, Nothing, Tool de retour... J'en oublie des parpadelles.

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 28/02/2020 à 18:19:11

si j'ai bien lu la com' l'artwork est arrivé en même temps que le master. Bien inspiré en tout cas.

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