Uneven Structure - Februus

Chronique CD album (55:55 + 35:06)

chronique Uneven Structure - Februus

C'est évident, ça ne sera facile. Pas facile, car Februus a été précédé par un EP de haute facture. Et même si ce 8, c'est son nom, n'a pas été le meilleur disque 2009 pour moi, il aura au moins été mon gros coup de cœur de l'année passée, et il faut le dire, il a tout simplement été le disque que j'ai le plus écouté depuis un sacré bout de temps, tout style confondu, ni plus ni moins.

 

On aurait pu s'attendre de ce fait à ce que mon enthousiasme s'enflamme avec l'attente, avec les risques de subjectivité que cela aurait pu engendrer. Mais il n'en fut rien, la cause imputée à un extrait diffusé il y a de cela quelques mois, et qui m'avait laissé perplexe. Ça eu au moins le mérite de ne pas affranchir ce nouvel album d'un trop-plein d'espoir, ni d'un crédit totalement gagné d'avance.

 

Car il faut bien mentionner que les choses ont évolué entre 8 et Februus. Le line-up tout d'abord: nouveau chanteur (Matthieu Romarin d’Ananta) et nouveau batteur (le suédois Christian Shreil). Puis une envie, a priori établie avant la sortie de 8, de faire évoluer le son d'Uneven Structure. En effet, comme je le mentionnais dans ma chronique de 8, Le groupe s'est affranchi sans pudeur d'une influence toute Meshugghienne (même si j'ai jamais vraiment compris la comparaison systématique avec Catch33). Il semblerait qu'il y ait eu volonté de rassembler toutes les compositions orientées dans cet axe d'influence et d'en faire un EP. Le résultat fut 8.

 

De ce fait, on est sensé s'attendre à ce que Februus se soit libéré de ces quelques références évidentes. Pari réussi,  on s'est franchement éloigné des suédois (à l'exception, étrange, de ce riff pompeux sur "Hail" sorti tout droit de Destroy Erase Improve) pour se rapprocher un peu plus d'un combo anglais que je ne citerai point, mais tout le monde aura fait le rapprochement, je vais pas m'étaler là-dessus ici. Et cette évolution on la doit à plusieurs facteurs, certains plus évidents que d'autres, mais le plus flagrant est évidement l'apparition de voix claires et mélodiques. Parti pris complètement assumé, il n'en demeure pas moins que mon avis reste des plus partagé: autant cela est une grande réussite dans les parties un peu plus calmes et ambiantes, autant cette voix claire est, à mon sens, bien trop présente sur l'ensemble du disque, et trop souvent injustifiée. Pourtant la maîtrise du chanteur n'est pas à démontrer, mais on frise malheureusement trop souvent l'ambiance guimauve - bras ouvert - esprit tourmenté - cœur écorché - wouaw c'est trop beau j'en suis tout bouleversé...

...ou pas. Mais du coup, moi je passe à côté. Dommage. Un exemple assez parlant se trouve au début de l'album avec "Awaken": après un démarrage en trombe, la transition entre la 1ère partie et la suite au chant clair et mélodique est assez abrupte, voir maladroite. Ou du moins mal négociée, alors qu'à ce niveau là sur 8 c'était un sans-faute.

 

Et c'est d'autant plus dommage car, sur le papier, le peu que je leur reprochais sur 8 a été, du moins techniquement, corrigé: leur identité s'est affirmée, le groupe s'est d'avantage axé sur les ambiances et le "flow" plutôt que sur l'efficacité du riff qui tue. Car s'il y a bien quelque chose qui me gêne dans le djent en général c'est cette course au riff gras, au rendu limite grossier. Je veux pas faire dans le délit de sale-gueule, mais pour cerner mon propos je ne me sens absolument pas touché par ce genre de chose par exemple... Tout en étant assis sur la même branche, ou du moins le même arbre (le djent, au final, c'est plutôt vaste), Uneven Structure en est toutefois le versant opposé en proposant une alternative beaucoup plus aérienne et raffinée. Ils font partie pour moi, aux côtés de Vildhjarta et surtout Cloudkicker entre autre, de ce sillon de djent "intelligent".

 

La production est en béton (ciré), classe en apparence, je trouve néanmoins qu'elle manque de relief: on distingue tous les instruments et les nombreuses nappes sonores qui habillent l'album, et parallèlement rien ne nous saute à la gorge non-plus. Un peu comme si chaque instrument préférait rester en retrait par rapport aux autres…     ….qui eux font pareil, à l'exception peut-être du chant qui me parait souvent trop en avant. En gros, tout le monde se cache derrière la voix… Evidement c'est très subtile et dépendra de la sensibilité de chacun (car on reste tout de même sur un disque metal de gros calibre, et il suffit d'écouter "Awe" pour se rendre compte que ça tabasse tout de même sévère). Ce qui est sûr, c'est qu'il y a eu une volonté de faire passer les émotions en avant, en laissant de côté cette urgence et brutalité si présente sur 8.

 

Le concept du précédent EP, 1 disque 1 morceau, est aussi plus ou moins reconduit sur Februus, avec néanmoins certaines transitions qui fonctionnent moins bien, et deux plages ambient calées au milieu du disque. Ces dernières, qu'elles soient justifiées ou non, cassent un peu cette dynamique d'album à écouter d'une traite, mais en même temps c'est pas ce que l'on lui demande en premier. Bref, nous voilà avec un album franchement maîtrisé, qui bénéficie d'une écriture solide et d'une vraie personnalité, mais qui en même temps, étonnement, me laisse parfois de marbre (ciré?).

 

J'en profite pour parler en vitesse du 2ème disque composé de 3 (longues) pièces de musique ambient. Pour autant que l'on soit sensible au genre, le résultat est mi-figue mi-raisin (n'est pas Tim Hecker qui veut): même s'il faut avouer que c'est bien fait, ça perd en force sur la longueur.

 

Un tout petit mot sur la pochette, mais je me contenterai de la front cover puisque je n'ai pas eu l'occasion d'avoir l'objet dans les mains: elle est franchement réussie, et représente finalement assez bien son contenu, à savoir une musique obscure teintée d'éclats lumineux (oui je sais, c'est beau).


Je vous laisse le clavier, vous pouvez vous déchaîner maintenant…

photo de Sam
le 27/12/2011

7 COMMENTAIRES

The Aurelio

The Aurelio le 27/12/2011 à 11:13:51

bah finalement vous l'avez eu alors ce fameux cd, ya donc que le Fenec qui a été snobé

Runaway

Runaway le 27/12/2011 à 12:11:08

Vraiment très bien cet album. Pour ma part, à part les groupes pionniers du style (Meshuggah, Hacride, Textures, etc), je n'ai jamais vraiment aimé la nouvelle vague que je trouve très commercial, répétitive, etc.

Pour le coup, Uneven Structure m'a mis une claque car eux sont capables d'utiliser cette musique comme un outil pour créer des ambiances et des émotions mélancoliques. Surement mon album préféré de Djent des dernières années.

Pidji

Pidji le 27/12/2011 à 13:27:26

Aurelio : non non, même pas... Sam l'a fait sans...

el gep

el gep le 27/12/2011 à 18:18:52

Grâce à Core And Co, je connais depuis quelques temps une nouvelle étiquette: Djent. C'est vraiment très moche comme appelation (et très limitatif, non?), mais bon...

cglaume

cglaume le 28/12/2011 à 00:40:35

@Geppy: en même temps c'est le concept même d'étiquette qui est moche (... fin de ma parenthèse pédante ;) )

Sam

Sam le 28/12/2011 à 08:28:51

tout à fait d'accord avec cglaume, et je tiens à préciser, el gep, que CoreandCo n'y est pour rien, leur étiquette ils se l'ont foute eux-même et existe depuis pas mal de temps maintenant. Ceci dit, tu dis que c'est très limitatif, si tu avais lu ma chronique en entier tu aurais remarqué que "le djent, au final, c'est plutôt vaste" va voir ici par exemple http://got-djent.com/ tu verras la quantité de groupes qui se proclament faire du djent pour un résultat des plus varié.

el gep

el gep le 28/12/2011 à 15:48:48

Je ne dis pas que l'étiquette est nouvelle, juste qu'elle est nouvelle pour moi. Je ne dis pas que vous l'avez inventé, juste que c'est grâce à vous que je l'ai découverte. Je n'ai pas lu ta chronique en entier parce que ça ne m'intéressait pas particulièrement, ce groupe, là. Mais c'était l'occasion de parler de ce "style". Même si je n'ai aucune envie d'aller écouter tous ces groupes qui font du Djent auto-étiqueté, oooh non.
Voilà, voilà.
La page wikipédia du "Djent" me laissait songeur:
"Djent, in its original meaning, is a heavily digitally processed power chord, and is the name for an elastic, syncopated guitar riff. Djent as a style has been described as featuring heavily palm-muted, distorted guitar chords alongside virtuoso soloing, and is characterized by rhythmic complexity and palm-muted riffing. Another major contribution to "djent" is computerised sound. Many djent musicians, such as Misha Mansoor, started their careers in home recording using amp modelling and programmed drums."

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