Cuir - Album Album

Chronique CD album (22:30)

chronique Cuir  - Album Album

Imaginez un univers parallèle dans lequel « Drive » de Nicolas Winding Refn est sorti en 2024 et adopte les codes des productions grindhouse. Dans cette version alternative, Ryan Gosling conserve son irréversible habilité au démolissage de crâne avec option marteau arrache-tout, mais troque son masque vengeur pour une combinaison de cuir BDSM rose, dont le regard évoque instantanément aux nostalgiques des Gialli le culte « Torso » de Sergio Martino. Adieu le spleen nocturne baigné de néons bleutés et accompagné par la musique de Kavinsky et Collège : lorsque le héros mutique démarre son bolide pour s’évader vers le soleil levant, les vitres baissées laissent s’échapper un nuage d’accords vaporeux, suivi d’un riff de guitare explosif.

 

Connu pour pousser la gueulante au sein des formations Oi! Coupe-Gorge et Sordide Ship, Doug réenfile la cagoule pour scander la révolte dans son projet solo habilement baptisé Cuir. Après un Album balancé en 2021 – et un EP au nom tout aussi original l’année d’après –, le voilà de retour avec sa suite : Album Album. Au programme de cette nouvelle livraison, dix titres toujours marqués par ce savant mélange de punk Oi! et de synthwave à l’esthétique kitsch totalement assumée, pour une durée qui ne dépasse pas les 23 minutes.

 

Alors, autant entrer dans le vif du sujet, quelle est la valeur ajoutée de ce second disque ? Eh bien, j’aurais envie de dire répondre « tout ». En premier lieu, l’enregistrement par Jacky à At The Movies Studio confère un enrobage sonore qui se démarque nettement des productions précédentes de Cuir et permet ainsi aux titres de gagner en puissance et en efficacité. Toujours dans le domaine du son, le parfait mixage de l’ouvrage homogénéise davantage les claviers à la rythmique punk qui parcourt chaque morceau. Le résultat final valide totalement l’image mentale que l’on se fait d’un Album Album faisant suite à un Album.

 

Néanmoins, la coupe du blouson et le regard maniaque ne font pas tout, et il est rassurant de constater que les sévices sont à la hauteur de la plastique exposée : synthétiseurs et guitares se joignent pour former un mur sonore à se scalper le Cuir chevelu, les nappes de clavier se révélant d’une efficacité imparable pour appuyer les refrains de ces dix manifestes incendiaires. Néanmoins, son usage n’est pas limité qu’à étendre l’espace sonore des titres de manière stéréotypée : tant par sa rythmique galopante (le génial « Bloqué »), que ses motifs mélodiques (le tube « Phoenix »), l’instrument s’impose comme pièce essentielle, sans pour autant prendre le premier rôle.

 

En effet, bien que la couleur synthwave nuance toute la musique de Cuir, il s’agit avant tout d’un disque de Oi!, dont l’énergie punk invite clairement à pousser l’accélérateur au max et à gueuler les refrains, noyés dans le volume sonore des enceintes poussées à bout. Enfin, on relèvera la reprise « Monotony » des Dry Heaves qui marque la participation de Jacky au micro et le chant rap du meilleur effet qui intervient dans la seconde partie « On Verra Bien », mi-tempo à la durée record de 3 minutes 34 qui clôture l’Album Album.  

 

Bref, cette version de « Drive » n’aurait sans doute jamais obtenu le prix de la mise en scène du festival Cannes, mais à coup sûr elle serait repartie avec le Corbeau d’or du BIFFF.

photo de Arrache coeur
le 01/06/2024

2 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 01/06/2024 à 15:52:39

Punk punk punk punk punk : oui

Aldorus Berthier

Aldorus Berthier le 01/06/2024 à 17:46:55

Le tube de l'été du Cap d'Agde

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