Fátima - Fossil

Chronique CD album (38:54)

chronique Fátima - Fossil

Fátima m’avait fichtrement tapé dans l’oeil quand je les avais découvert avec l’excellent Turkish Delights sorti en 2020 dans lequel le groupe proposait un mélange doom/grunge assurément réussi; plus qu’un mélange d’ailleurs, une mise en complémentarité de deux mondes qui s’ils ne sont pas totalement éloignés dans leur essence ont quand même des personnalités propres et bien affirmées et qui ont évolué de manière très différentes au fil du temps (l'un a gagné en popularité ce que l'autre a perdu en crédibilité). Fátima avait enfoncé un peu plus le clou de ce style hybride toujours en 2020 à l’occasion d’un très bon split avec le trio doom’n’bass canadien Seum.

Deux ans à peine plus tard, les voici de retour avec Fossil. Les années ont passé...et la maturité y a laissé une belle empreinte chez le trio.

Pour le coup, ça ne sera donc pas du “on prend les mêmes et on recommence”, le groupe a en effet décidé de faire évoluer son style car, dixit le bassiste, ils “avaient un peu l’impression de se répéter”. A la bonne heure…Mais ça donne quoi?

 

Bah, ça donne que j'aurai bien envie de revoir ma copie sur Turkish Delights, de m'y emballer un peu moins, d'ajouter quelques "oui mais", voire même de baisser de quelque dixième de points la note donnée à l’époque pour que celle que je donnerai à Fossil ait plus de valeur. Cela permettrait de confirmer que s'il était presque sûr que Fátima pourrait mieux faire, il est assurément certain qu'ils ont réussi faire mieux.

 

Résolument moins doom, assurément moins grunge, Fátima n’abandonne pas totalement ces (ses?) facettes mais les infuse plus qu'ils ne les diffusent. C'est plus fin, plus dentelé, les influences sont là mais se font de plus en plus oublier au profit d'un style propre et personnel. La guitare continue de faire la part belle au sacro saint fuzz mais elle est aussi plus définie à grands renforts d’arpèges éthérés,  de chorus secondés par des leads que j'ai trouvé plus développés, plus mélodiques, plus travaillés, plus...agrippants.

La basse est très présente et seconde à merveille la guitare dans le registre où on l'attend. Elle se distingue avec une gros travail sur la variété de tessitures, de couleurs et surtout de belles mises en avant (King of The Rat).

Côté batteur, même topo: le jeu est plus riche, avec des motifs variés, notamment au niveau de la jeu de caisse claire. Enfin, le son très mat confère au groove un côté sludgesque particulièrement délectable dans le contexte musical de l’album.

Si instrumentalement, la couleur de l’album est globalement moins énervée, moins rentre dedans, la voix a pris le relai en étant elle au contraire plus puissante, plus à vif. Antoine a gagné en justesse dans ses cris, dans son placement harmonique et du coup, l’émotion qu’il arrive à transmettre a pris un énorme coup de boost.

Le morceau "Archvile", que j’écouterais sans peine plusieurs fois d’affilé, est assez représentatif de l’évolution du groupe. On y trouve un peu de la tension du grunge qui se languit de crier sa hargne, un peu de la retenue grondante du doom bourdonnant mais avec un petit plus mélodique, un petit plus d’efficacité et un gros plus dans la qualité d’interprétation pour un résultat d’une force incroyable. Le reste de l'album est de la même trempe.

 

Enfin, Fossil m'a semblé avoir un peu plus que Turkish delight ce côté très légèrement oriental, lui aussi diffus, étiolé mais bel et bien présent, côté oriental qui donnera facilement des impressions d'évasions, de voyages sur un tapis avec déchiré aux genoux...Mais comme toujours, c'est léger, un vernis appliqué là où il faut, par touche, ici un lead, ici des percussions lointaines. L'écoute est très plaisante aussi grâce à un mixage plus clair, plus accessible, moins raw. Ça ne perd pas en grain au passage, ce n'est pas tout lisse mais le son est plus brillant.

 

Un dernier mot sur la pochette. Alors, oui, c’est très cheesy, les couleurs sont dégueulasses, le dinosaure a une gueule digne d'un premier rôle dans "Raptosaurus 6: Cretaceous Redemption" mais ça colle complètement avec le style de la pochette du premier album, il y a une continuité et une imagerie granguignolesque que le groupe assume et qui trouve peut-être son origine dans l'origine du nom du groupe. Bref, la démarche a du charme et des balloches, tout ce que j’aime.

 

Pour conclure, je dirais que cet album…Roh et pis non, merde alors! Il mérite une conclusion mieux que cette intro d'une consensualité énervante vue et revue. Je vais vous dire ce qui m’est passé par la tête à la première écoute de l’album. Je me suis dit que les gens prévoyaient toujours les mêmes trucs pour leur obsèques: inhumation, crémation, bois du cercueil, fleurs, pierres, emplacement. Tout ça, soyons honnête...C'est un peu de la merdouille. De mon côté, le seul truc que je voudrais, c’est d'être enterré avec un lecteur audio dans les oreilles mais pas un vulgaire lecteur mp3 qui va tenir deux heures et finir en micro plastique dans l'humus. Non, je veux un thanato-lecteur de la mort avec une batterie à l’uranium enrichi qui lui permettra de diffuser de la musique même quand mes oreilles seront réduites en poussière par l'ineffable action du temps. J’aimerais bien aussi un système d’enceintes intégrées à la pierre tombale qui permettrait aux visiteurs du cimetierre de "profiter" de ma musique. J’avoue que la perspective de savoir que Madame Chombier se retrouve à écouter "Life Eternal" de Mayhem en venant refleurir la tombe de “Poupino” son caniche nain esquisse chez moi le début d’un sourire trollesque.

Mais surtout, surtout, j'espère que des gens passeront quand Fossil de Fátima y sera diffusé car si je ne convaincs pas les gens de jeter une oreille sur cet album de mon vivant, je pourrai toujours essayer de le faire une fois réduit à l'état de...Fossil.

 

 

On aime bien: l’évolution du groupe, la maturité, le changement de style sans totalement changer de style

On aime moins: revenir sur ce qu’on a dit, Poupino et Madame Chombier

photo de 8oris
le 11/05/2022

3 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 11/05/2022 à 08:58:15

Pauvre Poupino…

8oris

8oris le 11/05/2022 à 09:14:35

Il l'a bien cherché après des années à gueuler pour rien sur tout le monde

Freaks

Freaks le 20/05/2022 à 06:45:13

C'est quand même achement bien foutu qu'on s'le dise.
La prod fait un peu peur au tout début et puis on est vite séduit par son audace.
Bref! l'envoutement (voix, riffs, ambiance orientalisante) est total. Une très belle pièce effectivement ;)

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