Swans le 13/12/2023, L'Elysée Montmartre, Paris

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« J’ai ressenti une sorte de moment présent prolongé, l’un de ces instants où le monde semble s’ouvrir, le temps s’arrêter, vos sensations se décupler, où l’univers devient plus grand que vous ne le percevez habituellement ». (Bill Rieflin in Swans, sacrifice et transcendance, l’histoire orale, par Nick Soulsby, Ed. Camion Blanc).

 

Quelle meilleure façon d'honorer la mémoire des victimes des attentats dits du 13 novembre, notamment au Bataclan ? En assistant au concert de l'année, pardi ! par l'un des 5 meilleurs groupes de toute l'histoire des concerts. On oubliera certainement la performance, en ouverture, de Norman Westberg (guitariste pourtant historique, donc, essentiel dudit groupe) en solo qui, après avoir commencé son set avec la basse d’autrui et ses pédales, suite à un problème de prise jack sur sa propre guitare, finit dans un gloubiboulga bruitisto-dronesque honorable mais dispensable tels que peuvent nous en présenter les musiciens experts en improvisation, seuls face à leurs effets, comme ce que nous ont servi Tashi Dorji, guitariste originaire du Bouthan installé aux Etats-Unis ou Aaron Turner, que les fans de Old Man Gloom et de Isis (le groupe, pas l’État islamique) connaissent bien, respectivement en 1e parties de Godspeed You! Black Emperor et de Anna Von Hausswolff. Ce que le public est venu chercher ce soir-là, à l’Elysée Montmartre, c’est la quintessence d’une prestation live digne de ce nom : une forme de communion ultime avec les musiciens. Et quand on connaît un tant soit peu la tête d’affiche, on sait que le miracle aura lieu. Pour la 1e partie mémorable, peut-être pourrons-nous miser davantage sur la prestation de Maria Horn, en 2024, lors du prochain passage du groupe en nos contrées.

 

«  Quand j’ai réalisé que le groupe était un instrument de musique à part entière, j’ai commencé à diriger ces vagues sonores avec mes bras et mon corps. (…) ça transforme l’orchestre en une énorme masse vivante qui ondule et se catapulte dans diverses directions selon les indications que je transmets via un langage corporel. (…) Les sons fusaient, le rythme pulsait et j’ai de nouveau été entraîné par le mouvement, à l’instant où la musique devient plus importante que la somme de ses parties et vous fait vivre des instants incroyables. Je ne vis que pour ce genre de sensations ». (Michael Gira in Swans, sacrifice et transcendance, l’histoire orale, par Nick Soulsby, Ed. Camion Blanc).

 

En tant que musicien amateur ayant sévi dans moult formations, j'ai déjà joué avec des leaders tyranniques, à défaut d’être charismatiques qui bien souvent, ont fini par me faire prendre la porte, mais il existe un despote avec qui je pense qu'on doit être un certain nombre à signer direct, de notre propre sang, les yeux fermés, tant la magie, l'énergie, la folie, sur scène, s'avèrent palpables. Michael Gira s'agace de manière ostentatoire et véhémente au moindre larsen récalcitrant, harangue ses camarades qu'il conduit de main de maître, tel un chef d'orchestre chamanique sans concession, oriente d'un signe de tête, ou par le truchement d'une pantomime habitée les progressions et les transitions pour livrer ensemble des versions organiques et inédites de titres qu'on reconnaît à peine dans leur incarnation live. Un regard noir quand Phil Puleo n’a pas changé de tempo au bon moment, un geste du menton vers Chris Pravdica qui a oublié de désactiver une de ses pédales, les manifestations du leader qui en foutraient plus d’un en rogne servent ici l’ensemble de la grand messe, et ses acolytes, qui le connaissent comme personne, le savent et jouent le jeu. Résultat : plus de 2 heures de pure transe. Et à la fin du show, tous se rendent disponibles au stand de merch, le patron en 1e ligne. Impossible de ne pas jouer au fanboy dans ces conditions. Msieudames : Swans.

 

Sur scène, tous s’habillent sobrement de noir, sans aucun autre signe distinctif. Les musiciens n’arborent pas de Tshirts d’autres groupes, quiconque cherchera un indice, voire la clé de leur génie, sur le textile, restera dans son ignorance ou sa pédanterie. Il faut savoir que Swans se nourrit de sa propre musique, visite et revisite sa propre cosmogonie, édicte et obéit à ses propres règles. Tout comme devant les meilleurs films de David Lynch, chercher à comprendre, c’est faire fausse-route, être condamné au contre-sens, voire au non-sens. La musique de Swans, comme le cinéma de Lynch, s’adresse au coeur, aux tripes, à la part mystique, instinctive et incontrôlée de l’esprit, et non à l’intellect. Du moins, dans l’instant de sa réception. Elle se vit, ne se subit pas. Elle ne demande pas qu’on nomme les sentiments qu’elle invoque. Elle exige notre consentement, dans le sens sexuel du terme. C’est pourquoi Gira demande qu’on laisse dans sa poche son smartphone, afin d’accueillir l’énergie que ses camarades et lui-même dégagent sur scène et dans la salle. D’ailleurs, d’un simple signe de tête, et une esquisse de sourire bienveillant et poli, il demandera à une femme au 1e rang d’arrêter de filmer. Sans violence ni colère, mais avec l’autorité des grands hommes, ceux qui n’ont pas besoin d’étaler leur CV, leur carnet d’adresses ou d’exhiber leur carte de visite, encore moins de faire semblant d’être ce qu’ils ne sont pas, au risque de devenir ce qu’ils combattent. Il règne sur scène une sincérité qui impose le respect : chaque seconde, chaque note, chaque goutte de sueur, les musiciens nous les livrent avec la générosité dans ce qu’elle possède de plus total. Sans artifice. Témoin ce jeu de lumière quasi inexistant, juste un amas de rouge dans lequel baigne le groupe. On n’a pas besoin de préciser qu’on connaît les membres du groupe (je ne vous dirai pas qui m’a proposé spontanément de venir couvrir le concert), ou d’énumérer toutes les personnalités croisées dans la foule, aux chiottes, au stand de merch, pour savoir et affirmer qu’on assiste à un concert d’anthologie, puisqu’on fait partie intégrante dudit concert et que cette fusion des atomes ne se partage pas, en réalité. Elle se garde jalousement.

 

On ne peut apprécier un groupe comme Swans sans l’avoir au moins une fois vu sur scène, car indéniablement, il appartient à cette famille d’artistes dont la puissance créatrice s’exprime à plein en live. Live, ça veut dire vivant, vivre, vie, non ? Au contraire de ses albums qui figent la musique dans un instant T, les concerts de Swans lui donne une dimension organique, lui insufflent la vigueur incroyable qui s’immisce dans la peau, le coeur et l’esprit du public et le place face à cette réjouissante certitude d’exister. Pour un groupe qui existe depuis le début des 80’s, il s’avère étonnant de constater que son œuvre rassemble toutes les générations. Il y a les vieux exégètes qui doivent avoir arrêté de recenser le nombre de fois qu’ils ont assisté à un spectacle des Cygnes, et puis de jeunes néophytes, dont cette jeune femme, hispanophone, à côté de moi, au 1e rang, un vinyle en main, qu’elle posera sur la scène durant le concert. Tous onduleront à l’unisson quand il s’agira d’entrer en transe. Comme autant de palpitations d’un même coeur.

 

Au menu, des titres des derniers albums : pas de réminiscence des périodes précédant le retour en 2010. Mais cette même fureur hypnotique qui traverse toute la discographie du groupe. « The Beggar », en ouverture, extrait du tout dernier opus, l’une des meilleures sorties de 2023, tous styles confondus, qu’on peinera, comme d’habitude, à reconnaître, tellement sa version live se pare d’un nouveau visage aux linéaments qui nous échappent. La setlist inclut également « The Memorious » et « No more of this ». Puis, des détours du côté des chefs d’oeuvres de la reformation  avec 3 titres de Leaving Meaning « The Hanging man »« Cathedrals of heaven » et « Leaving meaning ». En réalité, il s’avère vain de s’attacher à la setlist dont les anciens titres se mêlent aux récents, car, parmi ces 7 chansons, aucune ne s’attarde sur le passé ni même le présent, chaque version, inédite, avance inexorablement vers le temps qui s’écoule au fur et à mesure qu’elle se déploie. Vous pouvez vous pavaner en tapant la causette avec le groupe à la fin de la soirée, mais dans le fond, nul besoin de chercher davantage de contact, la connivence, vous l’avez fatalement expérimentée durant les 2 heures intemporelles partagées avec lui. On sort éprouvé, lessivé, vidé, d’un concert de Swans. Mais avec la certitude d’avoir vécu, à défaut d’être vivant.

photo de Moland Fengkov
le 24/01/2024

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11 COMMENTAIRES

Xuaterc

Xuaterc le 24/01/2024 à 12:00:09

Je crois qu'avec Swans, il n'est pas nécessaire de se fier aux setlists, les morceaux ne semble servir qu'à l'expression musicale de l'instant des protagonistes.
Quand je les ai vu à Bordeaux, officiellement, ils n'ont joué que Screen Shot
Merci pour ce report magique

el gep

el gep le 24/01/2024 à 12:41:34

Le moins que l'on puisse dire, c'est que ça donne envie d'être là !

Sinon, je ne serais malgré tout pas prêt pas à signer les yeux fermés pour jouer avec M. Gira (ni avec qui que ce soit).

Moland

Moland le 24/01/2024 à 13:23:09

XUXU t'as complètement raison. J'aime comme ils travaillent leurs live comme une matière vivante en se basant à peine sur les versions existantes qu'ils font vivre de manière indépendante. Du coup,  tu ne sais jamais à quoi t'attendre. 

El Gep, y a quand même quelques musiciens, si j'avais l'occasion de bosser avec eux, je n'hésiterais pas. Quoi qu'il en soit, un concert de Swans, ça ne se rate pas. Clairement. 

el gep

el gep le 24/01/2024 à 15:38:06

Quelle que soit la "cause" (peuh!), un tyran reste un tyran, donc...
Ca veut pas dire qu'il en soit vraiment hein, on en sait rien en vrai, éhéh.
Sûr que j'aimerais voir ça en live, ''To be Kind'' et "The Glowing Man'' m'ont bien transcendé par moments.

Moland

Moland le 24/01/2024 à 16:05:06

Je te recommande la lecture du bouquin dont sont tirés les citations ici. Tout le contenu vient de témoignages de personnes ayant gravité de près ou de loin autour de Swans. Gira y est dépeint de différentes manières selon les témoignages mais il en ressort le portrait complexe d'un artiste avant tout exigeant avec lui même. Certains témoignages émanent de musiciens présents sur la présente tournée.

el gep

el gep le 24/01/2024 à 16:37:39

Oui,  oui, j'y jetterais bien mon œil, merci.

Moland

Moland le 25/01/2024 à 03:01:52

El Gep tu auras la vie sauve 

el gep

el gep le 25/01/2024 à 07:45:21

Mpfff !

Sinon, t'as vu le film Whiplash ? Quand je dis qu'un tyran reste un tyran, c'est une bonne illustration, hin-hin !

Xuaterc

Xuaterc le 25/01/2024 à 08:20:29

Fais gaffe, il connait Lorenzo
Not quite ym tempo

Xuaterc

Xuaterc le 25/01/2024 à 08:23:13

my tempo

Moland

Moland le 25/01/2024 à 09:16:53

El Gep oui j'ai vu le film. 
C'est 1 point de vue. Et effectivement, Gira en a épuisé plus d'un, de musiciens.  C'en est même venu plus d'une fois aux mains. Les témoignages dans le bouquin sont édifiants. Mais au final, Swans ne serait pas ce qu'il est sans lui et sa personnalité.  Je ne sais pas si j'aurais tenu, à son contact, mais 1 chose est sûre, j'aurais été fier d'avoir croisé sa route,  ne serait-ce que pour 1 temps. Au vu du résultat, sur le plan artistique. 

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