Khalil Boughali (auteur) - Réflexions sur le black metal

Chronique Livre (145 pages)

chronique Khalil Boughali (auteur) - Réflexions sur le black metal

L’objectif affiché par Khalil Boughali dans son court ouvrage sous revue Réflexions sur le black metal est ambitieux : il s’agit en effet pour ce dernier de ne pas réduire le Black Metal à un simple genre musical victime d’un « rejet médiatique », mais de le considérer bien davantage comme « un véritable mode de vie », qui dénote, qui marque même par « ses aspects philosophiques », ses pratiques, ses thèmes, « ses enjeux intellectuels ».

 

Ce livre, auto-édité et disponible depuis le 1er janvier 2021, n’est pas le premier de l’auteur, à qui l’on doit également deux romans de SF Fragments (mai 2019) et Machina ou la machine mystique (août 2020), un recueil de poèmes De la vie et des songes de Moloch (janvier 2020), ainsi qu’une pièce Alcide ou les illuminations (février 2020).

 

Plaçant son approche « par-delà les épiphénomènes, les extrémismes et les clichés » et basant délibérément son propos sur les « groupes les plus représentatifs » de la scène Black, Khalil Boughali propose un livre très ramassé de quelque 140 pages, mais qui – présenté avec de très gros caractères – doit représenter un travail (selon la sainte trinité taille 12 / style Times New Roman / Interligne 1,5) avoisinant les 50/60 pages. C’est donc fort peu pour aborder la totalité du sujet : mais il ne s’agit pas au demeurant de l’intention de départ. On regrettera cependant des sous-parties bien chiches, parfois de quelques paragraphes, qui auraient mérité des recoupements utiles, à l’exemple des cinq premières qui traitent « De la négativité du black metal ». On regrettera surtout l’absence quasi complète d’illustrations (quelques photos, quelques logos, c’est trop peu) qui, même en noir et blanc, semblaient pourtant à la portée de tout le monde. Or, cet ouvrage aurait dû être enrichi de supports iconographiques, en particulier les artworks présents sur les pochettes d’album d’où suintent la force symbolique, l’épaisseur mystique, la beauté plastique défendues par maintes formations de BM, spécialement lorsque des acceptions antichrétiennes sont défendues !

 

L’introduction est bien chiche, bien trop en tout cas pour baliser les idées fortes que l’auteur entend défendre, mais les thèmes abordés par la suite sont tout à fait pertinents :

 

- Oui, avec le Black Metal, la violence, extrême et cathartique, est un modus operandi artistique à part entière, voire pour certains un modus vivendi propices aux passages à l’acte (plusieurs passages sont bien sûr consacrés aux incendies et à la profanation des lieux de culte) ;

 

- Oui, avec le Black Metal, « la négativité », le noir (et ses déclinaisons : les ténèbres, les abysses, …), le mal, la mort et sa célébration, tout cela devient beau et « noble », même dans une radicalité non feinte, même dans une divination du Malin. Et comme le dit l’auteur, « dans le monde repu, pacifié et aseptisé d’aujourd’hui, l’omniprésence de la mort dans le black metal participe d’une volonté de la remettre au cœur de la vie » (p. 22) ;

 

- Oui, par le Black Metal, véhiculent des idées mélancoliques, poisseuses, pessimistes, cryptiques, nihilistes sur la condition humaine, jusqu’à souligner le penchant naturel de l’Homme pour sa propre abjection, pour son autodestruction ;

 

- Oui, grâce au Black Metal et « son caractère extrême et occulte », peuvent être proposés aux fans (ces derniers sont d’ailleurs trop peu présents) des rites symboliques, des pratiques initiatiques, une expérience mystique, émotionnelle et immersive autour du passé (la guerre, …), des saisons (l'hiver) ou d’éléments naturels (la forêt, la montagne, …). Tout cela favorise l’existence même d’une communauté « passionnée », à la fois homogène, forte et solidaire. Jusqu’à créer l’image prégnante d’un groupe « élitiste », enfermé dans un entre-soi ;

 

- Oui, avec le Black Metal, des limites veulent être atteintes et des frontières dépassées. Et elles sont avant tout intérieures. L’auteur s’engage alors dans des réflexions philosophiques : « le black metal – comme tout art véritable – est comparable à une pratique alchimique dont le but ultime, à travers la transformation du vil métal en pierre philosophale, n’est autre que la sublimation de soi. » (p. 37) Cela peut aller loin, jusqu’à aboutir « à une gnose, une connaissance indicible et intransmissible, résultant d’une révélation intérieure ».

 

- Oui, avec le Black Metal, les corps sont métamorphosés, brimés (corps paint), outragés, martyrisés, mais à l’issue libérés, non !?

 

Malgré des notes de bas-de-page faméliques qui font écho à des ressources bibliographiques et webographiques pas assez mises en avant, le propos est étayé ici et là de plusieurs citations, bienvenues et bien senties, notamment celles venant d’auteurs connus (Bataille, Beaudelaire, Hegel, Nietsche, Novalis, …) ou extraites de travaux universitaires sur le sujet (les fameuses « Metal Studies ») dont j’ai appris l’existence avec un grand intérêt, par exemple les recherches d’un certain Benjamin Hedge Olson (I am the Black Wizards : Multiplicity, Mysticism and Identity in Black Metal Music and Culture, Université de Bowling Green, 2008).

 

Khalil Boughali achève ses « réflexions » par une « anthologie sélective ». Forcément subjective, cette partie est intéressante et contient des précisions ou rappels fort utiles. Chaque cas se justifie bien sûr ; l’auteur termine même son panorama par les Islandais de Misþyrming : il a donc du goût ! Mais je regrette seulement l’absence d’Aneroxia Nervosa pour le BM hexagonal et d’un ou deux groupes qui auraient pu montrer l’internationalisation – bien réelle – du Black Metal aujourd’hui (exemple de Templo Negro en Argentine). Rien de très grave après tout.

 

Rendue agréable et fluide grâce à des qualités rédactionnelles bien réelles, la lecture de ces Réflexions sur le black metal mêle chez moi – page après page – l’intérêt sincère pour un sujet très fécond et la frustration d’aspects parfois pas assez étoffés. Mais peut-être qu’en dépit de ces réserves (une p’tite dernière pour la route : peu de choses sur tout le nuancier stylistique qu’offre en ce moment le BM), l’objectif dont je parlais au début de ma recension serait sur le point d’être atteint : en effet le novice, celui qui n’y connait rien, pire celui qui, captif de ses pensées préconçues sur le Black Metal, ne veut rien savoir ni rien découvrir sur ce genre formidable du Metal, trouvera là matière à déconstruire certaines images, commodes et injustes.

 

Et, dans ce sens, chaque effort, y compris celui-ci, ne peut être que le bienvenu.

 

 

 

TABLE DES MATIÈRES
INTRODUCTION ... 9
DE LA NÉGATIVITÉ DU BLACK METAL : LE MAL ... 11
DE LA NÉGATIVITÉ DU BLACK METAL : LA VIOLENCE... 15
DE LA NÉGATIVITÉ DU BLACK METAL : LES TÉNÈBRES ... 19
DE LA NÉGATIVITÉ DU BLACK METAL : LA MORT ... 22
DE LA NÉGATIVITÉ DU BLACK METAL : L’ABJECTION ... 25
DU BLACK METAL COMME EXPÉRIENCE MYSTIQUE... 32
DU BLACK METAL COMME EXPÉRIENCE LIMITE ... 38
CORPSE PAINT : UN MASQUE INNÉ ... 40
DU BLACK METAL COMME PRATIQUE THÉÂTRALE ... 46
DU BLACK METAL COMME NOUVEAU ROMANTISME ... 50
DU BLACK METAL COMME ANTI MUSIQUE POPULAIRE ... 58
TRUE BLACK METAL ... 61
DE LA PRÉÉMINENCE DE NIETZSCHE DANS LE BLACK METAL ... 65
DU BLACK METAL COMME ART ÉLITISTE ... 67
DSBM : UNE MUSIQUE POUR LES CIMES DU DÉSESPOIR ... 73
DE LA NÉGATION À L’AFFIRMATION ... 77
LA VOIE DE LA MAIN GAUCHE ... 79
BLACK METAL VERSUS PUNK... 82
DU BLACK METAL COMME ART DE L’EFFACEMENT ... 84
VOIX ET VERBE DU BLACK METAL... 88
LA BATTERIE ... 90
ANTHOLOGIE SÉLECTIVE... 93
   BURZUM ... 95
   XASTHUR ... 100
   DIMMU BORGIR ... 104
   GORGOROTH ... 107
   SAMAEL ... 110
   DEATHSPELL OMEGA... 113
   BLUT AUS NORD ... 120
   AGALLOCH ... 125
   NOCTAMBULIST... 128
   KAFIRUN ... 131
   MGŁA... 134
   MISÞYRMING ... 141

RESSOURCES DOCUMENTAIRES ... 144

 

 

 

photo de Seisachtheion
le 13/03/2021

3 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 13/03/2021 à 11:24:16

Pas un chapître sur le Nawak Black Metal, une honte !

:D

Seisachtheion

Seisachtheion le 15/03/2021 à 11:18:45

Je rajoute, lapin, dans la liste des défauts ! Je rajoute !...

...Hey 80e chronique publiée : j'me rapproche du quintal !!! ;D

cglaume

cglaume le 15/03/2021 à 12:14:06

Plus que 20 et c'est le traditionnel pot du passage à l'âge adulte :)

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