Les Marquises - La Battue

Chronique Vinyle 12" (41:20)

chronique Les Marquises - La Battue

Le dernier frisson qui m'anima à l'entame d'une chronique fut une plongée dans l'énigmatique Monster Parade des non-moins mystérieux The Enchanted wood. Nous sommes en 2013. Toute la mouvance Fordamage, Marvin, Choochooshoeshot me mène jusqu'à eux et je découvre un univers singulier (bien loin des soubresauts noise), aussi noir et fragile que dense et lumineux. La Claque.

 

À cette époque Lost Lost Lost, premier opus des Marquises qui nous occupent aujourd'hui est sorti depuis un moment, porté par son « Only Ghosts » de single, déjà remixé et entiché de B-Sides. L'album est dans mon – bac à chroniques – et ne souffrira d'aucune complaisance, ni même attention de ma part. Le patron de cette bonne maison en étant pour ses frais à attendre et ne rien voir venir.

 

Monster Parade est un album plein de vies, des vies de l'auteur, un disque totalement assumé, libéré, qui a sans doute perdu son auteur (Michel le Faou), tandis qu'écrire me libéra juste du frisson.

 

On entre dans La Battue, avec le même genre de frisson. Partir d'un univers qui nous semble familier depuis le fameux 41 de Swell, une musique rêche à l'os, comme semble l'annoncer «Older than fear » (ouep, ça tombe bien), un folk minimal et quelques touches d'exotismes sous percussions.

On entre dans La Battue avec un frisson parce que l'on sait, l'on devine, l'entreprise magistrale au sens premier du terme. Les idées, les émotions, d'un seul homme qui se livre sans retenue.

Ce n'est pas la campagne marketing intense qui précède, cette sortie, qui arrange les choses.

 

Rien que le très mystique « Bare Land » en ouverture catalyse les craintes entre grandiloquence, casse-gueule et sublime. Le titre éponyme entre déambulation rythmée et claviers 80's provoque le choc redouté et permet l'entrée de plein pied dans cet univers hors cadres. Jean-Sébastien Nouveau, le maître à penser de l'entreprise, s'adresse à son éternel comme s'il nous chuchotait l'espoir qui s'envole. Envolée qui prend son ampleur dans le dernier tiers du titre et finit par emporter notre totale adhésion.

 

Depuis 10 ans, Les Marquises propose une autre lecture de la musique dite actuelle, s'inspirant d'une collection d'oeuvres, toutes marquantes, qu'elles soient musicales ou visuelles. Brassant les époques avec la même vie et la même énergie qui lui permet de tutoyer les Young Gods le temps d'un « The Trap » référentiel. Parce que ces musiques, de Massive Attack aux Young Gods en passant par Bauhaus, Léonard Cohen, Ebo Taylor, ou Swell, ont toutes leurs places et qu'une fois installées dans les références, elles s'effacent pour ne laisser que des notes d'un univers marquant. C'est là que réside le tour de force. Rendre l'unique dans chaque titre.

 

« Shape the wheel » sonne délicieusement rétro sans que cela choque et il annonce le monolithique « Head as Scree » pure tuerie electro-trance, qui a la bonne idée de ne pas sortir du cadre de l'album et prendre toute la place. L'emprunt discret au « Goodbye horses » de Q Lazzarus résonne comme un hommage (au morceau même, à l'époque). « White Cliff » devrait figurer comme générique dans toutes les séries HBO qui mettent en scène des flics désabusés perdus au bord d'un lac à ruminer leurs vies perdues.

 

Et si la perte est omniprésente dans l'oeuvre, ce sentiment ne cache jamais les autres. « Hosts are missing » (encore) évoquant davantage la surprise et une forme de libération – parfait état de lieux, comme terminus d'un album. Ceci dit c'est « Once back home » qui clos le débat sur le même tempo et les mêmes sentiments que « Bare Land ».

 

Il sera difficile de qualifier cet album autrement que d'oeuvre magistrale. Un adjectif à prendre au pied de la lettre, tant, on mesure l'implication du duo.. Martin Duru accompagne J-S Nouveau dans ses pérégrinations, ses expériences et ses envies débordantes. Le duo, fidèle à ses volontés de géométrie variable, accueille un autre binôme qui n'est pas en reste.

Rémy Kapriélan: drums on « La Battue », « The Trap », « White Cliff », « Hosts Are Missing », and saxophone on « The Trap »
Jonathan Grandcollot: percussions on « Older Than Fear »

photo de Eric D-Toorop
le 13/06/2020

3 COMMENTAIRES

el gep

el gep le 13/06/2020 à 13:48:51

Faudrait que je prenne le temps d'écouter chaque disque de tes chros, car à chacun de tes textes, ça me donne envie. Eric le Passeur.
Quand je ne saurai plus quoi écouter, et le temps pour, j'irai cliquer sur ton avatar et j'aurai une liste de choses à découvrir, éhéh!

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 13/06/2020 à 17:47:47

Ah ben merci, ça me fait bien plaisir. 

Xuaterc

Xuaterc le 13/06/2020 à 19:46:52

Et pourquoi est-ce que je pense à Brel et voyant tout ça?

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