Mulla - مَوْلَى

Chronique CD album (31:44)

chronique Mulla - مَوْلَى

Lorsque j'ai entendu parler de Mulla pour la première fois, ce fut lors de la sortie de son premier EP, en janvier dernier. Des anonymes irakiens qui font du raw black et réussissent à s'exporter, il faut être honnête, ce n'est pas commun. Assez peu commun d'ailleurs. Trop peu commun en fait. La méfiance est donc de mise. Je vous avoue qu'aujourd'hui encore, je n'en sais pas plus sur l'identité (et l'honnêteté) du groupe. J'en entends déjà certains piafer « nanani, nanana, on s'en fout de l'origine, seule la musique compte ». Mais la question se pose quand même. Parce que si Mulla arrive bel et bien à sortir un EP de cette qualité dans un pays tel que l'Irak dans sa situation actuelle, alors je dis chapeau et je les encourage vivement à continuer ; ce qu'ils ne manquent pas de faire puisqu'ils en sont à leurs troisième EP en six mois.

Un second point me fait prendre ce groupe avec quelques menues pincettes: les lyrics, qui contrairement à la seconde vague BM du début des 90's, défendent une croyance monothéiste (sans pour autant tomber dans le prosélytisme, je tiens à la préciser). Chose à laquelle je suis peu habitué, pour ne pas dire aucunement. Ce point m'a longtemps questionné en mettant à mal mes a priori sur les limites du BM. Voyons tout cela dans le détail.

Analyse.

 Dès les premières notes de يمكن , on retourne trente ans en arrière. Les potards à fond, les micros de strat' en aiguës et les blasts à tout bout de champs ; ce à quoi s'ajoute un chant vociférant gonflé à la reverb. Les riffs en rotation perpétuelle s'enchainent comme il se doit. C'est froid, glacé et aussi décharné qu'un os de hyène crevée depuis 5 ans. La demi-heure que dure cet EP passe très vite du fait du pouvoir d'immersion assez franc dont il dispose. Il ravit parfaitement l'oreille du blackeux en manque de guitare saturée. Un solo sur من الروح , ou encore la dernière piste الليل dans son entièreté, nous rappellent promptement l'origine (supposément) moyen-orientale du groupe. Le résultat est un peu déroutant (parce qu'inhabituel!). Déroutant mais absolument pas inintéressant. La qualité d'enregistrement, elle, est miteuse, mais, je doute qu'il y ait des studios dignes de ce nom dans un pays ravagé par les guerres et les dictatures depuis des décennies et quand bien même; c'est du raw BM, donc les conditions d'enregistrement, on s'en cogne.

 

La page bandcamp du groupe nous indique ceci (en arabe) : Nous ne sommes pas un groupe terroriste ou des fanatiques religieux. Nous essayons de vous donner une sensation musicale de l'atmosphère effrayante du Moyen-Orient de nos jours. Pour le coup, je trouve l'opération assez peu réussie. A l'exception de l'artwork et d'une piste sur laquelle on joue une gamme orientale, il y a ici peu de choses nous dépeignant particulièrement l'atmosphère effrayante du Moyen-Orient. Même si l'idée est absolument louable, je m'attendais à beaucoup plus d'ambivalence ; de chaleur glacée et d'obscures déserts. Mais peut-être suis-je trop pressé de déjà vouloir voir du post-black sur une scène où tout est à faire. Ça a au moins le mérite de mettre en exergue l'universalité du black. D'où que tu viennes, quoi que tu fasses, l'expression de la douleur est la même.

 

Dans tous les cas, cet EP s'écoute très très facilement pour qui aime le raw BM. Le genre est maitrisé dans toute ses dimensions. Un peu trop même. Mulla ne réussit pas encore à lâcher la bride et jouer avec les différentes sonorités que le mélange de cultures peut lui offrir. Toujours est-il qu'ils viennent d'enfoncer une porte et qu'ils sont sûrement les fers de lance d'une scène qui mérite plus que tout d'être encouragée.

photo de Vincent Bouvier
le 03/06/2020

2 COMMENTAIRES

el gep

el gep le 03/06/2020 à 12:38:05

Cool!
Et bientôt le disque de Daesh SS (Belfort/Colmar, par du tout Irak cela dit...)!

gulo gulo

gulo gulo le 04/06/2020 à 13:57:06

Et ils comptent amasser de la moula, avec ça ? 

*tousse-tousse*

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