Ossuaire (québec) - Derniers Chants

Chronique CD album (45 mn)

chronique Ossuaire (québec) - Derniers Chants

Le cycle qui s'ouvre avec le titre Premiers Chants .... et qui s'achève avec Derniers Chants promeut un Black metal intraitable, que ne renierait pas la « Messe des Morts ». Voilà un joli nom pour un festival de musiques extrêmes, dont l’implacable noirceur ferait passer nos festivals « Tyrant Fest » ou « Et Il N’y Aura Plus de Nuit » pour des rassemblements de gais illuminés. Sa 9e édition s’est tenue à Montréal du 28 au 30 novembre dernier. On retrouve aux commandes le label Sepulchral Productions, véritable catalyseur québécois d’énergies occultes et promoteur musical surmotivé d’entités autochtones malintentionnées, alors que certaines n'étaient à l'origine que des one man bands des groupes d'un seul homme. Ces entités trouvent non seulement dans les symboles et les discours (anti)chrétiens, mais aussi dans la beauté froide des paysages arctiques canadiens d'intarissables sources d'inspiration. Parmi elles, on compte – outre les « anciens » de Monarque (qui reviennent cette année avec un EP format musical moyen de trois titres Jusqu’à la mort, six ans après leur LP format long Lys Noir), Outre-Tombe, Morgue, Délétère et Sombres Forêts, plus ou moins actifs – des formations plus jeunes et prometteuses qui portent les noms – fort sympathiques je dois bien l'admettre – de Janvier (merki Nounours), Cantique Lépreux (Paysages polaires), Sanctvs (Mors Aeterna, dont son très bon "Roi omnipotent, Sainteté maléfique") et tout récemment Trépas (L’héritage du monde).

 

 

La langue française y est défendue avec force et selon une « fierté infaillible » (Forteresse’s speaking selon les dires du groupe Forteresse), bien plus d’ailleurs qu’en France. C’est au Québec que l’on retrouve aujourd’hui les vigies d’une défense véritable de la langue française et l’Organisation internationale de la francophonie et ses 300 millions de locuteurs dans le monde devraient à ce propos dire à ce territoire une seule chose : merci !!!

 

Gabriel Loppé (1825-1913), Crevasses du Glacier du Géant - Mont Blanc Massif, 1896

(Cover painting Couverture de l'album Paysages polaires de Cantique Lépreux)

 

Les groupes québécois de Black Metal de Métal noir (oui oui avec un « é » ^^) – cette traduction littérale tombe fort à propos – y participent, même modestement. Me voilà donc condamné à écarter de ma chronique les nombreux anglicismes qui parsèment (polluent) notre langue, surtout dans le domaine de la musique.

 

Il est un groupe canadien, Ossuaire vous l'avez bien compris, qui a attiré mon attention pour avoir, avec Premiers Chants et Derniers Chants, sorti pas moins de deux albums cette année, le premier le 26 avril et le second le 15 octobre. Ils font suite à un format moyen remarqué, Diatribe infernale, paru en 2016. J’ai demandé à Xuaterc s’il voulait bien s’associer à moi pour rédiger une chronique sur la première sortie, pendant que je m’occupais de la seconde. Même si je n'ai tenu à lire ni son album review son compte-rendu, ni la note qu'il a attribuée (excusez-moi donc par avance d’éventuelles répétitions), je me suis intéressé de près à la sortie d’avril et pour cause : le premier morceau "Premiers Chants" du premier album ouvre une parenthèse musicale lugubre qui ne s’est refermée que six mois plus tard, avec "Derniers Chants (Un monde dépourvu de Dieu)", dernier titre du second album, soit la fin d'un cycle.

 

 

Ces offrandes « haineuses » sont certes deux qui ne font qu’un, mais nous avons tout de même pris le risque de les dissocier. À première vue, peu de changements sont à l’œuvre. À l’écoute des deux premiers morceaux "Pestilence Rampante" et "À l'Ombre Du Très-Haut", Derniers Chants est de la même trempe que Premiers Chants, au point que l’on peut s’interroger sur l’opportunité de les avoir scindés ! Hérésiarque et ses coreligionnaires maudits proposent un Métal noir traditionnel qu’ils présentent eux-mêmes comme « cru et puissant » avec, de la part de Charnier, la même déferlante de blast beats de frappes alternatives effrénées. Pas de linéarité cependant, grâce aux riffs aux combinaisons d’accords plus lentes et mélodiques d’Atrocité à partir du 3e morceau, qui donnent tantôt une teinte plus pesante (entame de "Sous l'Autel Des Immaculés" et mid-tempo tempo moyen de "L’Œil-Sang"), tantôt une signature plus émotionnelle, parfois épique, davantage soulignée ici que dans Premiers Chants (par exemple à la fin de "Sous l'Autel Des Immaculés" ou lors de la respiration "Élévation"). Le groupe assume les avoir tirées de la musique scandinave, finlandaise spécialement. Tout cela reste donc sous les mêmes latitudes … polaires ! Signalons, tout comme dans Premiers Chants et son "Exhortation", un passage peu commun à la guitare classique au début et à la fin de "Derniers Chants (Un monde dépourvu de Dieu)", qui m’a rappelé une des dernières compositions des Allemands de Wallfahrer ou celles des Français de Maïeutiste et de Verfallen, ces derniers à l’occasion de leur split leur disque partagé avec Hyrgal en 2018. Agréable.

 

La langue française est toujours là, parfaitement audible malgré l’intensité de cette musique, et ça le fait tout simplement : sa convocation par Hérésiarque fait merveille ici, idéale pour bâtir à l’aide d’un verbe acerbe « une mythologie anticléricale prophétique » appelant à l’effondrement de la chrétienté, véritable ciment de ce projet musical et esthétique sans concession. Ces « paroles pamphlétaires » 100% françaises sont la plus-value de cet album, en fait de ces deux concept albums albums-concepts.

 

Un bémol cependant : Premiers Chants comportent plusieurs morceaux qui ont accroché positivement mes oreilles grâce à un emballement inattendu et salutaire de la base rythmique ("La Flamme Noire de Ge'henom" aux 4e et 5e minutes et "Saints Céphalophores" au même moment). Rien de semblable malheureusement ici. Certes Derniers Chants se distingue de son prédécesseur par un souffle plus mélodique, mais les lignes de basse de Spectre n’en demeurent pas moins peu affirmées. Aussi, alors que j’aurais mis un p’tit 8 ou 8,25 sur 10 à Premiers Chants, me voilà amené à donner une note légèrement en-deçà. Mais cela n’enlève absolument rien aux qualités et à la solidité de ce combo radical, animé par des intentions particulièrement funestes concernant le destin de l’Église.

 

photo de Seisachtheion
le 18/12/2019

2 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 18/12/2019 à 11:05:01

Beau travail collectif de la team CoreAndCo Black Metal... Euh : de l'équipe des pandas de MétalTatouéEtCompagnie

Xuaterc

Xuaterc le 18/12/2019 à 17:43:09

Jolie chro en effet. Et je constate que nos avis sur les deux disques sont accords.

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