Atavist - III - Absolution

Chronique Vinyle 12" (58:02)

chronique Atavist - III - Absolution

Les britanniques sont de retour. Non, je ne vous parle pas d'une éventuelle annulation du brexit, mais bien des quatre ténébreux de Manchester regroupé sous le nom d' Atavist. Treize années de silence, de réflexion, de macération intellectuelle et émotionnelle auront été nécessaires pour sortir III – Absolution. Autant vous dire qu'on prend le temps de l'écouter, cet album. De le réécouter, encore et encore, pour l'appréhender au mieux. Je continuerai dans le registre affirmatif pour vous dire qu'on a ici affaire à une grande leçon de doom ; celui qui suinte, qui oppresse, qui chauffe dans la noirceur autant qu'il s'atomise dans la Voute céleste des Damnés.

 

Analyse.

 

L'ouverture de cet album est incroyablement imprégnée de la sonorité de Mogwai période Rock-Action. Les lents arpèges, le violon, la rythmique au premier plan. Les voisins écossais ne sont pas très loin me direz-vous. Ces quelques minutes de tranquille rêverie lénifiante se font brutalement interrompre par une tonalité dissonante qui vous agrippe sans que vous ne vous y attendiez. Le chant profond, intime et posé de Toby Bradshow enfonce le clou. Le ciel se couvre petit à petit. Oscillant entre ces deux modes pendant encore un certain temps, la piste prends un tournant très net en sa moitié et sombre définitivement dans la noirceur la plus glauque.

« Struggle », personnellement ma piste favorite de l'album, est toute en tension, oscillant entre « temps mort quasi apathique» et puissance soudaine. Ces douze premières minutes ne font que jouer avec nos nerfs jusqu'au déferlement de puissance aussi inattendu qu'espéré. Effectivement, aussi « inattendu qu'espéré » car jouant sur la corde, le quatuor nous emmène là où il le souhaite sans jamais que l'on puisse l'anticiper. Les trois dernières minutes sont une réelle extase auditive (que j'ai absolument hâte d'entendre en live dès que possible). On a ici l'équivalent d'une frustration trop longtemps contenue se dissolvant petit à petit. Écoutez, vous verrez.

« Self-realisation » sonne plus épique (toute proportion gardée, bien entendu, on parle de doom quand même, faut pas pousser mémé dans les osties) et donnera une impression de monobloc. Le rythme est plus soutenu et nerveux, mêlé à une lead guitare soulignant la mélodie ( d'où l'effet épique). L'ambiance lourde et obscure est déjà bien établie par les pistes précédentes. Le décor est donc planté, affirmé et confirmé. Il ne nous reste plus qu'à profiter, scruter et tendre l'oreille pour se délecter des cloches lugubres, de ces riffs aussi lourds que tranchant et de ce chant à la limite de la perfection : simple, posé mais profondément torturé et obscur. En fait, il rentre dans la catégorie de ce que j'appelle «  le chant honnête » que l'on ne retrouve pas chez tout le monde, loin de là.

« Absolution », piste phare de l'album s'étale sur dix-sept minutes. De longue nappes de synthé viennent étoffer cette piste au demeurant très processionnaire. La longueur de la piste permet une construction tortueuse et offre la possibilité de passer en revue l'ensemble des éléments constitutifs de l'album présent dans les pistes précédentes et fait office de conclusion. Où peut-être faut-il voir ça en sens inverse et voir les trois premières pistes introduisant la pièce finale. Cette vingtaine de minutes passe excessivement vite, entre arpèges, rythmique reverbée, riffs acerbes et un chant toujours aussi puissant, nous berçant de mélancolie rance pour finalement nous laisser sur une note tragique élaborée à grand coup de violons résonnant dans l'immensément vide.

 

Atavist débarque en grande pompe après treize années d'absence. Rien n'est à jeter dans cet album qui va vous faire passer l'envie d'exister à l'approche de cette saison estivale. Rien de tel pour pratiquer la distanciation sociale de vigueur en ce moment. Lourdeur, profondeur et désespoir assénés à grand coup de riffs dans la tronche : la recette est parfaite. Encore faut-il avoir l'expérience. Ce que les quatre gaillards en noir nous ont prouvé. Atavist passe dans la catégorie des darons du doom.

photo de Vincent Bouvier
le 18/06/2020

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