Evangelista - In Animal Tongue

Chronique CD album (41:52)

chronique Evangelista - In Animal Tongue

Est-il difficile de faire une bonne chronique de disque ? Question totalement vaine et vilaine, qui peut à la rigueur affleurer occasionnellement l'esprit du minable scribouillard de base que nous sommes tous.

Eh bien, non, ce n'est pas difficile. Tout le monde peut le faire. Let's fuckin' DO IT YOURSELF, fucker ! Une seule règle : y'a pas de règle, fais à peu près exactement comme tu as envie de le faire et ta chronique sera « bonne ». Hé !

Car tout le monde s'en fout. Ça ne sert à rien. Personne ne lira plus de deux paragraphes.

Et tout le monde a des opinions. A peu près n'importe quel lambda truc a des opinions sur n'importe quoi. Ça ne sert à rien d'exprimer ses opinions de merde sur tout et surtout nimp'. Liberté d'expression, tout le monde a ce mot à la bouche. T'as aussi la liberté de fermer ta gueule.

Certes.

Noyés nous sommes dans des pages de commentaires et de commentaires de commentaires, j'aime-j'aime-pas-votes-notes-vert-rouge-you-hou-plus-moins-fuckmeinmortzwiller-compteur-de-clicks-encéphalogrammesaturédemerdedébile. Au secours !

Alors quand on nous balance pour la 345879ème fois un commentaire basé sur le non-argument titanesque « T'ES PAS OBJECTIF », j'ai envie de hurler, de rire, de hurler de rire, de tuer, d'embrasser l'internaute en question, de m'offrir une séance de masturbation énergique en son honneur, de me renseigner pour l'achat d'armes à feu automatiques de gros calibre, d'aiguiser mon coupe-coupe, de me préparer à la guerre, de faire un grand feu, de me touiller de la pâte à crêpe.

L'écoute, le ressenti d'un disque n'est que subjectivité. Enfin presque... La seule chose totalement objective... c'est si je dis que c'est de la merde, c'est que c'est de la merde et que j'ai raison.

Rions ensemble.

 

Et, en finalité, rien ne sert d'argumenter. La communication est morte. Personne n'écoute personne.

De toutes manières, on a trop chipoté sur ce qu'on aurait le droit de dire et on ne s'autorise plus rien. La sincérité, c'est tellement suranné. Développer, débattre, échanger, tout ça n'existe plus. Pour combien de commentaires hâtifs et vexés reçoit-on un mail personnel, par exemple ? Pour combien de « je suis pas d'accord » arides a-t-on quelqu'un qui balance son propre texte sur la question ?

 

Aaah je suis malade, ça ne va pas très fort, là... Où voulais-je en venir ? Je ne sais plus... J'ai une gueule de bois massif alors que j'ai pas tant bu que ça. C'est triste de vieillir.

Je devais chroniquer le très bel album de Carla Bozulich, pardon je voulais dire Evangelista, In Animal Tongue, là. J'aime bien la traduction mot-à-mot, littérale et idiote de ce titre : dans la langue animale. Ha ! Vous croyez que c'est fait exprès ? Mystère.

Oui, ce bel album au lyrisme noir très slave - questionnement de foi et culpabilité, tout ça - ce disque aux charmes nocturnes et féériques, dispense le cri de la soie et l'humeur sombre dans des corps trop caverneux, en cet hôtel échangiste pour cauchemars incarnés, personnifiés. Dehors c'est l'été, il neige toujours, et toutes les routes sont bloquées. Alors tu peins ces chimères animales en attendant la fonte et les torrents de boue, un pinceau cassé planté dans ton ventre.

 

Le mystère. Evangelista le diffuse à travers sa musique comme on l'entend trop rarement. Une personnalité unique, un sens de la mélodie iconoclaste qui propulse l'auditeur la tête dans des nuages de fumée vivace, aux contours toujours changeants, instables. De l'onirisme concentré.

Et de la passion, sacrebleu !

 

La passion, ça commence tout de suite. Dès les cordes caressées de "Artificial Lamb" et cette voix déployée autant que prostrée, qui porte tout en deux mots déjà, sans jamais être pleureuse. Avec de l'élan, quelque chose qui grandit, qui te grandit. Qui fait du mal, qui fait du bien.

Triste mais fière, saoule et revancharde.

Saoule. Oui, la voix semble souvent sous l'emprise de l'alcool. De l'alcool et de la passion, donc.

Il faut vraiment se plonger dans ce disque. En même temps, c'est pas difficile si t'as un minimum de sensibilité. Plonge. Plonge z'y, j'te dis !

 

Va donc te faire malmener.

La peur n'est pas loin. Elle est là. Rappelle-toi, on est dans un cauchemar.

"In Animal Tongue", "with bugs and bats".

Marche funèbre, orgue, chants discordants de Bozulich, bandes inversées, c'en est fini de l'histoire d'amour. L'agneau artificiel a été sacrifié.

 

Sacrifice à "Black Jesus".

Le chant prend des accents absurdes, presque grotesques, c'est de la torture enrobée de feutre.

Et les cordes sont de sortie, ensuite. Pour t'étrangler, qu'est-ce que tu croyais ? Carla sanglote désormais dans son verre de gnôle, ses mains sont poissées de sang et de cendres. Les cloches sonnent le feu. Tout court.

 

A l'asile, elle entonne une chansonnette presque à la Mariane Faithfull, pleine de battements de mains et de petits tambours. Les mimines sont gantées de cuir pour oublier l'ineffaçable.

Mais au fond de la cave de l'hôpital, il y a un tunnel pour les étoiles pour ceux qui ne veulent pas grandir tout froids.

Psychiatrique. Adjectif abusé, surabusé et violé, utilisé tant de fois pour décrire un bête disque de Metal ou de Rock même pas original. Ici le terme n'est pas galvaudé.

Garanti sur facture.

 

Doux parfums de funérarium, de camisole et de bave séchée, mais doux parfum de poésie qui règne, partout, à chaque pute de seconde.

Écouter ce disque te fera voyager, vraiment, dans des pays étranges qui mélangent enfer d'Arabie, vieille Irlande truquée, Russie – disais-je – mais juste un de ses fantômes. Pays digne d'un Sandman suicidaire où Carla se meurt, seule. Comme nous finirons tous par le faire.

Clochettes dans le boudoir inondé de noir, le plafond va céder, laisser vomir la vermine. Que la nuit mandibule bouffe les dépouilles.

 

"Enter The Prince" constituera un faux requiem ; Blues bancal, ni triste ni gai, une histoire en boucle ne débouchant sur rien, une histoire qui raconte l'histoire d'une histoire qui raconte une histoire ne débouchant sur rien d'autre qu'une histoire racontant une histoire. Pleine de fureur et de bruit mais, idiots, nous n'y entendons rien.

Merdalors.

 

Et c'est déjà la fin, "Hatching" n'apportant rien, ni développement, ni conclusion, ni explication. Nulle éclosion. Oh et puis après tout, démerde-toi !

 

C'est la difficulté de ce disque, son point faible, s'il en a un : il est décentré, désorganisé, perdu, quitte à te perdre, toi, pauvre poire qui t'en prend plein en elle-même.

Mais où a-t-on lu qu'un album devait être organisé, construit avec un début, un milieu, une fin?! Le début c'est le premier titre, la fin, le dernier ; le reste on s'en carre.

Tu voulais du vrai, tu t'es pris de l'irréel plus vrai que toutes ces adhésions plastiques à un certain authentique fallacieux.

Le Rêve règne, la vie est son ombre.

Superbe.

photo de El Gep
le 14/09/2013

12 COMMENTAIRES

sepulturastaman

sepulturastaman le 14/09/2013 à 14:28:14

c'est qui la personne en photo de ton avatar ?

pidji

pidji le 14/09/2013 à 14:47:10

Quel disque, vraiment, pfiou. Bien sombre.

Tookie

Tookie le 14/09/2013 à 14:59:12

Quelques relents Lester Bangs-iens dans cette chronique...
(Je ne connais pas l'album)

sepulturastaman

sepulturastaman le 14/09/2013 à 15:32:37

Par temps de pluie comme aujourd'hui c'est l'idéal ce disque

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 14/09/2013 à 15:44:18

Ta première question est sérieuse Sepult' ?

Sinon el Gep vendrait des tongs à un cul de jatte.

sepulturastaman

sepulturastaman le 14/09/2013 à 16:10:31

Ecoutes toi tu as peut être volé ton avatar à Blasting Dead Artwork, mais moi je ne cause que sérieusement.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 14/09/2013 à 20:23:51

Très bien Blasting Dead en effet, très bien.
C'est Scarlett Johansson sinon et c'est du sérieux.

el gep

el gep le 14/09/2013 à 20:36:10

Pour la petite histoire j'ai choisi cet avatar car elle a l'air d'être en plastoc et que nous avons le même sourire de traviole, elle et moi.
Ce disque est fantastique.

sepulturastaman

sepulturastaman le 14/09/2013 à 21:39:05

Sérieux de quoi blonde??? cheveux longs, il n'y a rien de sérieux de ressembler à une barbie.
Sinon disque terrible.

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 14/09/2013 à 22:08:49

Barbie c'est hyper sérieux au vu du nombre de de petits d'hommes qu'elle fait bosser pour un grain de riz par semaine.
Le premier qui m'accuse de ne pas parler de cet album, du sourire de el Gep, de la langue des animaux, de la Vieille Arabie et du Hatching... gaffe, gaffe les gars.

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 15/09/2013 à 09:59:33

J'aime encore bien son album à Scarlett avec les TV on The Radio...

Eric D-Toorop

Eric D-Toorop le 15/09/2013 à 17:52:46

Carla Bozulich... Geraldine Fibbers, pour les anciens, le genre de bonne femme assez exceptionnelle (sans que ce qualificatif soit pompeux)...
dans une belle famille avec Lisa Germano et Ani di Franco

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