Neptunian Maximalism - Éons

Chronique CD album (02:08:25)

chronique Neptunian Maximalism - Éons

Malaisant – et – au Jour d'aujourd'hui – sont probablement les expressions les plus notables de cette période troublante liée à la pandémie. Elles sont aussi dégueulasses dans l'oreille, la première ne disant pas les choses comme elles doivent être dites. On préfère prendre des pincettes pour dire que l'on est pas bien face à la situation, mais on ne le dit pas vraiment. La seconde est un supplice de surenchère, bien dans l'ère du temps, où l'on a, de toutes façons, trop de tout. En ce sens, Eons le gargantuesque nouvel opus de Neptunian Maximalism est une réponse idéale pour donner une perspective à la vérité du monde.

2 heures et 08 minutes. Des titres imprononçables et incompréhensibles (même traduits) pour le commun des mortels. 3 « périodes » liés au soleil, à la lune, et à la terre. 2 batteries et leurs cortèges percussifs, 1 saxophone qui fait figure de quatuor à cuivres la plupart du temps, une guitare qui en vaut 10, un retour au cri primal, le tout baigné dans une magie rouge comme le sang qui cogne les tempes. Et jusqu'ici, vous pensiez avoir tout entendu...

 

Neptunian Maximalism propose comme second album, un voyage (le terme est loin d'être usurpé) dans l'ailleurs. Cet ailleurs que l'on a en soi, dans notre coeur, nos synapses et nos tripes. Il faut remonter loin 3 ou 4 décennies, dans les travaux de Acid Mothers Temple, Goblin ou Coil pour retrouver ces ambiances rugueuses, parfois effroyables qui délivrent une transe intérieure dont on a du mal à revenir. Plus près de nous, le trio italien de Father Murphy, avait cette approche résolument radicale avec une certaine intensité. Comme pour Father Murphy, il est évident que la musique de NNMM DOIT se vivre en live.

Si certaines accointances mentionnées font référence à un son plus froid, plus «...wave », ici nous sommes dans son parfait contraire. Le son est chaud, rougeoyant, lumineux... à vif.

 

2 heures et 08 minutes, comme premier rempart d'une certaine radicalité. Qui prend le temps, de nos jours, de se laisser aller à 2 heures de musique. Les connaisseurs ? Les passionnés ? Même pas sûr. Pourtant, pour peu que l'on puisse lâcher prise, la magie opère et ces deux heures n'en sont pas, n'en sont plus. L'univers déployé a beau être franchement hostile, l'auditeur curieux ne pourra qu'être absorbé totalement et oui, c'est flippant. Irrésistible mais flippant.

Irrésistible, la faute à de belles lumières psychédéliques, familières, qui transpercent un son massif, souvent inquiétant.

 

To the Earth, le premier chapitre de l'oeuvre propose une rencontre entre les ambiances drone et un free-jazz aussi expérimenté qu'expérimental, sans conteste, la marque de fabrique de NNMM. On est à des kilomètres d'une fusion machin-machin. Seule la guitare peut servir de guide.

 

To the Moon, le deuxième chapitre est placé sous les signes d'une certaine langueurs, le sax est moins survolté, une basse faisant office de bâton de pèlerin pour trouver sa voie dans un marécage où chaque bout de terre ferme se renouvelle sans cesse.

 

To the Sun, troisième chapitre présente des riffs marqués, un sax coordinateur et des batteries en ordre de marche, le chant (j'y reviens) trouve une voie inédite.

 

Tout au long de l'oeuvre, le chant traverse les vagues, dans un souffle pour un bout du chemin. Un chant qui repose sur les travaux du professeur Lanchantin (ça ne s'invente pas) à propos du protolangage des hommes préhistoriques, ajoutez à ceux-là quelques cris inhumains et des invocations d'un autre temps.

 

Guillaume Cazalet, Jean-Jacques Duerinckx, Sébastien Schmit et Pierre Arese au coeur de cette formation, démontrent, entre toutes les formes, la force véritable de persuasion de la musique. Média imparable qui parvient comme jamais à transporter son auditeur. Bien sûr, il y'a la maîtrise, on ne joue pas une telle musique sans parfaitement connaître son outil. Au-delà du côté virtuose, il y'a l'intention et le lâcher prise qui va avec. Une totale et parfaite liberté.

 

L'artwork n'est pas en reste, il s'agit d'une toile, réalisée par Kaneko Tomiyuki, représentant un démon japonais aux multiples visages qui regardent dans tous les sens, avec des serpents additionnels en guise de bras. On ne peut plus parlant !

 

Neptunian Maximalism est une entité collective et pour les concerts, d'autres musiciens (issus de Thou ou Nietsche) se joignent à eux.

 

photo de Eric D-Toorop
le 26/11/2020

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