One Lick Less - Spirits Of Marine Terrace

One Lick Less - "Spirits Of Marine Terrace"
chronique One Lick Less - Spirits Of Marine Terrace

Ce que j'aime vraiment dans la musique de One Lick Less, c'est sa propension à ne pas s'en faire, à laisser couler le Blues, gouache pastel sur la toile légère d'une instrumentation à l'os, sans même trop de moelle, guitare, batterie, voix, point.

En voilà une introduction ! Mais si je rentre dans le vif du sujet, c'est qu'on en a rien à foutre du reste.

Musique vibrante, rayonnante et ombragée de spleen langoureux, presque tendre, une nostalgie ambiante qui n'a rien de passéiste, nostalgie d'un monde imaginaire oublié dans nos océans de fureur.

Un timbre de voix sur le fil, un filet de voix, fin, sensible, fragile, touchant dans son assurance toute relative, pas loin de la fausseté parfois, et alors ? Alors Julien ne triche pas, il ne gonfle pas les pectoraux, il ne cherche pas à avoir la plus longue. Il chante comme ça vient, comme il est, du coup c'est personnel et c'est beau, hé. Les paons et les suceurs finiront tous entre les mains du Grand Boucher, alors, à quoi bon de toutes façons ? Nous retournerons tous à la viande silencieuse. Alors nous pourrions être calmes un instant, non ? Et écouter pour de vrai.

Oui, ne cherchez pas ici de débauche d'énergie primale. Ici on tisse avec soin et passion. L'un n'empêche pas l'autre, et à quoi bon toujours gueuler, dans un monde déjà rempli de bruits...

 

Le Blues et le Folk du pays oublié dominent, rehaussés de quelques accents Pop dignes, et on n'a pas besoin de plus pour voyager, bercés d'arpèges mystérieux, chaloupés de houle de rêve, de mouvements vifs et amples dans la lente danse (ça c'est la batterie de Basile, incroyable discours percussif, fluide et majestueux comme un fleuve d'eau bleu clair).

Bien sûr, sous le courant, les sécheresses antérieures ne sont jamais très loin, marquées dans le limon, les strates sont révélatrices, il n'y a presque rien ici, une guitare et des tams-tams, alors pour le Grand Harmonique, tu repasseras un soir de grand luxe à l'opéra, planqué sous tes dorures et fourrures ridicules.

Ici on cause argile et châteaux de sable, la poésie se glisse dans un accord suspendu à la tierce sous-entendue. Sous la mer, le bar, nous susurre le joliment instable "Perishing Riot". Suspendue encore, l'entrée en matière. Elle te fait croire un instant que t'es tombé sur un album de Godspeed You! Black Emperor et en fait, non. Le Folk/Blues/Country de "Unkind Folk Tale" finit par s'installer, avec des presque spoken words sur les couplets.

 

Bordel. Le timbre de voix de Julien me rappelle gravement quelqu'un, c'est une coïncidence, rien de plus, mais je n'arrive pas à identifier le fantôme auquel il me fait penser. Un je ne sais quoi de Tom Barman, peut-être, et encore... Non, c'est pas ça. Peu importe.

Pendant ce temps, Basile aime faire le bruit du tonnerre au loin avec ses toms. Il va pleuvoir, l'air est chargé d'électricité, les insectes deviennent dingues et téméraires, ça va bien finir par péter, t'as vu comme il fait lourd ? Moite, putain de moite, "Eyes Want".

 

Mais non, ça n'éclate jamais vraiment. Demain, peut-être.

C'est, je suppose, le seul bémol que je balancerais à la clef, avec aussi ce peut-être trop convenu "HK" ? Manquerait-il du chant à cet instrumental ? La fin en montée est-elle trop longue ? J'en cloue ma langue à ma porte. Chklock !

Donc, en général, ici ce n'est pas la débauche d'énergie, pas d'explosions soudaines revigorantes, mais ce n'est pas si grave. En live, c'est d'ailleurs plus dynamique. J'aimerais quand-même qu'ils nous bousculent un peu... ah vous verrez bien, allez là-bas et respirez le bon air.

Après tout, réussir la beauté sans jamais en faire trop, c'est déjà énorme.

Bravo.

 

N.B. : j'ajouterai qu'ici il n'y a décidément aucune trace de vocoder, aucune, et que la pochette est une œuvre de Basile le batteur sensible, sérigraphiée par copain Brian Cougar le bâtard sensible.

Y a-t-il un lien entre ses deux remarques ? Non, absolument aucun. Kill kool kids.

photo de El Gep
le 31/08/2013

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