Ryloth - Avant-Cour

Chronique CD album (26:32)

chronique Ryloth - Avant-Cour

Après cette alléchante mise en bouche qu’était la démo Archipelago, le combo allemand Ryloth revient cette année avec Avant-Cour, un album Blackened Skramz bouleversant qui a dû en asseoir plus d’un·e. Oui l’album est tout bonnement une monstrueuse mandale sonore. La désolation et l’atmosphère sombre qui s’en dégage nous glacent littéralement la dorsale. Les oreilles ressortent saignantes et meurtries après cette expérience épique d’une douleur sincère et catastrophée. Avant-Court est une débauche d’affects tristes et passionnés soutenus par un riffing torrentiel dont les salves successives blackisantes terrassent mélodiquement tout sur leurs passages. Créant un mur de son unique en jouant la carte de l’urgence et de l’explosivité, Ryloth dégoupille avec des riffs épiques, pimentés de Blast Beats tonitruants et d’un chant qui fait dans le Drama Post-Apo le plus poignant possible.

 

Ryloth taquine sur Avant-Cour un style au croisement du black Metal et du Screamo. Une association que je trouve très naturelle et qui ne date pas d’hier. Des formations ont, depuis la fin des années 90, tenté de réunir deux genres qui dans leurs esthétiques et dans leurs cultures respectives (Screams Aigues, ambiances sombres et désolées, productions fauchées etc.,) ont beaucoup à voir ensemble. On peut citer Union Of Uranus, Funeral Diner, Old Soul et pour les formations actuelles marquantes Niboowin, We Came Out Like Tigers ou encore Portrayal Of Guilt. Avant-Cour fait beaucoup penser à Breathing des Américains de Niboowin. D’ailleurs, on retrouve en Guest voice sur la déchirante outro « I Wish I Was Dreaming » le chanteur de Niboowin.

 

Première chose qui frappe, la qualité et la violence des screams. Les lignes de chant sont implacables de puissance et d’émotivité hardcore. Première aperçu avec « Asimov Filter » qui est loin d’être le hit de l’album mais qui donne une bonne idée de ce qui nous attend au chant et dans l’ensemble. Trois screamers à l’identité gutturale différente mais complémentaire, et qui sans aucune retenue donnent généreusement tout, et ce sur chacune de leurs sorties. Des sorties traversées par le désespoir et dont les ressorts stylistiques reposent sur l’action devant l’adversité. Le chant féminin à la Cady est fait de screams perçants et devrait ravir tous les passionnés du courant extrême de l’ornithologie.  Les chœurs Crusty caverneux du batteur participent de la lourdeur apocalyptique de cet LP et de la désolation ambiante. « Talking Cure » est un concentré de ce qui fait tout le potentiel du chant sur Avant-Cour. Le final épuré et communautaire de « I Wish I Was Dreaming » est bouleversant au possible, me rappelant au passage que la douleur est aussi une expérience sociale et que son dépassement ne peut trouver de résolution que par le collectif : « All we have are the connections we make ». L’incarnation magistrale du chant sur « I Wish I Was Dreaming » peut autant m’émouvoir qu’Emmanuel Jessua d’Hypno5e sur le final de A Distant (Dark) Source.

 

Les guitares et la batterie jouent de concert lors de moments acharnés ; moments où les doubles croches, pédales, mandales… sont reines et où l’impression de prendre le bouillon est constante. Des points de ruptures blacks atmosphériques où l’âpreté et la brutalité du rythme n’ont d’égal que la force et l’exigence forcenée des mélodies. Impression de noyade et de submersion garantie, avec un désir macabre d’en redemander. Ryloth joue aussi beaucoup sur les ambiances Post-Apo et alterne très souvent entre déferlantes Blacks, ponts samplés et complaintes screamos. Des moments plus « posés » qui tranchent avec l’explosivité Black mais qui servent la cohérence, la noirceur et l’épaisseur narrative de l’album. Le groupe s’autorise donc quelques samples notamment sur l’introduction de « Asimov Filter ». L’interlude « Phoebe » est un moment en creux qui en soi n’a rien de transcendant mais qui maintient l’immersion et l’atmosphère Post-apocalyptique de la galette. Le combo essaime aussi très souvent des sonorités futuristes (Samples machinaux, témoignages d’outre-tombe, effets électro sciences fictionnels etc.,).

 

La caution intellectuelle++ de cet album est surement « Deleuzian Chant ». Référence complètement pétée pour « la machine désirante » et peu déconstruite que je suis. C’est Gilloux et Felix qui l’ont postulé !! Tellement imbitable l’Anti-Œdipe, une purge philosophique notoire mais qui ne manque pas de style. Plus sérieusement, le combo Allemand accumule les références de prestige. Très influencé par la philosophie et la science-fiction, Avant-Court est l’OST futuriste d’un Blade Runner qui serait sorti en 2049. Une projection futuriste et pessimiste où Les robots, plus humains que les humains eux-mêmes, incarnent le triomphe du Post-humanisme. A moins que Les Robots et les « machines désirantes » ne fassent déjà partis de la condition humaine ? Une révolution anthropologique majeure diront quelques frileux universitaires, une aliénation rampante du corps social déterminée par les forces technocratiques et capitalistes diront les plus critiques d'entre nous. Pour les membres de Ryloth, un changement de paradigme esthétique et social qui fait froid à l’âme, aux consciences politiques et à nos petits cœurs battants.

 

Avant-Cour est un album riche en références, en idées, en skills Blacks/Screamos, et qui repose sur de très bonnes trouvailles au niveau des arrangements. Dans sa forme et dans son fond, Avant-Cour est une projection dans un monde où les nouvelles technologies sèment le chaos, nous éloignent les uns des autres et vampirisent tous les aspects de nos vies ; un brulot Post Black-Metal épique nourrit par la sensibilité et le romantisme révolutionnaire du Screamo.

photo de Freaks
le 30/11/2020

8 COMMENTAIRES

Seisachtheion

Seisachtheion le 30/11/2020 à 10:25:29

Sache bien - et c'est bien là sa force - que le Black Metal est à peu près soluble dans tout (HxC, Doom, Death, Jazz, Classique, ...). Et même avec le Screamo, ça le fait (le troisième titre "Talking Cure" en administre la preuve ici) !!!!

Seisachtheion

Seisachtheion le 30/11/2020 à 10:53:08

Tin'! Par exemple du Black Death Noise polonais ! ^^

https://godzovwarproductions.bandcamp.com/album/ke

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 30/11/2020 à 12:09:37

 Skramz ???? Késsadirekececi ?

Freaks

Freaks le 30/11/2020 à 18:48:07

Seisach: J'suis un vrai noob en Black, j'y viens gentiment et sur le tard (mais avec beaucoup d'enthousiasme) dc tu m'excuseras mes lacunes quant aux subtilités syncrétiques du style :p Si tu veux pour moi, le métissage black c'est Zeal and Ardor, quelques groupes de Post et de screamo sus-nommés dans cette chronique et basta... Mais je compte bien refaire mon retard à force d'encanaillement sur ces pages :)

Cromy: Skramz c'est l'équivalent de Screamo mais avec la street cred en plus ;) J'avoue ça fait un peu péteux comme ça mais en vrai j'aime bien comme ça sonne ;)

ryloth

ryloth le 01/12/2020 à 11:01:18

thanks for the passionate and sweet review at full length. we very much appreciate the support <3
for those who want to buy our record, there are only a few of the limited ones left ;)
https://ryloth.bandcamp.com/
 

Freaks

Freaks le 01/12/2020 à 16:33:43

It was a pleasure ;)
Check your Facebook page.. I asked you a question two weeks ago :p

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 02/12/2020 à 18:13:21

@Freaks: suis trop vieux pour ces conneries.

Freaks

Freaks le 02/12/2020 à 19:09:45

Je connais aussi cette théorie ;)

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