The Austrasian Goat - Paved Intentions

Chronique Vinyle 12" (55:00)

chronique The Austrasian Goat - Paved Intentions

M'étant toujours senti extérieur à toute sphère spécifique, je contemple parfois, atterré, ce qu'est devenu le Punk pour certains, ce qu'il représente ou ce qu'il incarne. Le fond, la forme, la routine. Je sais pas vous, mais moi j'y vois pourtant quelque chose de libre, de culotté - d'audacieux, oui - qui devrait être capable de niquer ses propres codes par la porte de derrière.

Heureusement, il y en a encore plein pour le culbuter dans tous les sens et garder un certain goût de l'amoralité musicale.

 

Est-ce à dire que cette introduction pédante de gros pédé de scribouillard tendrait à insinuer que le dernier The Austrasian Goat est Punk ?

Mouah ! Non.

J'en ai rien à foutre de ce qui est labellisable Punk ou non, pas vous ?

 

Par contre, je chéris et applaudis la liberté dont fait preuve Julien 213 au fil de ses disques toujours très classieux.

Classieux, oui. Il ne semble même pas attacher d'importance à apporter une certaine crasse - quasi-institutionnalisée ou commis d'office dans le soi-disant « milieu » - au creux des formes variées de son expression musicale.

Ici tout est clair comme de l'eau de stalactite. Tout coule et goutte, un son liquide et glacé dans nos oreilles blasées.

 

Ça fait un bien fou.

 

Tout est clair, sauf les voix. Floues, distantes, éloignées, presque pas senties, sans affect, des spectres.

Pas d'engagement émotionnel outré à ce niveau, pas d'effet tire-larmes, à peine un petit côté ténébreux.

C'est un choix. C'est assumé, j'imagine, et ça a son sens.

Seulement, des fois, j'aimerais sentir un peu plus le bonhomme derrière. Mais ce dont moi j'ai envie, il s'en cogne comme de l'an 40, je pense...

 

Et sinon le reste de la musique ? Il ose la beauté, il ose la beauté des accords, des harmonies. Qui cherche encore à assembler de belles harmonies aujourd'hui ? (Question rhétorique, t'enflamme pas sur le name-dropping.) Attention, je ne parle pas de jolie joliesse pour faire tapisserie, mais bien de cet art des sons, minutieux et cadré, de composer des chansons. Des morceaux, des vrais.

Hé, les guignols, c'est bien beau d'empiler et enchaîner les riffs pompés, les breaks bancals et les mises en place surfaites, mais bordel, il y a autre chose à faire !

Insuffler la vie. Au moins, un peu.

 

The Austrasian Goat le fait. Carrément qu'il le fait !

Il tape le Drone quand ça lui chante, va chopper le Folk médiéval et le fait se confronter à son pendant noir et raide.

Les grattes acoustiques sonnent très pures et on entend même du xylophone ou du marimba, ou un autre truc que je connais mal. Clochettes et cymbales frottées, bottleneck, tambourin et toms réverbérés, rare guitare saturée bourdonnante, piano fataliste, les arrangements sont manigancés avec soin et détails maniaques.

The Austrasian Goat travaille les ambiances au scalpel et à l'écarteur, et me fait mentir quand on entend à un moment des voix, certes éloignées, mais déchirées, déchirantes, qui beuglent, presque ivrognes, presque coléreuses dans le deuil, arrachées : c'est le final saisissant de "Could The Lights Come Back ?".

Cette autre musique du diable pourrait tourner en boucle chez moi. D'ailleurs ça lui arrive. J'y entends du Blues prostré, des chansons mortuaires, des lamentations, des rengaines de marins tristes. Des manifestes misanthropes, des remises en question qui tournent mal ou qui ne brassent plus que le vide froid d'une amère solitude. Des conclusions finales impitoyables.

The Austrasian Goat a insufflé une vie brumeuse, gelée, dans son disque.

The Austrasian Goat y fait craquer les cristaux de neige comme autant de petits insectes de cristal.

Mais The Austrasian Goat ne fait pas que remplir de grisaille nos cœurs : il réussit souvent à porter l'espoir au creux de la nuit. Dans les yeux du seul visage que tu vois depuis des semaines : ton reflet dans le miroir.

L'espoir, disais-je, il semble pouvoir le porter jusqu'à la morgue, même. (Via "Reality Is A Miserable Dream", entre autres moments plus lumineux.)

Salvatrice contradiction...

 

Bordel, voilà bien longtemps que je n'avais pas écrit « bordel » dans une chronique. Alors avant de passer à « bordel-putain-de-sa-race-la-chienne », je vais conclure.

De façon plus terre à terre, il s'agit d'une véritable réussite d'artisan qui ne s'en laisse pas compter, un artisan qui aime le travail bien fait. Bah oui, désolé, l'est partie, la poésie.

Sérieux, en voilà un beau, de disque.

Je voulais vous le dire, alors que je n'arrive pas à soigner ma deuxième crève carabinée de cet hiver 2012-2013.

Voilà un bien beau disque qui fait beaucoup de bien. Merci Julien.

photo de El Gep
le 18/01/2013

6 COMMENTAIRES

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 18/01/2013 à 22:22:39

Merci pour ton premier paragraphe, ça me touche. Si, si vraiment !!

el gep

el gep le 18/01/2013 à 23:52:02

Ahahahah! Je ne te visais pas pourtant, voyons!

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 19/01/2013 à 09:50:28

Pourtant je le mérite, surtout après avoir dépasser les bornes y'a quelque mois, concernant le dernier Lofo, avec mes allégations politiques à deux balles...
C'était bien avec toi ?

el gep

el gep le 19/01/2013 à 15:15:01

Ah. Oui. On s'en fout. T'as jeté une oreille sur le disque, sinon?

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 19/01/2013 à 16:53:52

Non pas celui-là , mais j'ai souvenir d'un Black doomy puissant et très ambiancé. Sont-ce les mêmes ?
Pas trop ma tasse de bière mais me cultive tout de même.

el gep

el gep le 21/01/2013 à 16:41:16

Ça doit être lui, oui. là, c'est beaucoup moins Black/doom, très acoustique. Enfin, tu verras bien.

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