Vitriol - Suffer & Become

Chronique CD album (47:25)

chronique Vitriol - Suffer & Become

Et bien en voilà qui font un beau travail de prévention des risques de crampes des zygomatiques : chez Vitriol (connus jusqu'en 2013 sous le nom de Those Who Lie Beneath) ce n'est pas exactement la rigolade qui fait office de chef d'orchestre. Et j'en ai la preuve.

 

Si vous faites partie du lectorat assidu de CoreandCo, vous avez peut-être déjà pris connaissance du bleuarglomètre, outil fort utile qui nous permet de situer où se situe un album sur l'échelle du bleuargl grâce à un échelonage précis, dont nous avions fait l'acquisition l'année dernière.

Et bien depuis que notre rédac' chef Pidji a décidé de réduire les frais de bouche de l'équipe (mais je dois bien avouer que le café – homard du matin me restait sur l'estomac toute la journée, et puis de toute façon j'en avais marre des lasagnes aux truffes du mardi), les fonds dégagés nous ont permis d'investir ENFIN dans le rigoloscope (qui permet donc de mesurer de 0 à 100 le degré de rigolade d'un album), et dont les résultats, que voici ci-dessous, sont sans appel :

 

Vitril-rigoloscope

 

Non, ce n'est pas un problème de calibrage ou de rétro-éclairage de votre écran, ce sont simplement des résultats indiscutables : sur Suffer & Become, ça rigole z-é-r-o.

 

Dès les premières secondes du premier morceau et son son de guitare dissonant dystopique à base de vibrato (un vague air d'X-Files ou de Westworld?), et l'entrée en matière qui s'ensuit rapidement, on comprend vite que les sérénades du quartet de Portland (que je connaissais plutôt pour sa scène hardcore et dérivés, Dying Wish et BadxMouth en tête) seront chargées de tension, que le riffing découpera le monde pour entrer dans une nouvelle ère et que le batteur, bordel, est bien plus rapide que l'inflation (ce qui n'est pas un mince exploit par les temps qui courent).

On notera un son admirablement dense, d'autant plus que la guitare lead, redoutable, parvient malgré tout à conserver un aspect mélodique de fond, bien qu'ancrée dans une dissonance tout à fait assumée, jusque dans les solos à trouze mille à l'heure qui semblent constitués de forêts d'épines (le premier morceau « Shame And Its Afterbirth » suffit à se rendre compte de la précision des finitions de la découpe, et la suite est à l'avenant). Pour donner une idée, ils ont été rejoints depuis 2023 par Daniel Martinez, qui officie par ailleurs chez Atheist ou The Offering. Ouep, ça tricote dans les chaumières.

La basse, elle, est là pour mâchaquer (un mix entre mâcher et l'espagnol machacar, 'écraser, réduire en miettes') les tronches et donne une ampleur au bourrinage, mais peut-être l'un de mes seuls regrets dans cet album : si on ressent les effets de sa présence par la pesanteur de l'ensemble, on peine à la distinguer isolément, noyée dans l'assaut).

 

Vous qui me connaissez (non), vous savez (non encore) que je penche en général plutôt du côté de la team 'core' que 'metal'. Mais rassurez-vous si cela vous inquiétait, tout ici est purement metal. Presque pas une once de 'core et assimilés' dans le coin. Allez, on notera un son très Car Bomb au début de « The Flowers of Sadism » et un quasi 'arf arf' que mes biais m'incitent à rapprocher de Knocked Loose sur « Flood of Predation ». Mais ça s'arrête là.

Parce que là, comme on le disait, c'est metal. Un metal assez perché, dissonant et barjo pour que ça me plaise (beaucoup) et que je sois convaincu presque dès la première écoute.

C'est méchant, dans le bon sens du terme, assez technique et varié pour ne pas être chiant (à mes yeux), de nouveaux riffs douloureux surgissent très régulièrement, et l'atmosphère est très chargée, presque étouffante tant Vitriol aiment densifier le propos. Ce n'est qu'après plus de vingt minutes et l'intro de « Survival's Careening Inertia » que l'on pourra reprendre vaguement forme humaine, avant de se faire de nouveau blaster l'épiderme comme jamais (quel batteur boudiou).

 

Un commentaire sous le stream de leur album disait qu'on croirait entendre Cryptopsy sous methamphétamine. Un autre demandait « pourquoi les fans de death metal aiment ce qui ressemble à 40 minutes de déraillement de train ? ». Et franchement, je trouve cette analogie assez juste.

Du métal tordu, du metal tordu. Une simple accentuation qui fait la (légère) différence, mais une similarité qui illustre bien l'état dans lequel on peut ressortir de l'expérience.

 

En bref, je ne saurais que conseiller à celles et ceux qui aiment leur metal intense, technique (mais pas trop malgré tout, on n'est pas non plus dans le tech death de l'espace), jouant sur les dissonances et globalement dépourvu de pitié, de se jeter sur ce nouvel album de Vitriol. Suffer & Become est un album exigeant, qui ne sera jamais une porte d'entrée vers les musiques extrêmes parce qu'extrême, il l'est.

J'aurais dû le proposer comme groupe du mois, dites donc. Et mon intuition me dit qu'il pourrait facilement se glisser dans bien plus d'un top cette année (comment ça nous ne sommes qu'en février ?).

 

A écouter en bouclant sa ceinture de sécurité.

photo de Pingouins
le 09/02/2024

4 COMMENTAIRES

8oris

8oris le 09/02/2024 à 09:38:36

Le graphique ne ment pas et la chronique non plus. CQFD

8oris

8oris le 09/02/2024 à 09:42:28

Plus sérieusement, je me demandais l'autre jour pourquoi ce groupe n'était pas encore chroniqué ici tellement il vaut le détour.
En outre, Kyle Rasmussen est véritablement extrême et embrasse au quotidien ce qui pour d'autres n'est que du "decorum death-metal" (cf. le dernier clip du groupe) et les comptes de RSN du pépère...

Moland

Moland le 09/02/2024 à 09:46:04

Machaquer hahaha. J'adeure !

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 09/02/2024 à 10:02:17

Bien trop long. Mais les 7 premiers morceaux envoient bien avec un bon côté broutal et pas si technique que ça..

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