La route du rock 2014 - Notre report du 13 au 15 août

La route du rock 2014 Notre report du 13 au 15 août (dossier)
 

 

Avant-propos

 

Bonjour à tous, avant d’entamer ce petit report de la Route du Rock cuvée 2014, je me dois de préciser deux ou trois petites choses. Bien entendu, il va être question de musique, de prestation scénique, de lights, de son et d’ambiance mais pas que. Le contexte tout particulier de ce festival que ce soit par sa nature même, de par sa pérennité mais aussi de par le fait que ma démarche de spectateur n’ait pas tout à fait été celle d’un chroniqueur lambda, attentif et assidu, fera que l’objet final risque plus de ressembler à une vaste fumisterie qu’un report en bonne et due forme… On n’y parlera pas de tous les groupes présents et l’objectivité du propos risque d’être largement altérée par des phénomènes extérieurs tels que ma méchanceté naturelle et d’autres trucs du même genre. On y parlera aussi de toutes les bières que j’ai acheté. Vous voilà prévenu.

 

Donc…

 

J-0 : Mercredi 13 Aout 2014

 

Pour des raisons pratiques mais également alléché par les communiqués de l’orga concernant le tout nouveau camping du festival avec ses arbres et leur ombre pour les premiers arrivants, nous nous décidons, moi et mes copains, d’arriver le plus tôt possible en ce mercredi ensoleillé. Et pour le coup, pas d’entourloupe : le camping, encore bien aéré, s’ouvre sur un bon millier de mètre carré d’espace ombragé. Une fois le camp planté et les premières bières  achetées, nous nous décidons courageusement de ne pas aller à Saint Malo via la navette pour voir les premiers concerts en marge du festival. Ces derniers ne sont pas sur le site mais dans une salle en ville et, comble de l’incompréhension, les concerts ne sont pas compris dans le forfait trois jours. Nous nous décidons donc à dépenser l’argent qui nous aurait permis de nous ennuyer devant Frànçois and the Atlas Mountains (et deux autres groupes que je ne connais pas) pour nous acheter d’autres bières. Les premiers fans d’Oasis débarquent sur le camping avec leur guitare sèche (3 reprises de Wonderwall en 2 heures), des gars commencent à se prendre les pieds dans les fils des tentes, tout va bien, on est en pays conquis.

 

 

J-1 : Jeudi 14 Aout 2014

 

J’ai beau m’enquiller des festivals depuis un petit paquet d’années, j’arrive toujours pas à intégrer la subtile formule mathématique qui veut que quels que soient les moyens dépêchés par l’organisation, les sanitaires du camping finiront à coup sûr par devenir le pire endroit sur Terre. Si je m’étais rappelé cette loi toute simple, j’aurais su apprécier la propreté et l’absence de file d’attente pour mon caca / douche de ce jeudi matin. Mais bref, une fois vidés et lavés, nous prenons enfin cette navette sous une pluie encore hésitante pour nous trainer à Saint Malo, sur la plage, pour assister à nos premiers véritables concerts. Au programme : sable mouillé, k-way ajustés et public clairsemé sur la petite vingtaine de transats mis à disposition. Johnny Hawaï, duo marseillais, foule la petite scène et nous livre une espèce de surf rock électro et psychédélique qui aurait très certainement collé avec les rayons du soleil sur le sable. Pas de bol, y a pas de soleil et du coup, on s’ennuie un peu faute de planer derrières nos lunettes de soleil. Résultat, on reprend la navette pour s’acheter encore plus de bières avant de pénétrer pour la première fois sur le site, quelques heures plus tard. Je ne retournerai pas sur la plage de Saint Malo cette année.

 

Une fois sur place, après la fouille de rigueur et les premiers pataugements dans les flaques de boue qui vont quadriller le site toute la durée du festival, on zappe le début de Kurt Vile pour nous acheter des bières. Oui, encore, mais promis, je vais bien finir par parler de musique hein. Kurt Vile & the Violators donc, dont on verra le dernier quart d’heure, s’extrait doucement de sa folk lunaire pour taquiner les contrées électriques et saturée d’un bon rock ricain des familles (d’où la présence des susdits Violators j’imagine). A coup d’arpèges, de tours de chant à la limite du spoken word et de longues parties répétitives, les mecs nous replongent dans le rock américain de papa, entre Neil Young et Bruce Springsteen.  Ça sonne très bien, le mec à un charisme d’enculé même s’il cache sa trogne derrière cinq kilos de cheveux et le quintet se permet même de tirer le set dans un explosion quasi finale de larsens, de delay et de saxophone qui nous rappelle quand même qu’on est plus là pour écouter et voir du rock que pour s’acheter des bières (quoi que). Les Violators laisseront Kurt seul sur scène pour nous livrer un dernier titre acoustique dans l’esprit d’un Eddie Vedder désabusé et un brin j’m’en foutiste. Sympa mais mou.

 

Thee Oh Sees© : Nicolas Joubard / La route du rock

Nouvel arrêt au stand pour acheter des bières pendant le set d’Anna Calvi qui, même si ces chansons m’avaient un peu séduit sur le web, ne réussit qu’à ne pas me donner envie de m’approcher de la scène d’où elle égraine ses titres. Tant pis, je serai encore plus en forme et saoul pour la prestation de Thee Oh Sees. On se fraye donc un chemin afin d’être le plus près de la scène possible, on va pas se priver des premiers mouvements de foule du fest quand même hein… Et on a bien eu raison : le trio de San Francisco nous aura livré ce soir là un set explosif, condensé de garage cru, de surf rock d’enculé et de punk salvateur. Les titres s’enchainent sur la grosse scène comme si les gars jouaient dans une cave, les épaules s’entrechoquent, des gars glissent dans la boue, tout le monde a un sourire bloqué sur la mouille. Parfait. Avec sa SG transparente sanglée trop haut, John Dwyer saute, cabotine, braille dans le micro et ne laisse jamais la pression redescendre… Nous non plus. Première claque et malheureusement dernière de la soirée pour moi.

 

En effet, les concerts s’enchainent maintenant sur la grosse scène, nous laissant enfin le temps d’aller nous acheter des bières sans rien louper. Pas de bol pour Caribou, son électro un peu trop naïve ne me convainc pas vraiment moi et ma bande. Nous profitons de ce moment d’ivresse frustrée pour aller faire un tour au merch et à l’excellent stand de disquaire / vinyles qui se tient à l’autre bout du festival. Au menu, plein de vinyles cools à dégotter et surtout l’excellent éditeur Des Mots et le Reste qui étale sous nos petits yeux de consommateurs des bouquins aux titres et thèmes évocateurs : « petit manuel musical du football », le rap indépendant, les musiques brésiliennes, les free parties et j’en passe… pas encore eu le temps de trop m’intéresser à un livre en particulier mais ce joli machin m’a d’ores et déjà tout l’air d’une excellente alternative au traditionnel Camion noir. Retour devant la scène pour assister à la fin du set de Caribou, bien plus inspiré, expérimental et psychédélique. Les dix dernières minutes du set sont faites de chœurs harmonisés, de boucles electro sans fin et de montées en puissance… la coupure que nous nous sommes imposées dans ce set me donne l’impression d’avoir vu deux concerts ; un premier assez chiant et un second que j’aurais aimé voir durer plus longtemps. Bonne surprise en tout cas.

 

 

Et on ne s’éloigne pas de la scène pour s’acheter des bières cette fois : Mes copains me disent que Darkside c’est bien et mon éthylisme flagrant est juste assez fort pour m’empêcher de capituler devant la pluie qui s’est remise à tomber à grande eau. Mauvais choix. Sur le papier, le duo que constitue Darkside me bottait bien en effet : une électro lente et hypnotique construite autour de patterns de guitare noise… Un pont pertinent entre mon univers de rocker alcoolique et celui de ces drogués de teuffeurs en gros. Oui mais non. On a bien les épaisses nappes de gratte et cette electro au ralenti mais, bordel de merde, ça marche pas une seule seconde pour moi. Chaque montée ressemble à la précédente et se voit clôturée par le retour de ce kick plafonnant à 80 bpm. Alors ouais, c’est sombre et tout, ils mettent des lights bleues sur scène et le gratteux ne jette pas le moindre regard au public… Super. Loin de moi l’idée de me la jouer conservateur ou élitiste (au vu d’une partie du public de la Route du Rock, ça serait un comble) mais il suffit de voir Hint, Sunn0))), Ez3kiel et bien d’autres pour obtenir des mixtures aux objectifs voisins mais un milliard de fois plus prenantes… ça n’a rien à voir ? Je m’en cogne. Je me barre en plein milieu du set sous une pluie battante et réintègre sagement ma tente. Rideau.

 

 

 

J-2 : Vendredi 15 Aout 2014

 

Fini la pluie, enfin. Cette dernière aura tout de même laissé des souvenirs que les bottes de pailles charriées par l’orga ne sauraient effacer : de gigantesques flaques de boue que mes grandes bottes en caoutchouc ont du mal à maîtriser. Mais qu’importe, après le café de 11h et nos premières bières courageusement achetées, on profite d’une escale chez des amis bretons pour prendre une douche chaude, faire nos offrandes à un chiotte propre et nous enquiller de la bonne viande grillée au barbecue. Ce faisant on rate le début des hostilités sur le site ainsi que la grande polémique de cette édition : pourquoi commencer les concerts (celui des Cheatahs pour info) alors que quasiment personne n’a pu passer le triple entonnoir de la billeterie / camping / fouille ?  Bon moi je gueulerai pas. D’une part parce que de ce que j’ai vu, l’organisation de ce festival est assez irréprochable depuis un paquet d’années et que quand on connaît un minimum le merdier, on essaye d’arriver en avance. Je rajouterai à ça que c’est plus facile de gueuler que de faire, comme d’hab. Bref. Nous, on s’achète de nouvelles bières en écoutant au loin les mesures de « Geagraphic » des Cheatahs, à priori impeccables. Manqué. Tant pis pour moi, je l’ai probablement mérité, mais au moins je suis propre et déjà saoul.

 

On finira par rentrer sur le site pour se caler devant les Protomartyrs et leur pseudo punk insupportable. Suffisants, statiques, approximatifs, les quatre gusses n’ont à mes yeux pour seul mérite de ne pas jouer trop loin de l’endroit où on peut acheter des bières. Next.

 

 Et ce qui vient après, c’est Slowdive, sur la grande scène. Ces derniers, magnifiques devant le gigantesque backdrop à leur nom, ouvrent leur set avec « slowdive » et nous foutent à genoux dès les premières mesures. Le son est impeccable, l’émotion palpable, les entrelacs de guitares incroyables. Etrangement, je ne connais ce groupe et leur discographie que depuis une toute petite année mais la joie de redécouvrir leurs meilleurs titres sur scène dans ces conditions me colle d’énormes frissons et une belle boule au fond de la gorge. De « Avalyn » à « Machine Gun », de « Slouvaki » à « Alison », tout est parfait, juste, sobre, chargé d’émotion. On pourrait peut-être reprocher au quintet de ne pas trop s’éloigner des clous mais pour une reformation tardive, les anglais font plus que remplir le cahier des charges. Inutile de supposer que les fans en auront eu pour leurs tympans. Quant aux néophytes, impossible d’imaginer qu’une telle prestation aura pu les laisser de marbre. Allez, on va noyer nos larmes dans une bière fraichement achetée avant de se repointer devant la grande scène pour le retour en trombe de Portishead, grosse tête d’affiche du festival.

 

Grosse tête d’affiche donc, et ça se voit. L’effectif du site se voit multiplié par deux si on le compare à la veille et il n’y a plus un seul coin de terre boueuse pour se poser à l’écart de la populace. Aucun souci pour moi jusqu’ici si ce n’est la nature de certains de nos nouveaux compagnons. Visiblement débarqués pour (et seulement pour) voir la bande à Beth Gibbons, certains lascars ont visiblement décidés de prendre le festival en otage du haut de leur suffisance de mélomane du dimanche. Visiblement incapables de s’intéresser aux autres concerts (ils étaient où pendant Slowdive ces cons là ?), ils se massent donc devant la scène et interdisent implicitement tout événement qui viendrait perturber le set tant attendu. On se retrouve donc à subir des regards noirs dès que l’on se permet un petit commentaire entre deux morceaux voire des remontrances bien agressives quand une volute de fumée de clope a le malheur de leur chatouiller les narines (un « excuse moi mais ta fumée me gène » aurait été bien plus appréciable). Bilan, on entend plus de gens souffler, râler et pester qu’autre chose… Mais putain de merde, retournez écouter vos disques dans votre salon, merci… Bon, Portishead donc… que dire si ce n’est que ce moment que les anglais nous ont offert était impeccable au point de nous faire quasiment oublier la branlée que l’on venait de se manger avec Slowdive ? Un son incroyable, tout en nuance éclabousse le festival. Les titres, tous fort bien connus, joués, voire réinterprétés avec maestria. Une setlist incroyable qui n’oublie pas un tube mais qui ne se prive pas de nous balancer des chansons plus expérimentales tirées du phénoménal third. Et BethBeth Fucking Gibbons ! Ce petit bout de femme, pendue comme une affamée à son micro, laisse planer sa voix incroyable au grès des titres comme si c’était son dernier putain de jour sur Terre. J’ai bien cru entendre des gens hurler au playback et ça ne m’étonnerait presque pas tant sa voix fût juste et parfaite sur tous les titres. « Silence », « Mysterons », « Machine gun », « Only you », « Glory box », « Cowboys »… tant de monuments que l’on connaît par cœur joués ici avec les tripes. Petite déception néanmoins sur « Gloy box », interprétée dans une version feutrée, délestée de ses guitares grinçantes. Mais la déception est totalement contrebalancée par un « the rip » hallucinant pendant lequel l’incroyable clip est projeté en fond (checkez donc YouTube, ça vaut le coup). Les projections elles même feront débat. Comme pour tous les concerts de la grande scène, on peut y voir un montage live de ce qu’il se passe sur les planches mais pour Portishead, le tout croule sous une tonne de filtres eux mêmes emballés dans un noir et blanc qui rompt avec la coloration des lights habituelles. Bref, encore un machin très subjectif mais, pour ma part, je n’ai pas du tout détesté cette alternative à ce que le groupe nous laisse voir sur scène. Carton plein donc pour ma part, et c’est pas fini…

 

METZ© : Nicolas Joubard / La route du rock

… Parce que c’est au tour de Metz de fouler la petite scène devant laquelle l’immense foule vient s’agglutiner. Pas folle la guêpe, après avoir acheté de précieuses bières, je me retrouve au premier rang pour me prendre ce qui risque fort d’être la claque du festival. Ce qui fut littéralement le cas. Après les prestations contenues et maîtrisées de Slowdive  et de  Portishead, place au noise rock abrasif de Metz donc. Chemises à carreaux, jeans troués, petites lunettes et Fender jaguar de rigueur le trio nous rentre directement dans le lard avec un son qui ne mettra qu’un premier petit titre à être parfait. Ultra violent, noisy, sautillant, bordelique, le set des canadiens m’aura foutu à genoux du début à la fin. Égrenant la quasi intégralité de leur unique album, le trio nous envoie tout de même deux inédits dont un titre hallucinant, doté d’un unique riff joué encore et encore en mode marteau piqueur. Quand Alex Edkins, le guitariste chanteur, ne transpire pas devant son micro, il fait mumuse avec ses pédales histoire de faire encore plus de bruit, monte sur la batterie ou sautille sur place comme un gamin capricieux à qui ont aurait refusé un bonbon. Tout juste énorme. Une vraie leçon de rock and roll qui, je n’en doute pas, aura certainement tiré le balais du cul de certains festivaliers (ou l’aura enfoncé plus profond, c’est selon). Putain, s’il vous plait : encore !

 

La suite ? ben, on achète des bières bien sûr ! Ah non, pardon, la suite, c’est Liars dont j’attendais beaucoup. Je traduis : vu l’ordre de passage, l’heure avancée, le taux d’alcool avéré de votre serviteur et la décadence décérébrée de leurs derniers disques, je m’attendait à une place de choix dans une authentique partouze electro rock n’roll. Et c’est précisément tout ce que je n’ai pas eu. Ni funs, ni fins, les mecs de Liars ont eu beau se déhancher sur scène, ce n’est que l’ennui (et la descente d’alcool) qu’ils m’ont offert. Je ne sais pas s’ils ont voulu coller à l’esthétique un peu guindée et élitiste qui plane (un peu à tort) sur ce festival, mais j’ai vraiment eu la désagréable impression qu’un espèce de retenue bloquait le set dans une zone de non-plaisir. Pas une seule fois je n’ai eu envie de danser… Et de sauter sur place encore moins… C’était pourtant ce qui était prévu.

 

Détour rapide sur Moderat qui ne m’aura pas plus branché malgré la présence de Modselektor et un vjing de qualité. Musique électro sophistiquée et somme toute assez plate. Les quatre écrans transparents montés sur scène, laissant voir des projections en trois dimensions, à défaut de rendre la musique plus intéressante, nous offrent de temps en temps de jolies trouvailles. Du reste, je ne danse toujours pas, les gens ne dansent pas. Mais j’ai cru comprendre qu’il y en a qui ont aimé.

 

La fin de ce report approche donc puisque mes obligations personnelles et ma surconsammation de bière m’auront poussé à quitter le festival le lendemain. Si vous tenez néanmoins à avoir des échos des (à priori) excellents concerts de Temples, Toy ou encore de Cheveu, je vous invite à aller voir la concurrence ou à mater les excellentes captation live d’Arte. Sur ce, je vais aller cuver. Bonsoir.

photo de Swarm
le 27/08/2014

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