A.a Williams - S/T

Chronique Vinyle 12" (19:46)

chronique A.a Williams - S/T

Novembre est arrivé. Sa froideur et sa pluie nous tombant dessus comme une chape jusqu'au printemps prochain. Les premières tempêtes nous assènent leur violence de plein fouet, faisant déserter les parisiens et leurs cirés jaunes. Rien de tel pour arpenter les rochers et falaises, observer les creux de 6/7mètres se former, la pluie battante et gelée frappant le moindre millimètre carré d'épiderme exposé. Une pensée s'envole pour les marins partis en mer, dans la tourmente, en première ligne de cet affront naturel, devant lequel on ne peut que se sentir petit et humble. C'est dans cet état d'esprit que j'ai ressorti le premier EP d'A.A Williams, initialement sorti en janvier 2019, puis réédité en septembre agrémenté de pistes bonus des enregistrements de répétition, pour deux fois plus de plaisir!). Issue de l'excellent label indé londonien Holy Roar, A.A. Williams fût (pour ma part) la révélation du Roadburn de cette année et je ne me remets toujours pas du condensé qualitatif qui se trouve dans ces 4 pistes. Analyse.

 

Point de vociférations ni de guitares distordues ici, c'est loin d'être le style. On se situe, pour donner une large idée, entre Chelsea Wolfe acoustique et Marissa Nadler amplifiée. Une voix calme mais imposante nous attrape dès les premiers instants de 'Control', pour ne pas nous lâcher tout au long de ces 20 minutes. On se laisse attraper par ses murmures incitant à la contemplation mais aussi, de part sa facilité à aller dans l'intime, à faire une introspection. On est pleinement dans ce genre de musique (assez rare finalement) où l'on ne peut rien faire à côté, où elle se suffit à elle même sans qu'il n'y ait besoin de rajouter quoi que soit. En parallèle, ll ne nous faut peu de temps pour sentir toute cette sauvagerie, ce côté rock'n destroy bouillonner et pourtant ne s'échapper que dans un mince et discret filet de voix. A ce niveau, c'est même plus sensuel, s'en est complètement sexuel. Alors, comme des sauvageons, on se laisse amadouer en se disant que cette sauvagerie, on la connait, elle nous est familière; concrètement, on maîtrise la situation. Jusqu'au moment où A.A Williams décide, avec une facilité déconcertante d'enfoncer le clou, de montrer un peu ce qu'il y a sous le moteur. Et là, on perd complètement pied, on s'abandonne totalement et on se laisse porter.

 

Hear me out

And I long for a day like this again

When I'll never lose control

 

Écoutez-moi

Et je désire encore un jour comme celui-ci

Quand je ne perdrai jamais le contrôle

 

Personnellement,ce ne sera pas pour moi aujourd'hui et ça ne le sera jamais tant que résonnera cette voix. Cette voix rare qui n'a pas besoin de pousser pour être puissante techniquement et émotionnellement. Les instruments sont magnifiquement arrangés pour suffisamment briller sans qu'aucun ne prenne le devant, évoluant dans un post-rock mélancolico-dépréssif.

'Cold' part sur une introduction tout aussi calme et posée, rythmée par une caisse claire lancinante. On se dit alors que l'on ne va pas tomber dans le panneau. On commence à connaître la nana, on s'est fait avoir une fois, mais ça ne sera pas deux.

Tssss, foutaises. Le premier refrain commence à peine que l'épiderme se dresse (hum, oui, l'épiderme) A.A Williams nous montrant une fois de plus et avec aisance l'étendue de ses talents.

C'est calme et puissant, tourmenté et plein d'humilité, bouillonnant et rageur. Exactement comme ce paysage marin de novembre. En fait, avec A.A Williams, on oscille perpétuellement entre différentes émotions comme un courant alternatif. Je suis contraint, avant d'avancer plus loin, de faire une petit point philosophie histoire de mettre au clair une notion. David Hume (philosophe écossais du XVIIIeme siècle) voyait le Beau (le Sublime pour être précis) dans le libre-jeu existant entre deux émotions distinctes (prenons par exemple la photographie d'un cratère volcanique en éruption. Il y a aura là instinctivement un sentiment d'effroi et de peur, mais aussi de réconfort du fait de ne pas y être réellement. Le Sublime naît donc du libre-jeu permanent entre ces deux sentiments mis en corrélation au moyen de cette photographie).

J'ai bien l'impression que A.A Williams se définit comme créatrice de Sublime, comme peu peuvent le faire. J'irai même jusqu'à dire qu'elle a plus d'aisance en la matière qu'Emma Ruth Rundle qui était déjà entrée au Panthéon personnel depuis belle lurette. C'est pour dire.

'Terrible Friends' ainsi que 'Belong' sont tout aussi complexes et on ne boude franchement pas notre plaisir. Écoutes après écoute, jour après jour et maintenant, pour ma part, mois après mois, je ne m'en lasse toujours pas. J'ai cette impression, et ce pour n'importe quelle piste que je connais pourtant maintenant par coeur, de la découvrir à nouveau. N'est ce pas là un signe non négligeable de qualité pour ne pas dire de génie? 'Belong', qui clos la première édition de janvier se termine en apothéose où s'entremêlent chant gracieux et riffs froidement étincelant le tout porté par une rythmique discrète mais nécessaire.

 

 

 

En guise de conclusion, je dirai simplement qu'A.A Williams présente ici un EP absolument incroyable. Talentueuse (en un seul mot), elle arrive à te mettre un spleen sans nom en 3 secondes comme te faire dresser tout l'Eros de ton corps. On se fait balader de part en part sans même bouger, avec juste une « simple » voix. Vivement, mais alors vivement le live.

photo de Vincent Bouvier
le 30/11/2019

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