A.a Williams - Forever Blue

Chronique CD album (42:29)

chronique A.a Williams - Forever Blue

Le confinement, malgré l'impact désastreux qu'il a eu sur la scène culturelle et particulièrement musicale, a vu et fait naître différents projets aussi inattendus que spontanés. Certains sont réussis, d'autres moins; toujours est-il que nous avons eu de quoi nous divertir les oreilles. Et ce fut particulièrement le cas avec les projets acoustiques d'A.A Williams. Je vous ai déjà parlé d'A.A. Williams, ma petite protégée depuis ses débuts. Elle nous a donc, dans sa noire splendeur, offert pléthore de reprises acoustiques durant ce moment particulier mêlé d'inquiétude et de trouble repos. Allez donc jeter une oreille sur sa vision de « Be Quiet And Drive » de Deftones. Je n'en citerai qu'une, l'objet de ce texte étant tout de même ce premier album, Forever Blue sorti le 3 juillet chez Bella Union.

 

Analyse.

 

Il suffit des quelques premières notes, ces quelques jeux de doigts sur les touches de piano, pour se lover dans cette atmosphère unique et personnelle, parfaitement exprimée par l'artwork de son premier EP sorti l'année dernière. Glacé, lumineux, brumeux. De quoi se réjouir. Les pistes s'enchaînent sans se ressembler jouant continuellement sur un subtil dosage d'intimité et de puissance, comme elle sait si bien le faire. L'expérience Mono est passée par là. On bifurque sur du post-rock, là où les pistes s'étirent et les violons s'affirment. On sent chez A.A Williams une confirmation, un travail plus approfondi, une recherche dans l'écriture. Melt nous envoie dans des contrées plus lointaines, tout autant que peut le faire Dirt. A.A Williams n'a plus peur d'expérimenter, de proposer, se permettant même le difficile exercice du duo. Certains seront cependant plus réussis que d'autres. Je ne ferai pas ici ma groupie de Johannes Personn (Cult Of Luna), mais 'Fearless' m'a tout de même laissé cul de plomb et ne cesse de le faire malgré les 134 écoutes successives qui s'en sont suivies. Un arpège, une voix qui suinte toute la bile du monde passé et à venir en t'envoyant dans les cordes de par sa maitrise et sa délicatesse. Un coup de caisse claire, une gratte saturée et le gaillard qui vient poser ses 25 ans d'expérience comme une tête de lecture vient se poser sur un vinyle. La puissance est décuplée, tout est parfaitement rodé. Les deux voix s'entremêlent dans un jeu de réponse et d'écho. Emballé c'est pesé, personne ne pourra contredire, c'est rudement efficace. Qui viendra donc s'en plaindre ?

'Glimmer' fait pâle figure après cette suée provoquée par tant d'émotions. Elle est pourtant tout à fait digne d'intérêt, avec ses violons et cette rythmique un tantinet mortuaire, ces notes de piano en suspension. Le paysage musical d'A.A Williams se découvre petit à petit laissant à penser qu'elle le découvre en même temps que nous. Après plusieurs écoutes, je vois Forever Blue comme une oeuvre cathartique, exploration (et expression!) du mal-être ambiant et du tourment existentiel (écoutez donc Love and Pain'!). Cette idée ne cesse de se renforcer avec le temps, écoute après écoute.

Le titre plus que trompeur "I'm Fine", clôturant l'album, ne réussira pas à nous tromper. La dépression nous guette. Tous. Alors autant se l'avouer et jouir du subtil plaisir de s'y complaire. On aura peut-être perdu en relation sociale, mais on aura gagné en expérience auditive grâce à cet album.

 

A.A Williams nous offre beaucoup au travers de Forever Blue.Tristesse, distance, froideur, inimitié, perdition, mais aussi puissance, rudesse et affirmation. Il manque peu de choses sur la liste pour faire un album d'exception. On se contentera donc d'un très bon album dont l'autrice a su élargir sa palette tout en affirmant son style. J'oubliais que c'était son « debut album ». On le qualifiera donc de très très bon album.

photo de Vincent Bouvier
le 19/10/2020

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