Alkymist - Sanctuary

Chronique Vinyle 12" (43:00)

chronique Alkymist - Sanctuary

Vous voyez ces énormes nuages couvrant parfois l'entièreté de la troposphère? Ces imposants cumulonimbus rasant parfois la cimes des arbres pour s'étirer jusqu'à 15 à 20 000 mètres plus haut. Annonciateur de mauvaises augures, terrifiant, tétanisant selon certains et pourtant si calmes, si lents. Imaginez maintenant ces mêmes obscures masses informes, mais en granit, glacées et humides, vous passant au dessus de la tête pour couvrir la moindre parcelle de ciel libre s'offrant à votre regard. Voilà. C'est fait? Et bien, vous avez un petit aperçu de ce que peut faire ressentir le dernier album des danois d'Alkymist, Sanctuary, sorti en ce premier mai chez Indisciplinarian Records. Beaucoup de lourdeur, de hauteur, d'ésotérisme, de spectral mais aussi d'étrange et de psychologique. En sus d'une bonne dose d'influences diverses doublées de cohérence. En fait, beaucoup de réussite.

Analyse.

 

Peter Bjørneg, au chant, nous avertit dès le départ: « Don't close your eyes ». Et il a parfaitement raison de le faire. On entre ici dans un paysage musical unique. Étrange mais cohérent. Et Le terme de paysage n'est vraiment pas volé. On a affaire ici à une matière sonore extrêmement texturée et diverse. Il y a cette base fondamentale « doomy » tout au long de l'album insufflant une assise, un souffle porteur à tout le reste. A l'instar d' « Oethon » «  Astral Haze » ou « Desolated Sky », on retrouve donc cette lourdeur naturelle, mais tellement plaisante, déjà présente sur Alkymist, leur premier album éponyme. La basse donne le pouls accompagnée d'un chant remarquablement protéiforme. Tantôt puissant et glacé, parfois teinté de reflets indus, tantôt orienté rock obscur susurré (« Oethon », « Desolated Sky » ou encore le très étrange « S.O.Y »).. Ces différentes nuances, perturbantes de prime abords, se révèlent être un atout majeur dans la constitution de l'album. La schizophrénie dont il fait preuve sur « Desolated Sky » exprime d'ailleurs parfaitement tout le tumulte intérieur exprimé sur cet album. On navigue sur des thématiques mêlant métaphysique, rédemption, recherche spirituelle. La marotte, quoi!

Mais l'originalité ne s'arrête pas à un chant profondément riche. Plus on prends le temps de se balader sur cet album, plus on y découvre de nouveautés, d'étrangetés inconnues ailleurs ou passées sous silence. La guitare typée heavy balance des frasques de solo qui renforcent l'aspect éthéré de l'album (pour ne pas dire du « son » Alkymist). À cela s'ajoutent des riffs agressifs, navigant entre stoner et heavy (« The Dead ») accompagnant parfaitement la rythmique, qui elle s'offre parfois des écarts complètement alambiqués et typés rock prog (je pense particulièrement à « Daugr »).

Il y a donc énormément de choses différentes et singulières dans le son de ces danois. Et les interludes qu'ils glissent entre deux pistes (« Gust of War », « S.O.Y », « Warkeeper ») ne me contrediront pas. Alors que la première s'apparente à la bande son intérieure d'un être désolé ( de part ses calmes arpèges, ses pulsations, ses éléments sonores) « Warkeeper » reste assez énigmatique. On ferme donc l'album sur une piste dénudée ; la guitare est pourtant tranchante et vive ce qui lui confère un aspect dynamisant en contradiction avec la lente diminution du volume général et la fin de l'album.

 

 

Alkymist a pris beaucoup de liberté de composition pour écrire Sanctuary. Et après la première galette (d'aussi grande qualité que celle-ci) sortie en 2018, on est en droit de se demander s'il l'on ne doit pas désormais parler de « son » Alkymist. Il font en tout cas preuve d'une grande indépendance sans jamais se perdre dans des expérimentations douteuses. On attend vivement la prochaine sortie.

 

photo de Vincent Bouvier
le 14/05/2020

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