Autómata - Autómata

Chronique CD album (36:17)

chronique Autómata - Autómata

Depuis plus de 3 ans maintenant, ma vie bien réglée de père de famille m'amène à monter les escaliers, ma fille dans les bras, tous les soirs à 20h45-46 (ça rigole pas avec les horaires à la maison).
Déposée dans le lit, je lui demande alors : "Qu'est-ce que tu veux lire ce soir ? Deux livres, hein, pas plus !"
Il n'est pas rare qu'elle me tende un recueil d'histoires du Père Castor dans laquelle se trouve un conte qu'elle affectionne particulièrement.
 

Ma fille et moi avons quelques points communs. Evidemment, et heureusement même ! Mais au-delà des traits physiques, nous partageons un goût pour les voyages à travers des histoires au souffle épique.
Souvent donc, elle me demande de lire "¨Princess Yong-Hee et la perle de la nuit". Dans cette histoire, la princesse traverse forêt, montagne et descend d'une falaise jusque dans le creux des vagues pour affronter un dragon des mers qui a avalé la lune.

J'adore cette histoire.
Je l'aime encore plus parce qu'elle m'a amené à connaître Autómata. Un quatuor français de post-rock qui n'a absolument rien à voir avec Agnès Bertron-Martin et Aurélia Fronty qui ont écrit et illustré l'épopée de Yong-Hee.

Mais sans ce conte, je n'aurais peut-être pas eu de coup de coeur visuel, pour la pochette.
Cette jeune fille à l'allure frêle qui affronte une mer déchainée, ça m'a parlé.

Ce courage devant quelque chose de plus fort, d'immensément plus grand m'a poussé à appuyer sur "play". Parce qu'on ne choisit pas sa pochette au hasard. Parce que l'aquarelle est belle, peut-être pas follement originale (je n'y connais rien), mais la réalisation est fine, dentelée même...et ça, ça disait déjà beaucoup de choses d'Autómata.
Puis, il y a eu l'écoute de l'album, et cette silhouette face aux vagues m'apparut tout de suite plus mélancolique ou résignée que brave.
Parce que...
 

C'est le bad.
Autómata n'est pas là pour apporter un rayon de soleil à ta morne journée. Le groupe définit sa musique comme étant "un rock instrumental sombre et mélodique, aux frontières du post-rock, du rock progressif, de la pop et du metal".
Le précepte "Connais-toi toi-même" a parfaitement été assimilé par le quatuor, puisque, synthétiquement, c'est exactement dans ces termes que l'on peut définir cet album.

Cette brièveté élude néanmoins un aspect très important dans la musique du groupe : la violence des sentiments que leur musique provoque. Et là, bien que je tente d'étendre mon vocabulaire chaque jour, je peine à trouver les mots justes pour expliquer comment Autómata parvient à toucher toutes les cordes sensibles de mes oreilles de gros fragile.
Chaque titre appuie les mots de la biographie succinct du groupe.
Pour le fan de cette musique, il ne fait aucun doute qu'Autómata est (déjà !) à l'aise dans la rencontre des genres. Sa faculté à construire un morceau de 8-9 minutes, à poser son ambiance, à hameçonner l'auditeur par un sample, un petit arpège, une nappe de clavier en est bluffante...au point que l'on pense aux plus grands, aux meilleurs, à Mogwai.

Mais pas que. Encore une fois, Autómata se veut être un absorbeur Rubson d'influences rock.
Avec son apparente simplicité technique, malgré un mix et un lissage du son qui mériterait peut-être de gagner en netteté et en rondeur*, Autómata tient en haleine : par la délicatesse avec laquelle il lâche chaque note ou à l'inverse par la rigidité crispante de son riffing ("Verdik").
Enfin, il y a le morceau "Automate", qui vaut à lui seul l'écoute de ce disque. La bande-originale d'un film qui n'est pas encore écrit.
Car si le groupe se veut à la rencontre de plusieurs genres, il l'est aussi de plusieurs arts : pictural au départ avec la pochette, cinématographique par ce qu'il provoque, littéraire (et poétique) par ce qu'il dégage.
 

Je suis abonné à une chaîne Youtube qui s'appelle Worldhaspostrock : ma compagne de déprime lorsque je cherche à me rendre volontairement plus mélancolique et agente de voyages oniriques lorsque je cherche à rêver et malgré toutes les heures passées à parcourir cette chaîne depuis des mois, Autómata est sans doute ce que j'ai entendu de mieux dans le "post-rock" depuis le début de cette année...

 


*Je n'y connais rien et pour ce domaine je n'ai pas non plus de vocabulaire, mais ce sont les seuls qualificatifs qui me semblent compréhensibles pour vous faire passer l'idée que ça pourrait être sonner autrement en 2021 pour mettre en valeur les morceaux.

 

photo de Tookie
le 17/05/2021

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