Black Curse - Endless Wound

Chronique CD album (38 mn)

chronique Black Curse - Endless Wound

La ville de Denver aux États-Unis abrite un écosystème rare sur la planète Metal, un biotope musical précieux, un cluster impressionnant par sa densité tant il est vrai que la capitale du Colorado, depuis bien des années maintenant, voit évoluer en toute liberté artistique des êtres, tantôt esseulés, tantôt en meute, d’une belle agressivité et d’une douce brutalité qui leur permettent de dominer la chaîne alimentaire locale sans craindre d’être menacés par des éléments extérieurs. D’ailleurs les anthropologues et sociologues ont mis du temps à discriminer les lignes de force de cet humain, dont le comportement décomplexé est propice aux contacts francs et massifs. Ils ont également mis du temps à lui trouver un nom : le « Magnus Magnus Vilanus ». Comprenez (et pardonnez-moi pour ma traduction approximative) : le « Gros Gros Vilain ». Il arrive à certains observateurs avertis d’assister à un spectacle tout à fait exceptionnel : la réunion de plusieurs Gros Gros Vilains dans une sorte de collectif, dans le but de catalyser/canaliser leur énergie primale et ainsi donner naissance à une cellule tout à fait malveillante. Il est un joli exemple qui donne du corps à mon approche organiciste, celui de Maliblis qui voit le jour à Denver en 2015, mais qui, très rapidement, après une première demo, se débaptise pour s’appeler désormais… Black Curse. Sexy comme nouveau nom...

 

Derrière chacun de membres de Black Curse – une Team en or massif avec Morris Kolontyrsky à la basse, Zach "Antinom" Coleman à la batterie, Jonathan Campos à la guitare et Eli "Gravetorn" Wendler à la guitare et au chant – se cachent en fait d’autres formations dans lesquelles le quartet a pris le temps de buriner leurs mères derrière leurs instrus. Le nom de ces groupes sonne à mes oreilles comme des paroles soyeuses chuchotées par les parangons de l’A.S.M.R. (l’érection en moins cependant) : Blood Incantation, Spectral Voice, Primitive Man, Abysmal Dimensions, Khemmis, Stillborn Fawn.

 

L’année 2019 voit la diffusion dans un cercle restreint de fans de la demo éponyme de Black Curse. Il ne fait office ici que d’une mise-en-bouche, qui n’est là que pour nous teaser et nous préparer au printemps 2020 à recevoir la triple mandale (et pas avec la paume de la main, mais avec le poing fermé) une fois écouté leur premier album Endless Wound, placé sous le giron du label allemand Sepulchral Voice Records. Ces ‘Ricains ont beau pratiquer un Death/Black belliqueux à première vue proche de celui joué par Teitanblood, Swallowed, Grave Miasma ou encore Katharsis, leur Endless Wound n’en demeure pas moins une putain de machine de guerre, qui doit beaucoup au travail incroyable réalisé sur ce disque par Arthur Rizk, l’un des producteurs les plus talentueux et en vue de la scène Death actuelle. Mais, attention, son boulot n’est pas simple d’approche. Comme s’il maitrisait à la perfection l’art délicat de la poliorcétique en musique ! Deux obstacles, deux murs doivent être franchis, et ce dès les premières secondes de "Charnel Rift". Dur d’abord de pénétrer ce son épais et touffu, tel une muraille de plusieurs mètres. Ardu également d’apprécier le chant furieux de Wendler, légèrement sous-mixé et animé de beaucoup (trop?) d'effets pour qu’on le croie directement sorti des entrailles de la Terre. Pour ma part, ce chant possédé colle idéalement à l’atmosphère sauvage et sous amphét’ de cet album. Une fois franchies ces barrières, il se dégage une musique d’une pure brutalité, d’une malveillance et d’une lourdeur implacables ("Seared Eyes", "Endless Wound"). Du War Metal pur jus qui va se placer gentiment juste derrière Ulcerate en album Death de l’année 2020. Du côté du riffing comme de la batterie (la double cartonne tout sur son passage), ce n’est en effet tout au long de ces 7 morceaux qu’une déflagration maitrisée de haine et de colère. Même les passages plus lents, plus Doom ("Lifeless Sanctum") sont bien troussés. Le morceau éponyme ainsi que l'outro impressionnent.

 

Heureusement que cette bête crasseuse et méchante ne déploie ses méfaits que pendant 38 mn ; sinon, ma nuque n’aurait pas résisté ("Crowned in (Floral) Vice" et "Enraptured by Decay" topissime). Et pas que ma nuque d’ailleurs : tout comme Tookie avec les derniers albums d’Exocrine, j’ai dû passer plusieurs fois mes sous-vêtements à la machine à l’écoute d’Endless Wound de Black Curse, à la différence majeure que Tookie lui c’était des slips et moi des shortys...

photo de Seisachtheion
le 19/08/2020

1 COMMENTAIRE

Xuaterc

Xuaterc le 20/08/2020 à 14:52:57

 le « Gros Gros Vilain » en shorty!

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