Darth Vegas - Brainwashing for Dirty Minds

Chronique CD album (44:36)

chronique Darth Vegas - Brainwashing for Dirty Minds

Ces albums qui vous tapent en plein dans le moelleux du palpitant, après qu’ils aient tourné dans votre lecteur avec la fréquence et l’intensité d’un derviche stakhanoviste, bien que le plaisir demeure, vous finissez par en avoir épuisé les surprises et la fraîcheur des premiers instants. Normal. A ce stade avancé du processus de digestion discographique, il n’est pas rare que déjà un appétit nouveau naisse. Alors, votre écuelle à la main, vous vous lancez dans une quête désespérée pour avoir du rab: y aurait-il du matériel bonus à se mettre sous la dent – peut-être sur une obscure édition japonaise? Y a-t-il eu des enregistrements avant celui-ci? Le groupe a-t-il déjà commencé à composer pour la suite? Enfin bref, les habituelles questions existentielles du fan en manque…

 

Eh bien avec les australiens de Darth Vegas, je dois dire que j’ai eu ce bonheur rare qui consiste à découvrir un album excellent (leur 1er et éponyme Darth Vegas) alors même que sortait son petit frère (Brainwashing for Dirty Minds). Idéal pour éviter la période de disette qu'on évoquait dans le premier chapitre. Quand je pense aux pauvres bougres qui ont dû se morfondre près de 10 ans entre la sortie des 2 albums, ça me consolerait presque de l'ignorance crasse qui m’a tenu si longtemps éloigné de la scène nawak metal australienne. Alors pour ceux dont les services de renseignements marcheraint également au ralenti, sachez que Darth Vegas est un disciple appliqué et extrêmement brillant du Professeur Bungle, qu'il pratique donc un metal barré foisonnant, très porté sur les cuivres et pas-instrumental-mais-presque – le chant étant réduit à une portion relativement congrue. Et leur premier opus était (et est toujours!) une vraie petite merveille à classer entre les albums de Umläut et Polkadot Cadaver (le classement alphabétique, ranafoot'!).

 

2012 est donc l’année du grand retour du bandit-manchot de l'Etoile Noire. En 9 ans, dieu sait qu'il peut s’en passer des choses – deuil, régime sans sel, guerre, découverte de l’orgasme anal, sorties de nouveaux Woody Allen… –, d’où une légère appréhension au moment de découvrir ce 2nd volume: les australiens allaient-ils avoir viré post-hardcore ou ragga-drone? Relax Max, Michael Lira – principal compositeur du groupe – extrait cette musique directement du creux de sa moelle épinière, ce qui garantit une certaine constance stylistique aux productions du groupe. De fait, Brainwashing for Dirty Minds reprend la partie de « Jedi Black Jack » pile-poil là où Darth Vegas l’avait interrompue, avec tout de même un son plus clean, épousseté dans les coins, sans plus une trace de bout de toile d’araignée.

 

...Enfin si: on trouve toujours des toiles d’araignée sur ce 2nd opus, mais elles ont quitté le terrain du rendu sonore pour investir plus avant ceux de la thématique et de la musique. C’est que la pochette ne ment pas: cette fois, les australiens ont consacré une grosse part du gâteau (« Gritos Dulces », « Swamp Thing », « Waltz Of The Pumpkins », « Bat Attack Gallactica »…) à des ambiances rétro-rrifiques oscillant entre pastiches des films de la Hammer, visite à la Famille Adams, voyages en soucoupe volante kitch (« Martian Menace », « Space Sounds »…) et chasse aux chauve-souris gothique à Waltim Burtneyland. Mais ce « thème » ne vampirise pas pour autant l’album, il ne fait que le colorer, le groupe continuant par ailleurs à explorer les musiques du monde (ska, mambo, musiques des îles, musette, cha-cha-cha, musiques orientales…), de développer des ambiances cinématographiques sentant bon les paillettes Hollywoodiennes de l’âge d’or, et de systématiquement intégrer des touches cartoon et metal (...extrême!) au sein de ses compos. Et cette fois encore, l’album déborde d’instruments divers et variés, ainsi que de breaks, détours, parenthèse, interruptions, bonds et rebonds qui – comme d’habitude – épuiseront les non-initiés et raviront les fans.

 

Si je devais émettre une critique (allez, ouais, j’me lance…), ce serait qu’avec cette bougeotte quasi incessante et ses 16 titres dont la moitié font moins de 3 minutes, l’album contient un peu moins de morceaux tubesques marquant sur le long terme. Pour le dire autrement, au lieu de proposer 8 longs métrages à la personnalité bien trempée et qui restent en tête, le groupe propose ce qui ressemble plus à une succession de dessins-animés s’enchaînant à fond de train dans la fureur et la déraison – mais qui laissent moins de souvenirs précis en fin de course. Enfin ceci est une tendance, et non pas quelque-chose qui grève sérieusement l’impact qu’a l’album sur l’auditeur. D’autant que des morceaux marquants, on en trouve une belle brochette ici, notamment sur la 1ere moitié de l’album. Comme ce mariage musique slave / mariachi à l'honneur sur « Prokletsvo Gummina Kokoshke ». Comme « Music For A Haitian Voodoo Priestess », ses cuivres des îles et ses aaaaaaAAA-OUDH! entêtants. Comme le trip galacticotonneux de « Space Sounds », quelque part entre Polkadot Cadaver, le Ziggy Startdust de David Bowie et le « Spaceman » de Babylon Zoo. Ou comme le jeu vidéo cartoonescoriental de « Vindaloo Boogaloo » et son refrain qui semble martelé par papa Pierrafeu. Ou encore l'excellente B.O. James Bondienne que constitue « Swamp Thing ». Et j'en passe. A noter que ce prodigieux festival de Hanna-Barbera metal se termine sur un chouette pied-de-nez consistant en un medley d'extraits de chacunes des 16 pistes compilées sur à peine plus de 3 minutes et passées dans un filtre pixelisant. Original, sympa: on s'en ressert un verre tiens!

 

La conclusion sera brève. Fan de Mr Bungle? Fan de zapping musical? Fan du premier album? Fan de cartoon horrifico-spatial avec des cuivres, du gros metal, du pim, du pam et du poum? Allez donc vous faire laver le dedans de la tête par ce superbe 2nd album bande d'esprits dirty !

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: toujours aussi fou mais doté d'un son bien meilleur, ce second album de Darth Vegas est une Bunglerie pétillante à mi-chemin entre un Umläut plus instrumental et un Polkadot Cadaver moins orienté chanson.

photo de Cglaume
le 19/12/2012

2 COMMENTAIRES

NieNova

NieNova le 19/12/2012 à 14:43:25

Et moi qui croyait être le seul français à écouter Darth Vegas ^^
Sinon je suis assez d'accord pour la critique: c'est vrai que les morceaux sont trop nombreux et courts, de ce fait on ne les retient pas tous, et pour moi les meilleurs se trouvent dans la première moitié de l'album.
Par contre moi j'ai connu cette courte période de disette, mais à l'écoute de leur premier extrait je me suis dit que l'attente était justifiée, le son est vraiment mieux que sur l'album éponyme !

cglaume

cglaume le 19/12/2012 à 16:46:24

On est en effet 100% en phase ! ;)

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