Det Eviga Leendet - Reverence

Chronique CD album (38:16)

chronique Det Eviga Leendet - Reverence

« Joli coin, la campagne d’Uppsala », soulignait Crom-Cruach à l’occase de la chronique du dernier Watain

 

… C’est justement de ce coin de la Suède qu’est originaire le quintet derrière le projet Det Eviga Leendet. On y retrouve M, J, S, M, E … Donc, vous l’aurez compris, on peut se gratter pour aller trouver de plus amples informations biographiques les concernant ! Le seul visage connu est en fait une voix, puisque ces Swedeboys ont demandé à Jacob Buczarski, le ‘Ricain derrière Acathexis et surtout la gemme interstellaire Mare Cognitum de prêter son shriek aux six titres du second album Reverence qui vient quatre ans après leur déjà excellent Lenience. La contribution de Jacob B. est également visible à travers le soutien de son label Extraconscious Records, aux côtés de la Maison Mystískaos (Skáphe, Andavald, Serpent Column, Arnaut Pavle). Le résultat final titre vraiment profit de cette rencontre, grâce à bel alignement musical, amical et conceptuel.

 

Artwork de Lenience (2018)

 

Det Eviga Leendet ou Le Sourire Éternel en français est une référence au titre d’une nouvelle publiée en 1920 par Pär Lagerkvist, un des grands noms de la littérature suédoise, au passage prix Nobel en 1951. Cet homme de lettres a affirmé sa foi dans l’Homme et voué un culte à la vie : « Je crois en la vie pour le bien et pour le mal, je la remercie de tout. »  Dans son Sourire Éternel, écrit assez étonnant pour son époque, des personnages… morts se posent des questions sur le sens de la vie et sur l’éternité, prennent la parole les uns après les autres, sassent et ressassent dans l’obscurité, encore et encore, avant d’effectuer une marche éreintante et de partir – pour le questionner et lui demander des comptes – à la rencontre de Dieu qu’ils retrouvent sous les traits d’un vieillard, simple, dépouillé et qui … ne sait finalement pas quoi leur répondre ! Si ce n’est qu’il n’a jamais « considéré la vie comme quelque chose de remarquable ». Une nouvelle qui mêle avec ambiguïté réflexions ironiques et penchants nihilistes.

 

Cette nouvelle appose sa marque sur la trame, l’ambiance et les thèmes de cet album ("Visage", "Regret"), avant de trouver une continuité musicale dans un travail qui ne déborde certes pas d’originalité, mais qui se départit tout de même par son efficacité, son exécution et son intensité tellement … suédoises ! Moins hypnotique que Lenience (je trouve ce dernier meilleur d’un chouya), le Black Metal toujours aussi organique et psychédélique ("Yield") de Reverence se veut plus dur, plus sombre encore, « comme un reflet abject de l'époque à laquelle il a été conçu ». L’obscurité frissonnante qui bruisse alors dans nos oreilles est celle-là même qui doit nous laisser plus exposés, plus démunis face aux émotions ressenties, y compris les plus délétères, « comme dans une descente totale et infinie - une descente que nous vivons tous, mais que nous devons endurer seuls ».

 

À l’image de la belle pièce "Retch" et du fulgurant "Estrange", un parcours immersif et intense vous attend donc durant près de 40 mn, qui sera à coup sûr plus captivant et plus riche de sens que celui vainement accompli par les morts de Pär Lagerkvist, frustrés face aux réponses d’un Dieu impuissant et sans repères.

photo de Seisachtheion
le 10/05/2022

1 COMMENTAIRE

Pingouins

Pingouins le 10/05/2022 à 09:56:37

 Superbe artwork, super chronique qui m'a franchement donné envie d'écouter (peut-être le précédent du coup si tu dis que tu le préfères), merci Seisach !

Et la littérature suédoise c'est bonne ambiance quand même. L'auteur que tu cites me fait un peut penser à Stig Dagerman dans l'idée. Pareil, ça m'a donné envie de le lire.

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