Dewolff - Tascam Tapes

Chronique CD album (31:59)

chronique Dewolff - Tascam Tapes

Les jeunes loups de DeWolff ont beau avoir un EP, sept albums studio et deux live à leur actif, ce n'est qu'aujourd'hui qu'il parvient enfin à avoir un peu plus de visibilité chez nous. Il faut dire qu'en ce début 2020, le trio nous sort un nouvel album, tout bêtement nommé Tascam Tapes, qui a de quoi intriguer dans son contexte et contraintes que le combo s'est imposé. A savoir, composer et enregistrer un nouvel ensemble de titres dans son van, sur la route et ce, uniquement avec chant, guitare, basse et samples de vieux samples de funk – conséquence logique de la contrainte tant il n'est pas spécialement possible de monter une batterie dans le van en pleine tournée – le tout capturé directement avec un vieux magnétophone Tascam à bandes analogiques. Le groupe jouant du southern classic rock aux accents funky puisant autant dans les 60's et 70's, on serait presque déçu de voir sa nationalité hollandaise où les terres sont vertes tant on les aurait plus aisément imaginé faire leur truc dans un vieux van Volkswagen d'époque qui parcourt les terres désertiques et arides au cœur des États-Unis, à s'arrêter seulement pour jammer dans tous les bouges de l'Amérique profonde et puritaine qui pourraient leur tomber sous la main le soir venu.

 

Malgré tout, on n'ira pas forcément balayer ce genre de vision hippie et bucolique à l'écoute de Tascam Tapes tant le résultat nous plonge instantanément dans ce genre de délires. La pochette d'ailleurs, annonce la couleur : « Ce nouvel album de DeWolff a été enregistré sur la route pour moins de 50 dollars mais sonne comme si ça avait coûté un million ». On notera la grosse part de chance de cocus d'avoir en leur possession un enregistreur analogique qui leur a coûté moins de 50 boules – à vrai dire, c'est plutôt le prix de la bande seulement – et on les invite d'ailleurs chaudement de surveiller leur moitié s'ils sont actuellement en couple. L'autre point notable, c'est que l'on se retrouve vite d'accord avec ça lorsqu'on le prend dans son sens métaphorique. Tascam Tapes a beau ne pas durer très longtemps, jamais il ne perd de sa saveur au fil des compositions où spontanéité et feeling sont les maîtres mots. Ce n'est pas vraiment un album qui est un énième représentant de la vague revival 70's menée par tout un tas de « vieux jeunes » qui vivent une époque qu'ils n'ont pourtant pas connu. Non, là, à entendre cela, on a plutôt l'impression troublante que ça a bien été enregistré par des petits jeunes des années 70 au cours de ces années et que durant cette virée en van, ils se soient mystérieusement faits happés dans une faille spatio-temporelle qui les aurait jeté en 2020. Juste pour ce caractère si authentique, une personnalité affirmée qui se dégage de ces sonorités que l'on connaît pourtant par cœur et ce sens du feeling qui accroche instantanément, c'est sûr que nous voilà face à un album qui vaut des millions effectivement. Ou plutôt, qui n'a pas de prix.

 

Même si bon, DeWolff ne nous ménage pas spécialement avec son entame. « Northpole Blues », qui sent bon la jam bluesy chanté par une sorte d'Axl Rose qui aurait avalé un bol de Bee Gees au petit déjeuner, se révèle on ne peut plus cru dans son rendu sonore. Ça sature, ça grésille, sans compter un enchaînement sur un autre sample on ne peut plus cavalier. Au moins, il ne fait aucun doute que DeWolff n'a pas menti sur la marchandise quant au matériel utilisé et le côté « enregistré à l'arrache ». Par chance, « Blood Meridian I » tubesque à souhait, vient vite remettre les pendules à l'heure avec un rendu moins erratique, plutôt net même, avec ce qu'il faut de saturation et autre grain chaleureux propre à l'analogique pour lui donner un charme désuet délicieux. D'ailleurs, le reste s'enchaînant en montrant à chaque fois des prises pas spécialement unifiées dans leur rendu – même si le premier titre remporte la palme niveau cradingue – ne fait qu'ajouter au charme de l'ensemble. C'est que l'on ne peut arriver à un résultat authentique, réellement diamant brut, sans les imperfections qui vont avec. C'est que tout ça a été enregistré en une prise, sans montage, et pas forcément au même moment. Et composé à l'instinct sans s'attarder sur les fioritures et autres détails inutiles. De l'instinct inspiré où les amateurs rock bluesy (« Made It To 27 », « Blood Meridian II »), soul (« Nothing's Changing », « Let It Fly », « Am I Losing My Mind »), funk tendance disco (« It Ain't Easy », « Life In A Fish Tank » où un arrière-goût Aerosmith le plus bluesy version retro vogue au gré de l'harmonica) pourraient aisément se tromper en pensant que ce disque sort tout droit des archives mystérieuses et poussiéreuses du grenier de Papy, fan de James Brown, Stevie Wonder, Chuck Berry et autres Jackson Five et Commodores. Bref, DeWolff ne fait pas comme à la grande époque. Il en fait pleinement partie... sauf qu'il est juste un chouïa en retard.

photo de Margoth
le 23/05/2020

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