Eastwood - Antibiose

Chronique CD album (20:29)

chronique Eastwood - Antibiose

Si vous aimez patauger dans les viscères d'autrui avec vos bottes de charcutier ornés d'autocollants Winnie l'ourson ou admirer des paysages constellés de bouts de bidoche même pas bio, vous vous êtes cette fois trompés de côté du grindcore.

 

Résolument plus ancrés dans des horizons powerviolence/fastcore que des décors goregrind, les membres de Eastwood sont encore plus clairs avec leur rapport à une autre branche de la scène grind : « S'il nous fallait mentionner un aspect négatif de la scène, ce serait tristement le fait qu'il n'y a pas assez de sensibilité et surtout trop de tolérance envers le porngrind. Si rendre triviale ou même glorifier la violence sexuelle vous parait ok, vous avez franchement un sérieux problème ».

 

Vous l'aurez compris, si la radicalité musicale inhérente au style pratiqué est bien présente sur ce premier long format du combo ultra-rhénanique (et un peu lyonnais), celle du propos ne sombre pas dans les clichés de dégueulasseries des groupes qui ne cherchent que la valeur choc pour essayer de sortir du lot de la médiocrité et veulent malgré tout faire « l'unanimité » en restant bien apolitiques comme il faut. Histoire de « ne vexer personne » tout en déglutissant viol et torture comme si c'était marrant.

 

Mais pas ici. Antibiose, c'est le contraire de la symbiose, et c'est là qu'est le propos de ce disque : l'essentiel des paroles cause de relations assymétriques, d'oppressions et d'exploitations diverses et variées (des humains entre eux, mais aussi sur l'environnement, sur les structures mentales...). Bref, on sent bien qu'il y a une légère désillusion vis-à-vis de l'humanité, qu'ils ne sont pas là pour jouer à touche-pipi, et qu'il y a d'ailleurs peut-être un lien entre les deux : c'est pas mal de remettre en question sa propre scène et d'assumer ses propos.

 

On a donc un discours politique là-dedans, et ce n'est donc pas un hasard que les racines outre-grind d'Eastwood soient plus hardcore que metal, que les riffs de transition entre les blasts effrenés aient un groove décidement plus powerviolence que death et que ce disque vient garnir la liste de mes très bonnes découvertes de l'année.

 

Nommé d'après Clint Eastwood (qu'on retrouve sur la pochette de leur premier split avec les Brésiliens d'Entendeu?), évidemment pas comme égérie politique (le bonhomme est plutôt conservateur et puritain), mais surtout pour faire un clin d'œil « western spaghetti & powerviolence » aux groupes Charles Bronson et Henry Fonda, les membres fondateurs voulaient au départ faire un truc « à la Fall of Efrafa ». Constatant leur échec à recruter, ils se sont reconvertis et offrent donc au monde, quelques années plus tard, ce bouquet de 17 morceaux pour 20 minutes, un ratio tout à fait honorable pour respecter le cahier des charges de la police du style !

 

A grands renforts de samples de George Carlin (« There is nothing wrong with the planet, the planet is fine ! The people are fucked »), de Trump qui met en garde et promet les pires horreurs en cas d'arrivée des gauchistes au pouvoir, ou encore d'illuminés Qanon qui racontent n'importe quoi, Eastwood posent ici un album dévastateur.

 

Si vous êtes en manque de coups de caisse claire, ce disque le comblera (4179 coups, d'après un concours sur leur page FB) . Il vous faudra probablement frénétiquement taper sur des trucs en essayant de suivre le rythme, tout en remuant la tête et en retroussant la lèvre inférieure comme signe de satisfaction. Vous pouvez aussi froncer (légèrement) les sourcils. Pas de fioriture, pas le temps : comme le dit le groupe, « Play fast, work slow ».

 

Le chant est assez varié, on a de la grosse voix, du un poil plus haut placé, des paroles quasiment presque intelligibles parfois (si elles n'étaient pas en allemand), et on notera également la présence de la chanteuse du groupe de Francfort Gæs qui prête sa voix sur « Lochfraß ».

 

Le son est globalement très bon pour ce qui est souvent un mur de son, la prod arrive même à faire relativement distinguer les instruments les uns des autres, ce qui est déjà une belle performance !

Dans l'ensemble, le disque passe d'un seul coup, fluide et agréable (enfin pour peu qu'on soit un tantinet habitué·e à ce style de douceurs tout de même). Les enchaînements d'un plan un l'autre sont variés et bien réalisés, ne restent jamais longtemps en place et foncent vers un objectif de façon chaotique mais sûre d'elle.

 

Là où le résultat est vraiment qualitatif, c'est que derrière l'étiquette grind/powerviolence, Eastwood parviennent à glisser pas mal de riffs et de plans qui renvoient à de nombreux styles différents, pour un rendu assez gras, mais de ce bon gras, selon vers lequel on revient sans se poser la question, parce que le gras c'est la vie. Des petites touches plus death par ici, un passage même presque black sur le dernier morceau, des fractures plus proches du hardcore chaotique, et aucun surtout aucun répit, parce qu'on a pas que ça à foutre.

 

Bref. Je ne regrette aucune seconde de cet Antibiose qu'Eastwood ont concocté. Je vais même en reprendre, tiens. Et y'en a assez pour tout le monde, alors prenez une chaise, accrochez vos ceintures et vos chicots, ça va bien se passer.

photo de Pingouins
le 14/10/2021

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