Exposé - Exposé

Exposé - "Exposé"
chronique Exposé - Exposé

Avez-vous remarqué comme l’incertitude a moins de place dans les sillons drainés de la Rock music ? Serait-ce la peur de mal faire ? L’arrogance d’être la prochaine huitième merveille du monde alors que tout est dit depuis longtemps ? Ou est-ce un retour salutaire (?) à la simplicité, le confort des acquis ? On peut se faire taxer de vieux con lorsque l’on rabâche que c’était mieux avant, encore plus lorsque l’on parle de groupes que l’on n'a même pas connu parce que l’on était encore un gamin ou même pas venu au monde. Un peu de pratique de la chose musicale et quelques disques nous apprennent quand même que le risque était une valeur refuge, le risque de s’exposer.

 

Ce constat un poil réac n’enlève rien à la pertinence et au plaisir offert dans les productions actuelles de certains groupes. Exposé qui nous occupe aujourd’hui  repose de manière intéressante ce débat sur les cendres des Pixies (Comment ça, ils ne sont pas morts !) et l’aura rayonnant d’un Dominique A. 2 entités artistiques qui font l’unanimité sans discussion pour l’ensemble de leur œuvre. Un statut confortable de reconnaissance par toutes les critiques avec un pied figé dans l’ignorance crasse du public de masse. Les lillois n’ont déjà plus que trois marches à gravir.

 

Exposé, en référence au fameux « Titanium » des Sonic Youth, a pris le temps, depuis une bonne douzaine d’années, de bâtir son petit monde, sa musique intérieure. De leur début, un peu psyché, en trio, jusqu’à ce premier EP – nouvelle formule. Ces dernières années, on dénombre quelques groupes à avoir en commun d’utiliser à bon escient ce facteur temps. La chance de ne pas avoir de comptes à rendre, de ne pas courir après l’attente avide d’un public consommateur, le choix de prendre le plaisir de faire de la musique.  Peut-être la piste à suivre si on veut laisser une marque de son passage.

 

Ce premier EP éponyme est intéressant à plus d’un titre. Bien sûr, il baigne dans des arrangements forts courus. Une touche Electro partout, des riffs simples empruntés à l’un ou l’autre groupe culte. A ce sujet « Oblatif », dans son intro,  est presque un décalque d’ «Allison », des Pixies justement. C’est dans les arrangements que l’on trouve toute une belle saveur. Exposé a choisi l’épure. La disto ne sera jamais poussée à fond, la basse sert d’accompagnement sans aucune démonstration, même la batterie se délaisse de sa grosse caisse, d’un tom, et d’une ou deux cymbales. Vous allez difficilement me croire mais l’ensemble cohérent est bien solide ! Dans mon souvenir, Exposé aimait se noyer dans un déluge de flangers, les pédales dd5-dd6 pour les techniciens. Une  voix sourde pour quelques mots épars. Un peu comme si My Bloody Valentine cherchait la sortie, étouffant dans son carquois sonore.

 

 En 2011, Exposé est un groupe désintéressé qui respire comme le soir oblatif, étourdi. Il s’autorise enfin des envolées, légères sur les touches du synthé. Le trio est devenu quatuor, et on sent bien que chacun sait ce qu’il doit faire. Ils dépeignent des toiles du quotidien avec pas mal de poésie dans le choix des mots. Des raccourcis ou quelques précipitations – l’aurore qui patiente – dans « Le Soir ». On reconnaît le travail sur les mots et même si ça ne prend pas toujours, ce sera une des marques de fabrique des nordistes dont l’ambition et de les faire sonner comme on tire les harmoniques d’un arpège plaqué. Tout en finesse.

Leur Rock noise un peu arty devrait ravir les chercheurs de fraîcheur comme les amateurs de duvet réconfortant. Ce quatre  titres devrait les installer confortablement sur cette fameuse quatrième marche, ce sont les trois dernières les plus dures à franchir.

photo de Eric D-Toorop
le 08/12/2011

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