H ø R D - Focus on light

Chronique Vinyle 12" (41:00)

chronique H ø R D - Focus on light

Dans la famille des artistes biberonnés aux sons synthétiques et cafardeux des 80’s, il semblerait qu’on soit en plein baby boom, option consanguinité décomplexée activée. Et dans cette jungle de marmots chialant et braillant leur mal être à qui veut l’entendre, je dois bien avouer qu’il n’est pas spécialement facile de s’y retrouver. Non pas que la qualité ne soit pas de la partie mais il faut bien reconnaître qu’il y a peut-être trop de groupes, trop de bonnes chansons, trop de collaborations mais aussi trop de sorties inégales, de titres numériques épars et de remixes parfois dispensables. Même avec toute la bonne volonté du monde, il n’est donc pas rare que je confonde deux tracks de KVB et de the Soft Moon, de Figure Study et de Linea Aspera ou encore de November Növelet et de in Death it Ends… Ouais, je sais, j’ai honte.

 

Alors pourquoi je reconnais la musique de h ø r d au premier coup d’oreille, et ce, depuis la publication de ses premières démos au format numérique, il y a deux ans ? Peut-être cela est-il dû au fait que j’ai pu voir le monsieur (h ø r d  est en effet un projet solo) se produire sur scène dès ses débuts. Peut-être aussi parce que, proximité géographique oblige, je m’en suis peut-être un peu plus pris dans les esgourdes que tout autre artiste du même genre. Oui, c’est bien possible qu’un certain contexte très subjectif ait fait de la musique de h ø r d quelque chose d’un peu spécial à mes yeux mais ce n’est pas tout, loin de là.

 

Parce que si on retrouve effectivement un ensemble assez exhaustif des composantes de la cold wave contemporaine dans la musique du bordelais, il faut bien reconnaitre que tout ça va bien plus loin. On a donc bien une panoplie de synthés analogiques et leurs sonorités toutes plus froides les unes que les autres, un chant assez monotone, noyé dans une reverb et un delay volontairement abusifs, des arpèges synthétiques, des rythmes froids et répétitifs, des arrangements mélodiques progressifs ainsi que des nappes de son ambiant et shoegaze à n’en plus finir. Tout est bien là, merci. Mais ce qui détonne franchement tout au long de ces huit titres, c’est bel et bien une réelle inspiration.

 

Passionnantes de bout en bout, chacune des compos de Focus on Light développe sa propre logique et sa propre identité le plus simplement du monde, à travers un son bien particulier, un rythme entêtant, un arrangement bien senti ou une ligne de chant mémorable. Il n’est donc pas rare d’avoir un des titres du disque en tête après une simple et vague écoute et l’envie d’y revenir se fait d’autant plus forte. Le ton du disque quant à lui est bien entendu glacial, ouvertement mélancolique pour ne pas dire franchement triste, nous poussant parfois jusqu’aux relents les plus sombres du genre sans pour autant se vautrer dans certaines extrémités stylistiques de la scène goth (amis corbeaux, bonsoir). Malgré cette froideur, on se retrouve donc assez aisément à développer une certaine empathie pour la musique de h ø r d, comme on peut la ressentir à l’écoute d’artistes peut-être plus « rock » dans leur démarche de musicien dépressif (ouais ouais, Reznor, CurtisMorrissey, Smith –Robert ou Elliott, ça marche pour les deux- ou encore Gahan, je parle bien de vous). Il faut dire qu’un soin tout particulier semble avoir été ici apporté aux mélodies. Ces dernières, souvent construites sur une base harmonique ultra convenue à quatre notes, arrivent toujours à nous surprendre au détour d’un arrangement, d’un break ou d’une simple variation tant et si bien que l’on devient très vite avides d’explorer les richesses qui semblent se cacher au détour de chaque mélodie, tout au long du disque.

 

Un équilibre salvateur règle enfin les titres les uns par rapport aux autres sans pour autant casser la cohérence du disque. De la progression hypnotique de « Teen offers » aux rythmes enlevés de « Speak », de la sombre lourdeur de « Heart part I » à la tristesse tragique de « Lines », de l’avalanche de synthés de « Focus on light » au minimalisme salvateur de « Deliverance », des incroyables mélodies de « RFLX » aux patterns planants et conclusifs de « Heart part III », il semblerait qu’il n’y ait rien à jeter sur cet album, la dernière piste appelant invariablement la première (fonction repeat oblige). Je le répète donc une dernière fois avant de récupérer la subjectivité que j’ai planqué sous mon cul le temps de torcher cette review : ce disque est magistral et passer à côté, que l’on soit amateur du genre ou pas, serait tout simplement une grossière erreur.

photo de Swarm
le 30/04/2016

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