Idles - TANGK

Chronique CD album (40:11)

chronique Idles - TANGK

Quel est l’intérêt de cette chronique ? A l’heure où je rédige ces lignes, on ne compte déjà plus les critiques ayant enfilé la blouse blanche et le stéthoscope pour ausculter ce nouveau-né des Idles, en dégageant les symptômes et en posant un diagnostic qui ravira ou décevra les aficionados. Pour être honnête, les gars de Bristol n’ont fondamentalement pas besoin de davantage de promotions dont ils bénéficient déjà avant le jour de la sortie, - d’autant plus au sujet d’un album qui confirme une rupture stylistique annoncée timidement avec Crawler. TANGK est décrié, TANGK est célébré, TANGK est amour.

 

Alors, pourquoi s’évertuer à prendre la plume pour commenter une œuvre déjà minutieusement décortiquée ?

 

Deux raisons motivent ce choix. La première est que la musique des Idles m’accompagne depuis de nombreuses années et que je considère Brutalism comme l’un des plus grands disques punk jamais enregistrés dont chaque parole est gravée profondément dans ma chair (la mesure, tout ça). La seconde est que les influences artistiques mises en avant dans ces nouvelles compositions ont déclenché chez moi la réminiscence d’œuvres marquantes ayant jalonné mon parcours musical.

 

Bon, honnêtement, je comptais revenir sur la carrière Idles – absente des papelards de COREandCO –, donc autant profiter de l’occasion pour commencer avec le p’tit dernier.

 

Les temps ont changé. Les Idles, ce sont 5 albums depuis 2017 ; un statut de patron au sein de la scène rock alternative avec des premières œuvres saluées par la critique et une réception publique de plus en plus large avec le temps. Néanmoins, c’est aussi une formation qui compte 15 années ; des artistes qui vieillissent, et sont par conséquent impactés par de nouveaux enjeux personnels qui modifient substantiellement leur pratique musicale, - le tout au sein d’une scène post-punk qui ne cesse d’expérimenter à la limite de l’implosion. Pour faire court et citer les propos de Joe Talbot : « TANGK. I needed love. So I made it. I gave love out to the world and it feels like magic. This is our album of gratitude and power. All love songs. All is love ». Finis donc les textes politiques crachés à la gueule de l’auditeurice avec la subtilité d’une montgolfière au Bristol International Balloon Fiesta ; le discours tend dorénavant vers un lyrisme introspectif, - et par conséquent moins naïf pour celles et ceux fatigué·es du défonçage de portes ouvertes.

 

Ce bouleversement apporté dans la thématique se déploie pleinement dans la nature même de ces nouveaux titres où l’instrumental est fortement marqué par l’empreinte de Nigel Godrich – artisan du son de Radiohead –, compagnon de travail inattendu d'un Mark Bouwen qui réinvente son jeu. Effectivement, il est relativement dur de parcourir ce TANGK en omettant l’habillage sonore de l’illustre groupe anglais, ainsi que la symbiose remarquable que leur œuvre entretient avec la musique électronique. Les amoureux·ses de In Rainbows se délecteront avec joie et bonheur de cet héritage sonore disséminé dans les 11 titres, notamment sur les superbes « POP POP POP » et « Grace », ainsi que l’enchaînement « Jungle » / « Gratitude » en pinacle de cet effort. Cependant, si cette altération esthétique globale s’épanouit aussi largement, c’est aussi grâce à une écriture musicale dorénavant pensée pour laisser davantage de place à une autre influence qui se dévoile vocalement : la musique soul.

 

Les fans les plus attentif·ves des Idles avaient déjà pu déceler l’affection que porte Joe Talbot vis-à-vis du genre lors de certaines lignes vocales au hasard des titres précédents. Néanmoins, Crawler avait franchi la frontière stylistique avec « The Beachland Ballroom », et la traversée au cœur de ces nouvelles terres se poursuit davantage dans TANGK où ces inspirations chaleureuses s’évadent à chaque titre dans une homogénéité qui faisait alors défaut au précédent effort. Finalement, seul le punk « Hall & Oates » fait paradoxalement figure d’intrus dans un album qui assume pleinement sa transition artistique, parfaitement dépeinte par « Roy ». 

 

Que dire de plus ?

 

TANGK est décrié, TANGK est célébré, TANGK est amour.

photo de Arrache coeur
le 23/03/2024

4 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 23/03/2024 à 14:58:30

De mon côté je fais partie des déçus, les singles étaient cool, et le reste est très long je trouve... Pourtant j'avais bcp aimé le précédent, plus homogène je trouve 

Moland

Moland le 23/03/2024 à 19:55:02

Moi je ne suis pas un connoisseur de ce groupe mais sur cet album j'aime beaucoup le single "Dancer". 

Arrache coeur

Arrache coeur le 24/03/2024 à 17:33:47

@Pidji : Ah ben comme quoi, je trouve justement que celui-ci gagne en homogénéité en délaissant l'idée de revenir à des titres du style de "Brutalism" / "Joy As An Act of Resistance" comme c'était le cas sur le précédent (que j'aime beaucoup aussi). Maintenant que la transition est franchie, je suis assez curieux pour la suite (et encore une fois, les influences me parlent beaucoup personnellement).

@Moland : Tu peux foncer sur les deux premiers par curiosité, plus punk et rentre-dedans. Je les porte très haut dans mon coeur.

Moland

Moland le 25/03/2024 à 10:17:25

Yes, j'ai jamais écouté d'album entier mais à chaque fois que je tombe sur eux, j'aime bien l'énergie et le grain de folie. J'avais vu un mini live dana une librairie. Très bien. Vais creuser les albums 

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