Innerty - Tabula Rasa

Innerty - "Tabula Rasa"
chronique Innerty - Tabula Rasa

Pour schématiser, l’inertie est la force opposée au changement, la pesanteur héritée de l’état des choses telles qu’elles étaient avant-hier. Il ne faudrait donc pas confondre ce concept avec Innerty, « nouveau » groupe accueillant le ronronnement moelleux de la basse de Mr OYC (Zvoyn, Nerv... Ainsi qu’une chaise au comité de rédaction de nos confrères d’Eklektik). C’est que tout les oppose. Pas que le groupe amène sur la table une nouvelle sorte de metal tricoté maison – non: les grenoblois développent un metal moderne progressif placé sous les bons auspices conjugués de l’étoile Klono-Gojirienne et des bonnes fées djenteuses Textuggah et Meshures. Mais le verbe utilisé dans la phrase précédente a de l’importance: Innerty participe au développement, et non à la vaine déclinaison, du style.

 

Et pour mener à bien son affaire, le groupe – qui n’est pas, contrairement à ce que je laissais entendre ci-dessus, si nouveau que ça, puisqu’il affiche 10 ans au compteur – le groupe, disais-je, a réuni une équipe de fins limiers techniquement très affutés. Tabula Rasa (leur 1er album, donc) bénéficie ainsi d’une base extrêmement solide, confortée de plus par une production aux petits oignons – clarté, rondeur, volume – et par une aisance indéniable dans le travail de composition. Mais cela ne suffit pas forcément à sortir du lot. Non, pour cela il faut encore proposer du matériel varié, si possible aéré, être inventif, accrocheur et dans l'idéal nous faire groover le popotin…

 

… Et ça, Innerty l’a parfaitement compris.

 

Ainsi pour ce qui est de la variétéTabula Rasa offre une intéressante combinaison des caractéristiques Meshuggiennes – cassures fréquentes, rythmes osés, syncopes abruptes – avec de grosses poussées de death rageur et une légèreté toute jazzy. Mais cette variété résulte également de la grande diversité des formats proposés (de 2:10 à 8:41) et de l’injection de 3 morceaux instrumentaux (dont une intro qui évoque Step in Fluid au réveil, et un « Cave » soft'n'groove à grosse basse bonnets D) qui ajoutent des couleurs plus pastel au tableau. Et qui aèrent au passage avantageusement l’ensemble, tout comme « Monism Needs A Ro », plus simple, plus compact, plus dans l’esprit Klonosphere. Ce dernier morceau est d'ailleurs beaucoup plus directement accrocheur que les autres titres… Un vrai bon gros tube même, pour dire les choses comme elles sont!

Côté groove, c’est moins évident, plus désarticulé, et principalement sensible sur les passages "jazzy", ou lorsque la basse de OYC vient nous chatouiller la pilosité auriculaire. Mais c’est plus encore sur la prise de risque, l’indépendance (allez, bouclons cette liste en sortant le mot: l’inventivité) que le groupe se distingue. Que ce soit sur « Kubark », morceau où le groupe laisse Mr Igorrr (décidément omniprésent ces derniers temps!) breakcoriser leur univers à grand coup de beats, ou sur une tirade semblant tout droit émaner de la bouche de Speedy Gonzales (« Hariba! » à 1:11 sur « Sphenoid »), Innerty ne s’impose aucun interdit, aucun tabou… Et grand bien lui en fasse!

 

Néanmoins je ne serais pas tout à fait honnête si je n’exprimais pas quelques menues réserves. A propos de « Sphenoid » pour commencer, petit regret: le morceau, très long, enfile de nombreux plans excellents - certes -, mais sans qu'il ne ressorte de l’ensemble une réelle homogénéité (c'est ça: un peu le même reproche que l’on formulait encore récemment en ces pages à propos de l’œuvre de Sleep Terror, bien vu!). Autre rhâââ pas tout à fait lovely: sur les 2 derniers morceaux comme sur « The Divine Phenomenology Of Cold Fire », le ton se fait plus froidement Meshuggesque, plus accidenté, moins convivial, nous laissant en bout de course sur l’impression qu’il manque à Tabula Rasa l’un de ces feux d’artifice finaux qui concluent en apothéose les grands albums. M’enfin c’est aussi le propre d’un premier album que de réserver un peu de marge de manœuvre à ses créateurs afin de faire encore mieux par la suite…

 

Quoiqu'il en soit, le bilan des courses est très largement positif: avec Tabula Rasa, Innerty nous balance un formidable premier album de metal moderne qualité Premium, et nous laisse sur la certitude que le groupe ne restera pas longtemps sans le support d’un label sérieux.

 

 

PS : si ça vous chante - ou plutôt, au contraire: si vous voudriez que ça ne chante pas - Tabula Rasa est aussi disponible en version totalement instrumentale

PPS : actuellement uniquement disponible en version digitale, Tabula Rasa sortira bientôt au format double CD.

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: Innerty sort un manifeste death / djent jazzy d'excellente facture, faisant preuve d’un niveau technique, d’une qualité d’écriture et d’une liberté artistique assez rares pour un premier album.

photo de Cglaume
le 16/04/2012

3 COMMENTAIRES

Parav

Parav le 17/04/2012 à 11:46:42

Chouette découverte, merci! Le petit reproche que je pourrais leur faire, c'est de pas assez développer leur idées avant d'en changer. Mais ça doit être mon côté post rock qui parle. A part ça j'ai kiffé. 8.5/10

cglaume

cglaume le 17/04/2012 à 12:29:03

Mon petit doigt m'a dit que le groupe apparaît dans le "Rock Hard" de ce mois... On va en ré-entendre parler d'Innerty ! ;)

Ukhan Kizmiaz

Ukhan Kizmiaz le 17/04/2012 à 21:13:22

tss tss ces jeunes ne respectent plus rien, Tabula Rasa non mais tss tss C'est Einstürzende Neubauten pour la zik voyons

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