Kalisia - Skies

Kalisia - "Skies"
chronique Kalisia - Skies

Il y a bien longtemps de cela, dans la première moitié des années 90, les musiciens extrêmes français étaient encore – pour la grande majorité du petit groupe qui réussissait à faire parler de lui – cantonnés à des registres bruts de fonderie, sans trop de ces arabesques alambiquées apparues quelques années auparavant de l’autre côté de l’Atlantique. C’est pourquoi à chaque fois que des mines de charbon hexagonales émergeait un joyau finement ciselé, les yeux s’écarquillaient, les oreilles s’humidifiaient, et le bouche à oreille faisait son office de courroie de transmission, relayant la nouvelle par le biais d’échanges épistolaires enflammés et de copies de K7 à la chaîne.

 

Tout comme les premières sorties des Carcariass et autres Catacomb, l'arrivée de Skies – 2e démo de Kalisia – produisit donc son petit buzz, l’opus contribuant à extirper un peu plus la France du Tiers Monde techno-death où elle pataugeait. Ces morceaux de 5 à 10 minutes, cette vision grandiose, cette cohérence globale, ces effusions démonstratives mais non vaines… Tous les éléments contribuant à créer l’une de ces œuvres ambitieuses chères au cœur des Géo Trouvetou fans de death metal Bac +10 étaient là et bien là. Même le clavier – « Quoi? Ah non, pas ce tue-l'amour écœurant!! » « – Et Nocturnus alors, ils font du pâté de tête peut-être? Alors camembert! » –, solidement ancré dans la palette sonore des nîmois, trouva grâce aux yeux des aficionados.

 

Démarrant les hostilités – et en l'occurence « Tower of Vanities » – sur un bon vieux plan de heavy speed quasiment joyeux, Kalisia amorce ensuite très vite un virage death mélodico-technico-progressif en sortant les guitares tranchantes, et un chant growlé... Relativement basique – ouais, disons ça –, notamment au regard de la richesse de la trame musicale. S’ensuivent 20 minutes d’une belle épopée musicale s’étendant sur les deux premiers morceaux de ce 4 titres, véritable florilège de leads où guitare, clavier et basse se partagent tout à tour la vedette, et où les moments de sérénité alternent avec des petits coups d'accélérateurs revigorants.

 

L’honnêteté nous oblige quand même à reconnaître que tout cela a pris un léger coup de vieux... Enfin tout particulièrement certaines interventions du clavier, ainsi que – faiblesse la plus pénalisante – ce chant rugueux de chez rugueux, quand il n’est pas carrément lourdaud. D’ailleurs Brett, the man behind the band, corrigera nettement le tir sur Cybion, l’opus suivant. On signalera encore quelques menues maladresses, comme par exemple les errances du quatuor basse/clavier/batterie/chant féminin qui ouvre « Lost Soul », et dont l'intervention aurait gagné à être moins bancale et plus détendue du slip… C’est d’ailleurs sur cet emblématique « Lost Soul » qu’on se rend le mieux compte de la relative jeunesse du groupe, ce morceau étant à la fois l’un des plus immédiatement accrocheurs, mais aussi l’un de ceux où « les instants de flottements » sont les plus flagrants.

 

Sans doute conscient de la faiblesse des lignes de chant, Kalisia conclut Skies sur un instrumental qui – outre le fait de laisser les voix sur la touche – fait cet autre choix judicieux: celui de rester sous la barre des 6 minutes, sans dilution ni perte de puissance. Et au final ce morceau reste sans doute comme la plus grande réussite de cette ambitieuse démo, concluant idéalement celle-ci sur une note plus que positive. 

 

La présence d’une version remixée et remasterisée de ces 4 titres sur le disque bonus de la version « deluxe » de Cybion rend tout bonnement impensable l’acquisition de ce dernier dans sa version standard. Car si Skies n’a pas la maturité du premier album de Kalisia, tout est déjà là, pas complètement dégrossi, certes, mais le tamis de vos oreilles saura sans mal extraire la pépite métallique de la fine pellicule opaque qui l’entoure.

 

 

 

 

La chronique, version courteSkies est la Pierre de Rosette du techno-death français, une démo qui contribua grandement à ce que l’Hexagone se mette lui aussi à parler le langage floridien de l‘époque. Encore brut et parfois un peu naïf, on sent néanmoins que l’esprit de Cybion n’est pas si loin que ça.

photo de Cglaume
le 15/01/2012

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