Kruzenshtern I Parohod - Love For Three Cockroaches

Kruzenshtern I Parohod - "Love For Three Cockroaches"
chronique Kruzenshtern I Parohod - Love For Three Cockroaches

Et un de plus: Yeees!! C'est que tomber sur de la chair fraîche dans le monde merveilleux du Nawak Metal, c'est pas aussi facile que d'aller acheter son croissant-beurre chez M. Ben Gérard, le boulanger d'en bas. Non: il faut en vouloir, avoir un réseau d'informateurs sur la brèche, farfouiller... Et dans le cadre de cette dernière démarche, un certains nombre de sites sont d'une aide précieuse. Bandcamp est de ceux-ci. Et c'est d'ailleurs par son biais – ouh yeah: cette intro est sur le point de retomber sur ses pieds en même temps que sur l'objet étudié – que je suis tombé sur l'incroyable Love For Three Cockroaches.

 

Alors Nawak, l'opus l'est jusqu'au bout du microsillon, et dans ses moindres aspects. Bon, passons sur le titre et le superbe packaging de l'objet qui mettent au centre de toutes les attentions en même temps que sur un piédestal de marbre l'une des bébêtes les moins appréciées de la création après le moustique: le cafard. C'est le moins que l'on pouvait attendre de ce genre d'album qui fait de l'iconoclasme et du décalage une religion... Par contre, là où les instigateurs de ce superbe projet musical ont été vraiment vicieux, c'est qu'ils ont poussé le bouchon jusqu'à brouiller sévèrement les pistes sur le Qui a écrit et interprété Quoi. Car si j'ai un peu abusivement attribué la paternité de l'album à Kruzenshtern i Parohod – trio israélien qui, de ses propres dires, mélange allègrement Valse et Punk-Rock, Klezmer et Grindcore, Polka et Ragtime, Black Metal et Free Jazz – la vérité est de fait bien plus complexe. C'est en réalité Igor Krutogolov, chanteur/bassiste/scieur (si scie!) de KiP, qui, aidé de certains de ses compères, s'est acoquiné le temps d'un album avec Mitch & Mitch, formation de 8-9 musiciens polonais pratiquant un Jazz alternatif décalé (...ils auraient même tenté de marier Black Metal et Afrobeat... Bref). D'où, sur la pochette, le nom « Mitch & Igor Krutogolov & Mitch ». Mais si on s'en tenait à ça, ce serait encore trop simple. Les affreux jojos prétendent avoir ici repris et réarrangé une opéra de Zelig Rabitchnyak, compositeur israélien qui se serait exilé aux Etats-Unis, qui aurait vécu de 1881 à 1954, qui aurait consacré sa vie à marier Klezmer et Bluegrass, et dont le chef d’œuvre serait un opéra intitulé Love For Three Cockroaches. Et l'intérieur du CD de nous offrir portrait, articles de journaux d'« époque » & co... Beau travail d'intox Nawak: félicitations Messieurs! Je suppose que Zelig Rabitchnyak doit être un anagramme, mais je n'ai pas réussi à l'élucider. Si vous avez une idée...

 

Et la musique est au diapason de ce travail de fourmi ayant fumé tout l'été. Car celle-ci (la musique, pas la fourmi) se rapproche de ce qu'aurait pu donner une alliance entre Secret Chiefs 3 (le côté cinémato-folklorique) et Stanley Kubi (quelques réflexes cuivrés, le chant de farfadet punk aviné...). Du grand n'importe quoi donc, foufou, trépidant, bavard, impatient, polymorphe, mais construit avec une minutie d'horloger. Comme vous pouvez vous y attendre, la palette instrumentale ici déployée est aussi large qu'un fessier d'hippopotame, les musiciens usant, en plus des instruments classiques, d'une scie musicale, d'un banjo, d'un glockenspiel, d'un accordéon, d'une clarinette, d'un marimba, et patati, et patata. Sûr qu'on a échappé de justesse à un solo d'intestin grêle de tortue. Si certains morceaux s'emballent parfois dans un registre Metal d'où jaillissent quelques féroces Beuuâârh, on se ballade tout aussi souvent – si ce n'est plus – dans la folklore juif, dans les poussées Ennio Morriconesques, dans les musiques de fanfares joyeusement martiales, dans le Surf rock, le Rockabilly... Bref, 'voyez l'tableau!

 

Evidemment, tous ces breaks et tressautements n'aident pas à assimiler aisément la chose. Et pourtant, à l'instar des références citées plus haut ou du grand Mr Bungle, Ze Mitches & Igor réussissent à créer des morceaux aussi pétillants qu'attachants, se mettant les Nawak freaks que nous sommes aussi sec dans la poche. Si l'album propose 8 pistes uniformément gourmandes, on vous conseillera néanmoins de vous pencher prioritairement sur « Tarakanraluch III: The Empire », sans doute Le tube de l'album, qui vous permettra de vite juger si vos atomes et les leurs sont crochus. En tous cas Zaï zaï, ma parole: ça fait plaisir d'enfin trouver un digne représentant de la scène Nawak au Moyen Orient. Espérons que cela ne soit que le premier d'une longue série d'artistes bien cramés du dattier!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: il était étonnant que l'on n'ait pas encore trouvé un seul groupe de Nawak Metal en provenance de la relativement prolifique Israël. Eh bien on peut dire que pour notre première trouvaille dans le genre, Love For Three Cockroaches fait très fort, l'opus proposant un mélange pétillant entre Secret Chiefs 3 et Stanley Kubi. Du très, très bon!

photo de Cglaume
le 29/02/2016

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