Laang 冷 - Xinteng 心疼

Chronique CD album (52:47)

chronique Laang 冷 - Xinteng 心疼

Laang , ex-one-man-band taïwanais devenu groupe (avec l'apport récent de la batteuse de Pacers 步行者et du bassiste de Bloody Tyrant 暴君 ) officiant dans le post-black metal assez classique, propose ici un second album, après en avoir fait filtrer quelques extraits au cours des derniers mois.

 

Avant toute chose, prenons le temps pour quelques mots à propos du concept central organisant ce disque puisqu'il influence largement la musique proposée. Xinteng (心疼), le mot en mandarin qui donne son nom à ce disque, renvoie à la profonde détresse émotionnelle et à la douleur liée à l'absence, à la perte d'un être cher, mais aussi à l'expérience de mort imminente (bien évidemment, je ne fais ici que reprendre la fiche promo, mes compétences en mandarin étant équivalentes à l'intérêt de saler son café ou de tenter l'ascension de l'Everest en tongs). Sur les huit pistes qui le composent, c'est donc une exploration de la souffrance et de la bataille personnelle pour se tirer d'expériences traumatiques que réalise le combo.

 

Pour ce faire, les morceaux sont dans l'ensemble longs, comme le travail de reconstruction nécessaire dans ces situations : un seul d'entre eux ne fait que s'approcher des cinq minutes, tous les autres dépassent cette barre, pour aller s'étirer vers les presque neuf minutes pour le morceau de clôture. Le temps est donc laissé à cette exploration et à la découverte des méandres qui apparaissent peu à peu, à mesure de l'écoute.

 

Et dès le début du premier morceau « Cǎndàn 慘淡» et ses premières notes de piano dissonantes, presque désaccordées, on sent bien en effet que l'ambiance ne sera pas lumineuse. Pour la suite, on rentrera dans un black metal plutôt mid-tempo, globalement proche de ce qu'on pouvait trouver sur le White Tomb des Islandais d'Altar of Plagues, avec ce genre de tension assez réussie résidant dans le contraste entre deux lignes de guitare, l'une en tremolo picking très clair, l'autre s'astreignant à une mélodie lente et plus basse. De façon assez surprenante, l'un des riffs de ce morceau me rappelle furieusement celui d'un groupe d'un style bien différent, Breach (« Alarma » sur Kollapse, pour être précis), mais ce n'est probablement qu'une déviation de mon esprit tordu, car cela n'a vraiment pas grand chose à voir.

 

En ce qui concerne le chant, on se rapprochera souvent presque plus des groupes punk/powerviolence que des habituels shriek haut placés du black metal, même dans sa version post. C'était déjà le cas sur leur précédent album, et même si ça l'est un peu moins sur Xinteng, cette sensation accompagne l'écoute de cette nouveauté, ce qui crée un contraste intéressant avec ce que l'on a l'habitude d'entendre dans le style.

 

La batterie, quant à elle, est si métronomique sur les blasts qu'elle paraît programmée. C'est d'ailleurs probablement le cas puisqu'il me semble que les musiciens qui ont rejoint le groupe ne l'ont fait qu'après la composition de cet album, a priori pour pouvoir présenter les morceaux en live. Mais malgré mes recherches, je ne suis pas parvenu à en avoir le cœur net.

 

Dès le morceau suivant (« Dòngshāng 冻伤») et globalement jusqu'à la clôture de cet album, le style se rapprochera plus de celui pratiqué par Harakiri for the sky ou Bosse-de-Nage, souvent avec ce contraste déjà évoqué entre les deux guitares et un jeu de batterie généralement plutôt intéressant.

 

On sent une progression réfléchie dans l'ordre des morceaux, pour coller à l'ambiance générale du concept de l'album. Les trois pistes suivantes étant généralement plutôt mid/low tempo, alors que la deuxième moitié monte en intensité frontale.

 

« Wǒ de Piāofú Shītǐ 我的漂浮屍體» plonge en effet dans une ambiance tendant vers le black mélodique avec une mélodie de guitare qui guide le morceau avec des figures récurrentes, sans réelle progression, pour un rendu assez aérien qui fera mécaniquement dodeliner de la tête, avec une charge émotionnelle bien perceptible ; «Zài Hēi_àn Zhōng 在黑暗中» plus tranquille, avec un autre riff assez intéressant et haché, mais une batterie pour le coup assez anecdotique au départ, qui s'astreint à de la classique double pédale classique, et un vague refrain ; et enfin « Høst » avec toujours ces mélodies très bien placées, et ces parties calmes qui présagent un retour percutant de tous les instruments, ce qui ne rate pas et sert de point de bascule à l'album pour ouvrir sur la suite.

 

Et « Hēiyàoshí 黑曜石» et « Cháoxī 潮汐» ouvrent directement les hostilités, avec des blasts et des rythmiques à la croisée des chemins entre post-black et death mélo pour le premier pour le coup, tout comme la mélodie (doublée), tandis que le second propose un riffing assez gras qui tranche avec l'ensemble aérien qui précédait, avant de rentrer sur une partie plus typiquement black, pour un morceau plus tendu, agressif et frontal. On sent donc bien la volonté de faire monter la tension et l'intensité sur cette fin d'album.

 

Sur le dernier morceau, on en revient finalement à une intro plutôt contemplative, avec une batterie légèrement en retrait et même un peu de chant clair, avec une montée post-tout ça qui vient s'échouer sur des builds-ups et un solo simple mais efficace dans la transmission d'émotions, qui laissent penser à un retour vers une sorte de lumière au bout du tunnel, pour un aboutissement au concept du disque.

 

Au final, on a ici des structures généralement assez classiques : sauf exceptions, on aura droit à intro tranquillou, une explosion, un duo couplet/refrain (ou pas loin), un break ici et là, une envolée finale et hop, c'est dans la boîte.

Au vu de la durée des morceaux, on pouvait s'attendre à peut-être un poil plus de progression et de ce fait, il n'était au final peut-être pas toujours nécessaire de pousser les choses jusqu'aux sept minutes en moyenne sur les morceaux proposés, certains passages devenant parfois un peu longuets.

 

Ce disque s'adressera donc plutôt à qui penche du côté "post" que du côté "trve" du black metal, avec une sensibilité plus mélancolique que colérique, et rien d'extrêmement original dans le style donc, mais avec tout de même des riffs qui font régulièrement dresser l'oreille et des mélodies et ambiances qui font tout à fait honneur au genre, pour un résultat très respectable dont je recommanderais au moins une écoute attentive à tous ceux et celles qui apprécient le style.

photo de Pingouins
le 18/10/2021

3 COMMENTAIRES

Laang

Laang le 24/10/2021 à 19:21:19

Hi, the band here. I appreciate you taking the time to write about us. Just a quick correction, I'm not sure why this says the vocalist of Numenorean is featured on a track, they were never involved with our music. This album is just the 3 of us in Laang. 

Pingouins

Pingouins le 24/10/2021 à 19:56:08

Oh I'm really sorry, I saw somewhere (I can't remember where though) he had been featuring on a song, but actually I was not able to figure where. I've corrected this mistake, thanks for pointing it out !

Pingouins

Pingouins le 16/11/2021 à 20:48:00

I found it out : I saw it in a post from your facebook account, so I thought it was correct. My bad.

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