Loathe - I Let It In And It Took Everything

Chronique CD album (49:20)

chronique Loathe - I Let It In And It Took Everything

J’ai eu l’occasion de chroniquer récemment la sortie du dernier Polaris ainsi que le premier et dernier Savage Hands et avec ces deux derniers venait le petit troisième dont il est question.

J’avais moyennement apprécié les registres plan-plans qui entâchaient des passages plus pêchus et plus énergiques, c’est souvent le malheur dans ces groupes de mainstream-core (je tente une étiquette).



Et si, là où les deux précédents taquinaient un peu trop dans le convenu consensuel mou du zizou et m’ont fait tendre, mais asymptotiquement, vers un “mais qu’est ce que c’est que cette daube”, Loathe joue une carte plus risquée, plus expérimentale et oriente sa musique dans une géographie de styles plus dépaysante, qui me fait tendre, logarithmiquement vers un “mais qu’est ce que cet ovni?”



Car, Loathe présente deux facettes. Jusque là, rien de foufou sauf que chacune de ces facettes présente elle aussi plusieurs facettes. Ca se complique.



 



La première titille les registres violents. Loathe propose une musique qui peut être proche de Pig Destroyer (“Aggressive Evolution”) ou The Tony Tap Dance Extravaganza (“Broken Vision Rhythm”) en mode bien pondéreux, low fat spécial cholestérol qui s’en branle du danacol, accordé assez bas pour faire remuer du côté des 50 hz. Du bon gros magma musical dans les esgourdes, et bien loin de la consensualité stylistique devenu trop habituelle et sans surprise chez d’autres qui s’essaient à des registres metalcore/prog/djent/deathcore (je tape large quand je balance).

Mais Loathe propose aussi des choses plus indus (“Red Room”), plus hardcore (“Gored” digne de Botch) et en profite à l’occasion pour jouer avec les codes et décontenance l’auditeur à grand renfort de guitares noyées dans des vertigineux délais qui nous propulsent dans des registres plus acousmatiques qu’acoustiques (titre éponyme)



En véritables peintres qui puisent dans toutes les couleurs disponibles de la palette infinie de la Musique, Loathe propose des choses plus softs, plus aériennes, plus ambiantes qui nous rappellent Deftones (en moins fatigué donc moins fatiguant), a le bon goût de ne jamais tomber dans le mauvais et réussit à jouer de sensibilité sans sensiblerie.



Et quand tu pensais avoir fait le tour de la question, Loathe te propose d’autres ellipses : certaines easy-listening, d’autres plus shoegaze (“Screaming” et ses choeurs aux harmonies très agréables), et même des pistes ambiantes à base de grosses nappes comme “Is It Really You” et son intro qui ressemble à du Eric Serra.



Là où on aurait pu penser que ce mesclun serait indigeste, il se révèle plein de goûts et toujours surprenant. Sûrement grâce à une absence totale de règles d’arrangements, de recettes appliquées scrupuleusement, les morceaux pouvant aussi bien présenter une unité stylistique que jongler avec les registres. Même si cela est parfois brutal, très surprenant, c’est rarement maladroit et on se surprend à apprécier d’être réorienté si souvent.



 



Le son n’est pas en reste question originalité. Assez particulier car coloré d’une légère saturation au fil des pistes, les instruments n’en sont pas moins tout à fait audibles et chacun trouve parfaitement sa place.

Mention spéciale au travail sur les voix car les différentes interprétations sont toujours mixées savamment, avec notamment quelques prises de risques intéressantes notamment au niveau de l’utilisation de la reverb et des effets LoFi.



Enfin, un grand merci pour la basse qui est mise en avant et c’est tant mieux, parce qu’elle sait être claquante, slapante, plein de ces jolis médiums qui me manquent tant et si souvent.



 



I Let It In And It Took Everything est un deuxième album inspiré, difficile à classer, qui ne se satisferait pas d’une seule étiquette car nourri de pléthore de styles antinomiques mais qui s’accordent ici à merveille. Il fourmille d’excellentes idées toutes présentées de façons originales et variées, dans des constructions suivant des règles versatiles que l’on se plaît à tenter de comprendre. Un ouvrage kaléidoscopique qui ne s’essouffle jamais et reste très accessible.





On aime: le mélange des genres, l’absence de recette, le côté mainstream bien géré et donc agréable

On n’aime pas: ...je cherche encore...



 


photo de 8oris
le 03/03/2020

2 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 03/03/2020 à 12:51:04

Décidément, vous écrivez drôlement bien M. 8oris !!!

(par contre 'y aurait pas un poil trop de retours à la ligne dans ce texte ? :) )

8oris

8oris le 04/03/2020 à 09:39:26

On écrit toujours bien quand on écrit sur quelque chose de bien, non?
(Effectivement, il y a eu un soucis dans les retours chariots, je corrige ça vite)

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