Naïve - Illuminatis

Chronique CD album (60:00)

chronique Naïve - Illuminatis

La première fois je regrettais de ne pas être resté plus longtemps dans ce bouchon, les mains sur le volant, les yeux sur l'autoradio.

La deuxième fois je regrettais que le trajet en métro ne dure pas quelques minutes de plus.

La troisième fois je me décidais d'en profiter pleinement. Attentivement.

Parce qu'Illuminatis dure une heure. Parce qu'on ne prend plus jamais une heure de son temps. Et parce que Naïve mérite bien ces quelques 60 minutes d'attention.

 

Les premières écoutes n'étaient donc pas faussées par un quelconque besoin de se réfugier et d'avoir l'esprit ailleurs.

C'est Naïve qui m'attrapait par le col de chemise, qui arrachait les coudières en cuir de ma veste en tweed de bibliothécaire et qui m'extirpait de la pression urbaine.

 

Mais se faire harponner par la musique de Naïve n'est pas une sinécure. Si leurs créations sont à l'image de ce qui se passe dans le cerveau de chacun, ça doit être un sacré bordel.

Tout y est variable : l'ambiance, la géométrie des morceaux, mais sûrement PAS leur réussite.

 

La scène toulousaine nous régale encore une fois d'un de ces groupes qui n'a pas les idées claires, et encore moins fixes.

Qui aime les gros riffs bien directs, secs violentés par des hurlements et des cris venus des tripes ("Illuminatis").

Un groupe qui aime entreprendre des voyages électroniques des sons cosmiques et synthétisés ("Circles"), qui aime nous balader sur fond de piano/batterie et nous bercer avec une voix enjôleuse aux paroles hypnotiques.

 

On peut vite basculer dans un autre monde, comme nous l'avait annoncée la pochette.

Plus puissante, plus forte que la gravité, la richesse créative de Naïve nous entraîne plus vite que la lumière dans des univers totalement différents.

 

Les musiciens savent pourtant prendre leur temps, chaque titre étant une longue épopée à l'échelle de la musique, effleurant couramment (et facilement) les 10 minutes...

Poétique sans tomber dans le pathos ni la facilité, usant de samples sans nous en gaver à chaque occasion, Naïve prend soin de nous balloter sans jamais emprunter les mêmes chemins (y compris orientaux).

Surprenant mais pas déroutant, Illuminatis décharge un trop plein d'émotions à chaque fois qu'une petite main s'active derrière un instrument et nous lâche ça de manière brute. Le temps et les écoutes permettent de décanter, sans jamais arriver à quelque chose de limpide.

Rendre les choses claires gâcheraient cet album brumeux dans lequel on avance, mais dont on ne sort jamais totalement. 

 

Bon courage et bon voyage.

photo de Tookie
le 20/11/2013

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