Nakhara - The Procession

Chronique CD album (37:53)

chronique Nakhara - The Procession

Comme le disait très justement Opus: « Life is Life, NaKhArA Nana… »

 

Eh oui, ainsi va la vie: un groupe arrête ses activités, un autre prend sa place. C’est ce qui s'est passé début 2020, quand…

 

« Non mais attends là: ça ne marche pas du tout ton intro. C’est LIVE is Life le fameux tube. Et le message est d'autant plus obsolète qu’en période de Covid, le live ce n’est plus la vie: c’est mort! »

 

Oui alors vous seriez gentils de ne pas interrompre ce début de chronique par des propos aussi peu pertinents. D’autant que si on va par-là il faut aussi rappeler que c’est « Nana Nanana » dans la version originale. La seule chose qui importe vraiment ici, c’est de rappeler que le début des activités de NaKhArA coïncide précisément avec le raccrochage de gants de Pitbulls in the Nursery, celui-ci ayant été annoncé début janvier 2020. En effet Simon Thevenet – ancien expert en médiator des molosses puériculteurs – était alors encore loin d’avoir épuisé sa muse, les toutous rambolitains n’ayant sorti en tout et pour tout que 2 albums. D’où un nouveau départ, en solo cette fois (quoique des comparses devraient le rejoindre dès lors que constituer une formation live aura un sens), sans plus aucune contrainte, mais sans non plus s'aventurer à des lieues du registre de sa formation précédente – on sent que le monsieur devait être responsable en grande partie de la personnalité de celle-ci.

 

La première émanation de cette nouvelle entité s’intitule The Procession. Et cette déclaration d’intention se révèle être un riche fatras d’éléments aussi abondants que disparates, tel l’un de ces cakes garnis de fruits confits qu’on aurait également truffé de miel, d’éclats de turrón, de chocolat et j’en passe. La pâte, épaisse, généreuse, est faite d’un Death pouvant s’avérer particulièrement velu – le growl est profond, la frontière avec le Brutal Death est parfois fine – mais se caractérisant surtout par un partage égal entre sa dimension technique, quelques expérimentations Prog, des contorsions meshugguiennes ainsi qu'une bonne dose de dissonances morbidangeliennes. Ces fondations font d’ailleurs de The Procession un bon compromis entre la brutalité raffinée de Lunatic et les klonosphéreries à la fois plus mesurées et plus « open » d'Equanimity. Sur cette base consistante viennent se greffer une multitude d’ambiances et d’apports singuliers qui risquent de donner le tournis aux plus conservateurs. Ainsi les termes « riche fatras » (… si si: en début de paragraphe) n’ont pas été choisis par hasard: ils résument assez bien la complexité, mais aussi les quelques imperfections de ce premier album.

 

Si l’on se focalise tout d’abord sur le faste promis par ces 8 titres, ce qui frappe c’est la diversité des expériences vécues à l'écoute de cette musique que Bandcamp range pourtant avant tout dans la catégorie « Death Metal ». Après quelques craquements vinyles initiaux (en cela l'album est semblable à Equanimity), le périple démarre pour 3 morceaux au moins dans des ambiances d'ailleurs – entre Proche-Orient et péninsule indienne – au sein desquelles l'auditeur perçoit sitar, tabla et mélodies alambiquées. Le premier rapprochement qui vient naturellement à l'esprit est donc Nile – mais un Nile aéré, préférant les souks aux catacombes, les discussions dans la médina aux malédictions ancestrales. Mais on réalise rapidement que l'équation NaKhArA abrite bien d'autres variables. Car on distingue très vite des éléments « discordants » dans cette caravane empruntant la route de la soie. Une chorale de bambins à la fin de « Commination ». Un growl trituré électroniquement, à la Whourkr, qui succède à un solo math-thordendalien au début du morceau-titre. Un synthé so 80s précédant des saccades irrésistibles sur lesquelles s'invite un chant robotique à la Cynic (cf. « Until The End »). Une pure séance Cabaret et des ambiances foraines – accordéon et orgue de Barbarie – sur l'incroyable « All These Voices ». Des extraits de film qui n'auraient pas dénoté sur un album mystique de Gronibard (cf. « 7th Sense - Creative Destruction »). Puis, plus loin sur le même morceau, un véritable déchaînement de castagnettes et de guitare andalouse.

 

… Tout cela est passionnant. On en a les sens tout émoustillés!

 

Pourtant il reste cette impression vague de « fatras ». Pas tant parce que ces divers éléments ne se marieraient pas bien entre eux, ou parce qu'on aurait une vision réac' du Metal. Non, c'est juste qu'en dehors des saccades mortellement groovy du début de « Until The End », l'ensemble manque un peu de cette accroche et de ces gros tubes qui rendent un album véritablement indispensable. D'autant que si certains morceaux développent de bonnes idées, ils nous perdent parfois en chemin, comme « Until The End » et « Grey Skey » qui se délitent et s'émoussent sur leur fin, ou « Submerged » qui offre en beau foisonnement technico-brutal sur sa première partie, puis qui décide de finir les espadrilles aux pieds à chasser les papillons et les arcs-en-ciel au pays des licornes enfumées. Par ailleurs, si l'exotisme ambiant permet de faire passer cette prod' granuleuse, qui donne parfois l'impression de percevoir les morceaux à travers les épaisses bourrasques d'une tempête du désert, on regrette un peu que certaines parties de guitare soient ensevelies dans la masse. Une belle prod' bien rutilante aurait donné plus efficacement l'impression que NaKhArA joue dans la même cour que les Septicflesh et autres Alkaloid. Alors qu'en l'état on a un peu l'impression que le brocanteur qui nous a vendu l'album a oublié d'y mettre un coup de chiffon après l'avoir extrait du grenier. Dernier regret: après le geyser d'idées originales occupant les deux premiers tiers de l'album, les derniers titres semblent moins aventureux, plus classiquement torturés et dissonants – à ce propos, en dehors de sa surprenante et courte intro, « No Justice No Peace » semble un lointain clin d’œil au « No Jesus No Beast » d'Immolation... Mais peut-être n'est-ce que dans ma tête.

 

Mi-figue, mi-raisin – heureusement on aime ces 2 fruits à parts égales – The Procession est un album extrêmement riche et intéressant, qui nous déçoit un petit peu justement parce qu'on y perçoit un potentiel énorme, mais pas exploité à son maximum. Avec un son légèrement moins brouillon et une muse aux idées plus claires encore, ce premier album aurait très certainement figuré dans mon top de fin d'année. Du coup s'il fallait finir cette chronique comme elle a commencé, sur une chanson n'ayant rien à voir avec la choucroute, les aurevoir pourraient se faire sur un

 

« J'le voyais déjà, en haut de l'affi-cheuuuh,

En dix fois plus gros qu'Opeth ou Goji' son nom s'étalait... »

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La chronique, version courte: les Pitbulls in the Nursery sont morts, vive NaKhArA! Le Death alambiqué mais velu que Simon Thevenet propose au sein de cette nouvelle formation est incroyablement riche et varié. Et si l'on se permet d'exprimer quand même quelques réserves à son encontre, c'est qu'une telle richesse lui promet de grands desseins... à condition toutefois de gommer quelques menues imperfections. Celles-ci ne devraient cependant pas vous dissuader de vous plonger dans cet album foisonnant et passionnant.

photo de Cglaume
le 24/03/2021

2 COMMENTAIRES

Tookie

Tookie le 24/03/2021 à 11:26:55

Pendant un temps j'ai songé à en parler, mais il semblait plus naturel que ce soit toi qui en parle (et puis ma productivité ne me permet pas de doubler les camarades). Mais c'est un excellent projet !
Ma culture dans ce style est plus limitée que la tienne, mais je lui trouve une "respiration" dans ce style death musiques du monde vraiment agréable, on n'est pas dans la surenchère brutale ni dans la nawakerie malgré des égarements d'esprit. La prod' ne m'a pas bouleversé (même si elle est perfectible), au contraire du chant clair que j'ai trouvé vraiment dispensable...
Y'a de l'idée !

cglaume

cglaume le 24/03/2021 à 12:10:22

C'est pour souligner cette "respiration" que je disais que, contrairement à un Nile, Nakhara préfère les souks aux catacombes, les discussions dans la médina aux malédictions ancestrales :)

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