Natural Disorder - Corrosion & Passion

Chronique CD album (46:54)

chronique Natural Disorder - Corrosion & Passion

Dans le milieu, on n'arrête pas de nous le dire : soutenez les scènes locales bordel ! Et pourtant, rarement je ne viens trop chroniquer les groupes de chez moi, à savoir la Basse-Normandie. Après, d'un autre côté, si un chroniqueur vient parler d'un groupe de chez lui et pire, qu'il a côtoyé de près ou de loin au détour d'un comptoir de troquet, un pastis à la main, il y a aussi ce risque qu'on vienne te trouver pour le tacler méchamment. « Non mais c'est quoi cet avis même pas objectif, ça sert à rien ! ». Et effectivement, dans le cas de Natural Disorder, on pourra peut-être parler de conflit d'intérêt. Mais d'un autre côté, mon avis vaut peut-être ce qu'il vaut, et pour le coup peut-être est-il un brin biaisé dès le départ, toujours est-il que malgré la proximité, j'ai payé ce Corrosion & Passion comme tout le monde et le chronique sans que les intéressés ne me l'aient demandé. C'est qu'il n'y a pas écrit dépanneuse sur mon front non plus. En revanche, petit message pour eux quand même, j'accepte les compensations en houblon et petit jaune une fois cette période de quarantaine terminée. Merci d'avance !

 

Juste que Natural Disorder sort avec son premier album sous le bras, bien loin des délires extrêmes et vikings que l'on pourrait facilement se faire de la Normandie, et que j'ai été soufflée du résultat, à la fois mature et solide pour un premier jet. Les gens qui ont aimé Marmozets notamment seraient bien avisés, à défaut de prendre cette bafouille pour argent content, d'aller au-delà du contenu écrit et de s'attarder sur l'audio. Ils y trouveraient ce même genre de voix féminine, un peu haut perchée. Un brin moins corrosive malgré tout, le propos se révélant un peu plus pop dans ce cas précis, sans qu'il n'y ait de consonance péjorative. L'organe vocal s'avère effectivement toujours maîtrisé, alliant intensité, puissance et montées de gamme. Et surtout, toujours bien mis en valeur, avec son lot de lignes vocales catchy et qui rappellent – autant à soi-même qu'aux autres paires d'oreilles de la maisonnée qui baigneraient dans le carnage – un peu trop rapidement à quel niveau de casserole on appartient. C'est donc la foire aux refrains ravageurs (« To Fill A Blank Space » ou encore les deux morceaux titres « Corrosion » et « Passion ») et autres couplets/pre-chorus qui ne manquent pas non plus de mordant (« Krawlium 2.0 », « Run »). Bien évidemment, à ce niveau, on n'en sera pas déboussolé pour deux sous, on pourra même trouver cela prévisible mais on ne va pas cracher sur quelque chose de bien mené que l'on gobe comme bébé et son lait maternel.

 

Malgré tout, Natural Disorder sait également sortir de la sphère pop/rock convenu en ajoutant à son propos quelques élans directement issus du progressif. Histoire d'amener un peu de piquant et de profondeur. Mais du prog' davantage issu de la scène alternative : ça sait tricoter certes (« Karma Trauma ») mais le but ici n'est clairement pas d'exhiber ses doigts de fée, plutôt de nuancer ses morceaux, notamment dans les quelques formats plus longs que les standards (« Krawlium 2.0 » et « Black Lake Degree Zero ») où l'on amène des détails ici et là pour ne pas donner l'impression de se répéter inlassablement sans jamais tomber dans le piège pour autant de s'éloigner de la base. Non, ici, on est plutôt dans l'approche Steven Wilson du prog', à savoir que s'il faut de la technique, il faut qu'elle soit là pour appuyer un morceau et non que ce soit la technique qui fasse le morceau. Le propos avant l'ego donc. Et comme l'on ne se sent pas le nombril du monde, ça se permet de rendre hommage à ses influences. Parce qu'avoir intitulé un morceau « To Fill A Blank Space » n'est certainement pas anodin (Porpcupine Tree pour les incultes donc). Quitte à partir sur des choses surprenantes comme sur « Spelunkers », à mi-chemin entre la modernité rythmique tout en triolets sur les couplets et le feeling 80's bien senti des Blondie, Pat Benatar ou Bonnie Tyler dès lors que les refrains pointent le bout de leur nez (sans couettes, ni permanentes).

 

Bref, tout ça pour en revenir que Corrosion & Passion se laisse gober avec plaisir. Une petite douceur alléchante, un brin sombre dans ses ambiances mais avec assez de légèreté dans son sens de l'accroche immédiate qu'on dégustera ce premier jet de Natural Disorder dans la bonne humeur.

photo de Margoth
le 02/06/2020

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