Ozzy Osbourne - Ordinary Man

Chronique CD album (49:21)

chronique Ozzy Osbourne - Ordinary Man

Sale période pour les scientifiques. En plus de devoir bosser jour et nuit pour élaborer un précieux sésame que l'on appelle vaccin, on oublie ceux qui tentent de trouver le pourquoi du comment du virus qui nous pourrit bien la vie en ce moment. Les hypothèses vont bon train, tant du côté de la science que du côté de monsieur et madame tout-le-monde – c'est fou ce que les réseaux sociaux montrent que plein de gens ont passé leur doctorat. Des choses fantaisistes, on en voit à tout bout de champ même. Et étrangement, personne n'a jamais cité Ozzy Osbourne dans les possibilités. A part pour dire qu'il doit changer de régime alimentaire et stopper la consommation de chauves-souris. C'est bien mignon cette bienveillance d'ailleurs. Et pourtant, ça fait presque deux mois que plein de monde a eu l'occasion d'écouter son nouvel album (et possiblement dernier ?) et personne ne semble s'étonner d'un fait, et non des moindres... Comment un mec, de plus de soixante-dix balais, qui a enchaîné tout un tas de graves soucis de santé au cours des derniers moi, peut chanter de manière si impeccable qu'il peut bien le faire tout du long de ce Ordinary Man ? C'est que les chauves-souris, il a peut-être passé l'âge de les gober aujourd'hui, ça n'empêche que ça pue le pacte avec le Diable.

 

 

- Oh mon cher Madman, quel bon vent t'amène sur mon pallier ? Tu as beau être sur un lit d'hôpital, ton heure n'est pas encore venu...

 

- Salut Lucifer ! Eh bien, ils essaient encore de me sevrer, je n'arrête pas de trembler mais bon, s'il n'y avait que ça... En fait, je suis bien emmerdé, y a un gringalet de producteur qui est venu frapper à ma porte avec un album clé en main. Un truc fait sur mesure, bien fait, qui a tout pour amener du beurre dans les épinards, le tout, sans rien faire.

 

- Ah, c'est cool pour toi ça ! Mais attends... Tu n'avais pas repris Zakk avec toi pour finir ta carrière bien tranquille, pépère ?

 

- Si, bien sûr... Mais bon, tu sais... Il est gentil ce petit Zakk, je l'aime bien mais... Enfin, tu sais comment je suis, trop gentil. Il est venu me demander de retravailler avec lui et lorsque j'ai vu ses yeux implorants de chaton, je n'ai pas pu refuser. Mais bon, tout ce qui est débats et autres disputes dans le processus de création d'un album... J'en peux plus, je suis trop vieux pour ça. A mon âge, je veux seulement profiter et me vautrer dans les derniers excès que je peux me permettre. D'ailleurs, si tu pouvais éviter de gaffer à propos de notre dernière escapade en maison close lorsque tu viendras dîner quand je sortirais de l'hosto. C'est que Sharon n'est plus aussi naïve et patiente en vieillissant...

 

- Whohoho ! Bien entendu, même moi, je n'aime pas trop voir cette vieille sorcière sortir de ses gonds. Quoiqu'il en soit, si tout ne va pas si mal, qu'est-ce qui t'amène alors ?

 

- Eh bien, l'album est là, tout prêt, c'est cool... Mais il faut encore que je colle mon chant dessus. A partir de demain. Et je suis en réanimation là, c'est pas trop la grande forme, t'imagine bien.

 

- Effectivement, ça semble bien compromis. Mais ton producteur, il s'occupe pas de starlettes hip-hop/r'n'b actuelles ? Ce genre qui n'a aucun pré-requis particulier mais qu'à grand renfort d'effets, ça ferait presque croire que ça sait chanter ?

 

- Ouais mais bon, les machines, c'est flippant. En plus, je dois faire des duos avec l'un d'entre eux. Un certain Post Malone. Si tu le voyais en plus, avec tous ces tatouages sur la gueule comme pour faire croire que c'est un bad boy rebelle. Le pire, c'est quand il essaie de se la jouer tombeur à la R-Kelly, blindé d'auto-tune sur « Take What You Want ». Dire que je dois chanter sur cette merde pour tenter de sauver les meubles. Enfin bon, les clauses écrits en petit sur les contrats, c'est toujours un peu fourbe.

 

- Avec tous tes potes, tu pouvais pas faire appel à quelqu'un de mieux haha ?

 

- Si, quand même, il y a Elton. Il m'a dit que ton cul lui manquait d'ailleurs. Au moins, le titre sonne mieux. Un peu piano pop soupe mais ça se laisse écouter sans broncher, c'est plutôt bien fait, même si c'est bateau. Enfin, c'est l'album qui veut ça de toute manière : tout est bien calibré, on se raccroche sur des éléments qui font toujours mouche, ça s'emballe un peu parfois dans le gras pour faire plus fédérateur mais sans jamais trop abuser. C'est qu'on n'a plus vingt ans. Du coup, tu penses que tu peux me filer un petit coup de pouce pour que mes cordes vocales me claquent pas dans les pattes en plein milieu de l'enregistrement ?

 

- Si, bien sûr. Mais t'imagine bien que ce n'est pas gratuit hein...

 

- Pffff, après toutes ces années, on pourrait passer outre, c'est peut-être la dernière fois que je te demande quelque chose en plus.

 

- Ici, on ne donne pas dans les cartes de fidélité, on n'est pas chez l'Abbé Pierre, désolé. Business is business et tu en as largement profité durant toutes ces années, canaille.

 

- C'est vrai... Ce sera quoi les conditions cette fois ?

 

- Tu vois ces seringues ? C'est un virus bien sournois qui risque de bien emmerder l'Humanité. Injecte-en à l'élevage de chauves-souris que tu gardes dans ta cave et envoie-les dans un marché en Chine. Ces cons d'humains sont bien assez cons pour les bouffer et faire le reste pour propager ça dans le monde entier ghyahahaha !

 

- Non mes chauves-souris adorééééééées ! Non mais attends, tu n'abuserais pas un peu. Je te demande deux jours de jouvence le temps d'enregistrer un album, c'est pas un peu démesuré comme condition ?

 

- Certainement mais je m'emmerde là, j'ai besoin de divertissement. Et vu le nombre de services que je t'ai rendu sur toute ta vie, c'est normal que tu payes de plus en plus cher. C'était la base du deal, je te rappelle : plus tu fais appel à moi, plus fortes sont les conditions. Les ouragans et les feux de forêt, ça va bien cinq minutes, faut bien passer à autre chose !

 

- Bon ok, ok, je vais voir ce que je peux faire...

 

Et c'est ainsi qu'un nouveau virus, connu sous le nom de Covid19, commença à se déclarer dans la région de Wuhan, en Chine. Pour progressivement s'installer aux quatre coins du monde. En parallèle, Ozzy Osbourne est heureux. Son nouvel album n'est pas trop mal accueilli. Il faut dire qu'il y chante bien mieux que lors de certaines prestations live en roue libre. Mieux encore, il a su profiter de la crise du PQ pour faire parler de lui pendant des jours dans le doux monde de l'Amérique. MTV songe même à faire un reboot inespéré de The Osbournes, c'est dire si les choses ne vont pas trop mal. #NousSachons

 

 

La vraie chronique, en bref : Je me moque, je me moque mais au final, Ordinary Man n'est pas un album foncièrement mauvais. Si l'on excepte ce fameux « Take What You Want » avec Post Malone, clairement imbuvable. Mais du reste, ça se laisse écouter agréablement. Mais sans que ça n'aille plus loin pour autant. Ordinary Man, c'est clairement l'album fait par un producteur, calibré au possible avec toutes les bonnes mécaniques de business grand public. Qui par chance, ne va pas non plus trop loin et reste dans une veine old-school et non Nakamuresque. Mais ça s'arrête là et juste là : Ordinary Man n'ira pas marquer les esprits. Il n'y a rien d'autre que du clé en main, sans âme, ni spontanéité ou aplomb. Caprice de fan de la part de Andrew Watt, le producteur (qu'on avait vu s'illustrer sur l'excellent projet éphémère de Glenn Hugues et Jason Bonham, California Breed, de manière autrement plus flatteuse) avec qui tout a commencé ou simple manœuvre mercantile pour faire rentrer un peu d'oseille dans la grosse major en perdition afin de garantir un emploi durable ? Difficile à dire et cela n'a peut-être plus trop d'importance actuellement. La seule certitude, c'est que Ordinary Man est peut-être de l'entertainement sonore pas dégueulasse mais ne rentrera clairement pas dans la légende. Petite pensée toutefois pour ce cher Zakk Wylde, enfermé chez lui, en dépression totale d'imaginer jouer ces morceaux dès lors que le déconfinement et un meilleur état de santé du Madman permettra une nouvelle tournée. Ah, le viager, ça a l'air cool comme ça mais finalement, pas tant que ça.

photo de Margoth
le 06/05/2020

1 COMMENTAIRE

Freaks

Freaks le 07/05/2020 à 01:03:47

Ta patience et ta moquerie t'honore Margoth...
Le Ozzy de l'âge d'or me manque à moi aussi ;)

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