Pain Of Salvation - Panther

Chronique CD album (53:31)

chronique Pain Of Salvation - Panther

Suivre Pain Of Salvation n'est pas un long fleuve tranquille. Les Suédois ne sont pas du genre à stagner bêtement et nous resservir à chaque album la même sauce. Son charismatique frontman, Daniel Gildenlöw et maître à penser en terme de composition est ce que l'on appelle un artiste entier : il nous livre sa vision du moment et il n'en a clairement que faire des avis des uns et des autres quant à l'intégrité de ce qu'il peut bien accoucher. Est-ce que ça mérite le sceau Pain Of Salvation ? Est-ce ça mérite son étiquette de prog' metal ? Bref, OSEF comme disent les jeunots. Finalement, Gildenlöw et par continuité son groupe, c'est un peu la panthère au milieu des gentils toutous. Depuis ses débuts, Pain Of Salvation s'est toujours placé dans une case à part et bien à lui au sein de la scène progressive. Il a donc toujours été marginal, voire carrément un pariah selon les parti-pris qu'il a bien pu prendre au cours de ses cycles. Au cours de la doublogie Road Salt notamment, qui jouait la carte rock 70's à fond, plus d'un progueux s'est retrouvé laissé sur le carreau, dépité d'un tel sabordage.

 

Des thématiques de marginalité vs normalité, c'est justement de quoi il est question au sein de son dernier-né, Panther. Et avant même qu'il ne sorte, il suffisait de prêter une oreille aux deux titres dévoilés en amont, « Accelerator » et « Restless Boy » pour savoir qu'on allait s'engager dans un sacré bourbier. Le genre de disque exigeant qui demandera moult écoutes pour se laisser apprivoiser. A moins que ce ne soit lui qui nous apprivoise, au choix. Et c'est sans surprise ce qu'il est : il s'agit là du disque le plus exigeant et expérimental que Pain Of Salvation nous ait sorti depuis un bon moment.

 

Malgré tout, ne vous laissez pas trop envahir par les sentiments farouches qu'inspirent la découverte des deux aperçus jetés en éclaireur car il s'agit là des deux titres les plus jusqu'au-boutistes du parti-pris choisi par Gildenlöw, régnant encore une fois en grand solitaire en terme de composition. Comprenez que Panther ne change pas radicalement l'identité Pain Of Salvation, on y retrouve même une très grosse part de son ADN, mais il y intègre tout un tas d'éléments nouveaux, à savoir des rythmiques alambiquées à l'extrême – un sacré défi d'ailleurs de les avoir interprétées et enregistrées de manière organique au lieu d'avoir recours à une boîte à rythmes – et autres recours à des éléments synthétiques sur un fond purement organique, et qui paraissent sur le papier assez improbables. Et dans le cas de « Restless Boy » et « Accelerator », tout cela s'entrechoque avec une certaine dissonance syncopée, ce qui ne manque pas de choquer les cages à miel les plus fragiles. Et à titre personnel, mes tympans ont toujours du mal à digérer cette pédale de grosse caisse beaucoup trop compressée d'un côté et envahissante dans le mix globale sur ces deux titres (en plus d'avoir la nappe un brin synthwave/trip-hop qui en rajoute une couche sur « Restless Boy »). Même si on imagine que le Lars Ulrich de Saint Anger doit être admiratif de cette audace, il y a de mon côté un truc qui coince toujours. Quand bien même je comprends parfaitement l'intention derrière, à savoir traficoter de l'organique pour obtenir un résultat synthétique. Ou comment obtenir un résultat moderne en jouant la carte de la singularité dans les moyens de le faire. Et surtout d'abattre la carte de l'exagération afin de bien faire comprendre par quel genre de territoire Panther veut bien nous amener.

 

Passé ces deux cas particuliers, il faut reconnaître que même si cela ne joue pas non plus la carte de la simplicité, le reste de l'album se veut quand même beaucoup moins subversif dans son équilibrage. Et que l'on comprend d'ailleurs beaucoup mieux le concept déployé sur cet album et, surtout, comment il est traduit en musique par-delà des textes. Les côtés plus novateurs et modernes – cette fameuse marginalité – sont là, omniprésents mais côtoient des éléments que l'on connaît déjà – ce que l'on pourrait appeler finalement la normalité. Pain Of Salvation, à l'image de Passing Light Of Day, ne tire pas un trait sur son passé, bien au contraire, il continue même de se montrer synthétique dans sa base identitaire. On retrouve ainsi toujours cette belle maîtrise des contrastes à la Scarsick, des sonorités 70's et bluesy aux grains délicieusement vintage héritées de la doublogie Road Salt, des fulgurances lyriques instituées dans BE et bien entendu la prestance vocale sans pareil de Gildenlöw, éternel dompteur en terme de transmission d'émotions... Bref, les repères ne manquent pas, « Icon » en tête, se posant en fin d'hostilités comme une longue pièce typée montagnes russes de contrastes et d'émotions dans la plus pure tradition Pain Of Salvation. Histoire de bien nous filer le nonos aux braves toutous que nous sommes afin que notre métamorphose en félidé se passe sans (trop) d'encombres. Car par-delà de cette base plus « normale » qui se déploie en toile de fond, cela n'empêche pas de se montrer audacieux et sophistiqué dans la volonté d'hybridation.

 

Cette dernière qui s'inscrit toujours dans une volonté de moderniser son registre. Et à bien des moments, il le fait avec aplomb et sait subjuguer, comme à son habitude, son auditoire avec des passages de toute beauté qui toucheront en plein cœur (les refrains de « Unfuture » pour ne citer qu'un exemple parmi d'autres). Mais sans forcément recourir à des éléments toujours moderno-numériques. C'est ainsi que l'on pourra retrouver des éléments plus passéistes et organiques dans l'idée, tel le banjo folklorique de « Fur » ou la guitare classique assez manouche de « Wait ». Sauf qu'on les intègre, sans spécialement en dénaturer les sonorités, dans une atmosphère globale très électro / indus' via lignes de synthés et autre caisse claire bien réverbérée (« Keen To A Fault »). Voire jouer carrément à fond sur la carte de la fusion avec le titre éponyme, entremêlant électro, hip-hop (avec Gildenlöw rappant au micro !) et passages épurés et fragiles en piano/voix. Un moment plus qu'étonnant surtout qu'il rappellera d'ailleurs de manière troublante nos compatriotes d'Ina-Ich.

 

Un titre éponyme qui synthétise finalement bien le message de Panther : la marginalité n'est pas forcément anormale comme la société se complaît à nous le faire croire. On peut très bien obéir aux normes afin de mieux les repousser. C'est finalement ce que fait Pain Of Salvation sur cet album : il se donne des airs hors-normes, se pose comme un loup dans la bergerie, mais en n'oubliant pas forcément qui il est et qu'il se doit finalement de cohabiter avec tous ces doux agneaux. Il ne tient qu'à nous de ne plus nous montrer aussi doux et avides de stigmatisation. Ouvrons-nous et soyons tous un peu panthère. Surtout que celle présentée sur l'artwork est quand même fort classe !

photo de Margoth
le 16/11/2020

1 COMMENTAIRE

Alias

Alias le 16/11/2020 à 13:00:30

Pas mieux. Peut-être avec une note un peu plus haute, pour ma part.

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