Oceans Of Slumber - Oceans Of Slumber

Chronique CD album (1:11:38)

chronique Oceans Of Slumber - Oceans Of Slumber

C'est que mine de rien, Oceans Of Slumber gagne progressivement en importance. De la même manière que sa narratrice, Cammie Gilbert, fait connaître sa voix au sein de la scène et ne cesse de mettre ses pairs dans l'admiration. Un certain Arjen Lucassen, notamment, n'a pas hésité une seconde en lui quémandant une petite participation au sein du nouvel album d'Ayreon, c'est dire. On le comprend : quelle voix ! Tout en sensibilité, subtilité et chaleur soul de bel effet. Une voix singulière au sein de la scène metal qui fait fort plaisir à se délecter.

 

Outre les beaux arguments vocaux, le groupe dont elle fait partie n'est également pas à mettre en reste dans l'équation. Et si d'équivalent de comparaison devrions-nous lui chercher, peut-être que mettre le The Gathering dans sa première période avec Anneke Van Giersbergen sur le tapis ne serait pas forcément si saugrenu. Pas foncièrement pour le registre musical mais plutôt pour la symbolique. Que ce soit par la voix ou la musique, on peut trouver comme du point commun dans la façon de transmettre des émotions. Autant dire, se plonger dans un album d'Oceans Of Slumber demande une certaine attention afin de se retrouver pleinement touché par cette avalanche de contrastes entre douceur et agressivité et autres subtilités élégantes dans les ambiances et atmosphères. C'était le cas pour The Banished Heart, c'est également le cas pour la nouvelle offrande éponyme.

 

De l'attention, il en faudra même d'autant plus pour ce Oceans Of Slumber à vrai dire. Car, du haut de ses 1h10 de durée, le combo nous balance tout de même un sacré pavé dans la face. C'est d'ailleurs LE défaut qui rabaisse le verdict d'un cran : une vingtaine de minutes de moins, l'impact global en aurait gagné et l'album se serait certainement hissé comme le plus abouti et marquant de sa discographie. A défaut, il s'agit là encore d'un très bon album, qui tire en longueur certes, mais non dénués de beaux moments de grâce qui filent des frissons bien sentis derrière l'échine.

 

Les mauvaises langues pourront taxer le combo d'opportunistes vis-à-vis des textes de Dame Gilbert, portés autour du racisme, alors que l'album sort en plein ouragan médiatique et émoi (finalement éphémère, comme tout le reste) autour de la mort de Georges Floyd. Malgré tout, on rappellera avec plus de mesure que tout ça n'a pas été écrit en deux jours et date bien avant ledit événement. De la même manière que la problématique du racisme aux États-Unis n'est pas bien nouvelle en soi, en démontrent moult films et séries américaines qui nous dépeignent depuis des décennies ce genre de situation. Et que venant d'une femme noire américaine, officiant de plus dans un style musical très majoritairement blanc (et masculin), ça paraît tout de suite beaucoup plus crédible et à propos.

 

Une thématique globale engagée qui explique pourquoi cet opus éponyme paraît autrement plus colérique que The Banished Heart qui s'inscrivait bien plus dans la tristesse/mélancolie. Les moments écrasants purement doomesques sont en effet autrement plus présents et certains parti-pris de les interposer au milieu de moments plus calmes, doucereux où l'émotion est à vif (tantôt pop, soul ou jazzy dans le feeling selon les lignes de chant employées) sans toujours s'embêter avec des transitions pourront sans doute décontenancer en premier lieu. Une fois la surprise de voir débouler ces gros riffs et grunts dans les hostilités alors que l'on enfilait délicatement les gants de velours l'instant d'avant (ou après selon les cas de figure), il faut admettre que le contraste peut s'avérer aussi intéressant que saisissant, pouvant faire penser à la modernité Jinjerienne (« The Adorned Fathomless Creation », « I Mourn These Yellow Leaves » et sa belle dualité entre les chœurs et interventions de Cammie et blast beats qui tachent). On sent également à moult moments, notamment lors des titres plus « calibrés », que la maîtrise des intensités typiquement progressives a encore gagné des points avec cet album (« The Soundtrack To My Last Day » où la dualité mélodique/agressive est autrement plus classique dans sa forme, « Pray For Fire », « A Return To The Earth Below »). Mais là où l'on sent clairement qu'Oceans Of Slumber a un gros coup à jouer dans la suite de son développement identitaire, c'est sans nul doute dans sa facette plus cinématique quasi-symphonique, que ce soit instrumental (« Imperfect Divinity » ou l'épuré « September (Momentaria) ») ou non (les délicats et sensibles « To The Sea (A Tolling For The Bells) » et « The Red Flower » dont ce dernier rappellerait presque les délires jazzy du dernier Avatarium). On notera d'ailleurs en clôture des hostilités une reprise de « Wolf Moon » de Type O Negative des plus convaincantes tant on sent une subtile réappropriation pour y injecter l'identité Oceans Of Slumber pour un résultat malgré tout fidèle à l'esprit original.

 

Titrer son album comme son patronyme, c'est soit par manque d'inspiration pour un premier album en mode « voilà qui on est, c'est notre carte de visite », soit lorsque l'on considère que l'on a atteint un certain cap de maturité dans son développement. Dans ce cas précis, l'album se serait montré plus concis, on lui aurait sans doute cédé plus facilement cet état de fait. Mais n'allons pas cracher dans la soupe pour autant : cet album démontre autant que son prédécesseur qu'Oceans Of Slumber est un groupe à la personnalité déjà affirmée, surtout depuis l'intégration de Cammie Gilbert au micro, qu'il faut tenir à l'œil. Car il y a fort à parier que s'il atteint ce fameux cap de maturité, il y aura clairement de quoi se rouler par terre. En attendant, on nous pose là une pierre de plus à l'édifice.

photo de Margoth
le 24/11/2020

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