Piri Reis - Ritma

Chronique CD album (22:45)

chronique Piri Reis - Ritma

Encore Eux !? Les Emo-kids originaires d’Asie du Sud-Est semblent ces derniers temps en avoir gros sur le cœur. Je ne sais pas trop ce qu’il se joue là-bas politiquement, socialement mais ça semble très pénible à vivre pour ces protagonistes. Comme partout, j’imagine que c’est la même histoire crasse avec son lot perpétuel d’oppressions, de répressions traumatisantes, de souffrance psychique, d’exploitation généralisées et tant d’autres éléments propagateurs de joie de vivre. Mais bref ! Les sorties de Naedr et de Piri Reis, comme à l’accoutumé sur Zegema Beach Records, replacent cette région du monde dans le giron de nos petits radars Punk-hardcore. Radars captant les ondes perçantes et ultra-sensibles de l’emo-violence.

 

Vu les antécédents du groupe, et dont les illustres velléités Emo-violentes ont été jusqu’alors plaquées sur quelques sympathiques Eps, la sortie de leur premier album Ritma ne pouvait que me procurer une joie intense ; joie qui s’avèrera être de courte durée tant la mélancolie fiévreuse et le désarroi abyssal habitent la musique des Malaysiens. A vrai dire je m’y attendais déjà car Piri Reis joue depuis ses débuts dans un registre Orchidien, avec ce supplément de drama plombé, largement permis par l’esprit screamo que défend le groupe. Tu prends ton Thug Bag de circonstance signature Emoviolence Help, tu y mets les légendaires albums de Ampere, Orchid, La quiete, Louise Cyphre, tu mélanges avec ardeur, en t’assurant qu’aucun ne cherche à se faire la malle, c’est que ces gesticulants ces petites choses-là. Une fois que tu as bien pris soin de mixer tout ça, tu déverses le sac et de là tu obtiens de l’emo-violence en tout beau ! tout cru ! tout actualisé ! tout Piri Reissé !

 

Une chanteuse habitée qui hurle au supplice comme d’habitude. Une interprétation riche et nuancée nous épargnant l’ennui et les limites de chants hardcore qui parfois sur la durée d’un album peuvent ronfler un peu.  Les entrailles sont violemment sollicitées, la gorge toujours aussi maltraitée. L’intensité du chant, son agressivité et sa sensibilité extrême vous feront fondre d’émotions. Des émotions azimutées qui sèment la pagaille aussi bien dans la mêlée chaotique de riffs Orchidiens que dans nos esprits bouleversés par tant d’énergies mises au service de la violence.

 

Deux guitares encore une fois qui communiquent et jouent de concerts de leurs superbes crunchy un riffing imparable dans le désordre, la véhémence et l’émotivité ambiante. Les riffs sont tranchants quand la syncope est mobilisée et que l’intention est à l’agressivité, bouleversants quand les incursions screamo battent le trop plein mental. Les différentes charges chaotiques trouvent aussi de quoi exprimer la véhémence du groupe et les coups de folies de la chanteuse. Les contres points mélodiques des gratteux sont toujours à tomber par terre, un entrecroisement d’accords qui nous emporte vers des états limites et des climax émotionnels poignants. Les breaks ne sont pas prétentieux mais toujours opérants. Ce groupe joue de manière bien plus épurée et bien moins tekeunique qu’un groupe comme Cassus, et pourtant il reste tout aussi galvanisant. La voix de la chanteuse, leur sens de la dramaturgie musicale et les envolées mélodiques compensent amplement cette humilité des skills.

 

Le skeud se termine sur l’ outro « Untuk Kimi » qui de son son chaleureux, à la limite du réconfortant met fin à l’expérience hardcore et ultra-violente que nous venons d’éprouver. La mélancolie incendiaire est ravalée, un air nostalgique prend le relai et nous ramène vers un état d’apaisement relatif. La crise rageuse est passée, le mal être diffus s’est réinstallé gentiment mais surement.

 

Ritma c’est un dégoupillage hardcore magnifique, un éclat musical brut et authentique dans sa forme, poignant et romantique dans le fond.

photo de Freaks
le 01/08/2022

3 COMMENTAIRES

Pingouins

Pingouins le 01/08/2022 à 09:27:01

Un excellent album pour commencer le mois d'août ! Ça ne réinvente pas le style mais ça reste suffisamment frais et direct pour être enthousiasmant.
Encore une très bonne sortie en provenance du sud-est asiatique !

Crom-Cruach

Crom-Cruach le 01/08/2022 à 11:20:04

Très bonne kro même si le genre m'en bouge toujours une, sans...

Dams

Dams le 04/08/2022 à 08:34:46

Musicalement bien, mais la voix ne passe pas pour moi...

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