Saison De Rouille - Calduta dei Gravi

Chronique CD album (44:13)

chronique Saison De Rouille - Calduta dei Gravi

La saison de rouille pourrait prendre place probablement à la fin septembre entre les feuilles jaunies qui jonchent le sol et le ciel mouillé qui nous sert de couverture à cette époque. Une saison à mi-nuit sans midi, les éclaircies faisant des apparitions – éclairs- à ce moment là. Il fait sombre, humide, et malgré tous les efforts d'imagination, on n'y trouve plus d'accueil bienfaisant.

 

En musique Saison de Rouille est la manifestation d'un duo qui s'entoure pour délivrer un premier album radical, expérimental, intransigeant, fort de ses prétentions et assuré. L'instrumentation restreinte sert une voix qui, rapidement, montre les mêmes qualités que l'album à moins que cela ne soit l'inverse. Pour mieux comprendre l'effort, il nous faut passer par la case biographie du groupe. Le duo se compose de Sébastyén de Opium Dream Estate, un projet noir louvoyant quelque part entre Current 93, Sol Invictus et Coil ; la galaxie David Tibet en somme (allez! à vos gougeuls!) ; qui compose la musique et de Karl S de feu-Danishmendt au chant. Le projet est né en été 2011, bien avant la saison de rouille. Les rythmes mécaniques de la machine s'associent de bonne grâce à une basse étouffante, parfois un violon habité, une guitare rugissante, et quelques claviers. Un album enregistré plus sûrement au casque et dans la pénombre que dans un local de répète lumineux d'une blancheur clinique. En cela, Caduta dei Gravi rempli le cahiers des charges propre au musiques sombres qui demandent de la disponibilité. Le pendant Metal affiché éloigne pourtant des subtilités d'un Coil ou des deux autres précités. Nous sommes dans le dur.

 

Le métal noir par touches, comme dans « Hypercephalee » ou industriel « Sur la chaire des gueules noires », qui pourrait être le grand titre de cet album. Et puis, il y'a cette voix... forte, résolue, déterminée, qui emballe le tout. On adhère ou pas au chant en français, la mise en avant de celui-ci, à tout prix provoque ! Là aussi, on adhère ou non à ce choix de production. Si elle porte, à elle seule, la direction artistique de l'album, elle peut s 'avérer, pour certains, envahissante. Autant de radicalisme ne laisse personne indifférent. Ne serait-ce au détriment des compositions pourtant si bien appliquées. Le point fort, l'originalité de la démarche sera pour, d'autres, la porte de sortie de cet album. On sent bien que le groupe ne se perd pas en compromis. Le surprenant et très réussi « Korperfall » pourrait indiquer une voie/ une voix future pour le groupe. C'est bien dans cette veine contemplative et plus apaisée (en apparence) à la Sopor Aeternus que Saison de Rouille prend pleinement toute sa dimension.

 

Le duo, découvert sur l'excellente compilation Nouvelle Ecole des Modules Etranges, s'entoure pour ce premier opus de Flo feu-Danishmendt, Ben Xnoybis, Christian Valborg et PH pour les arrangements. Saison de Rouille est une réaction aux agaceries propres à une formation rock classique, c'est ce que semble indiquer d'emblée la cohésion bicéphale. À la liste d'invités, on retrouve Marietta de Crimson Muddle pour le titre « Co(r)ps » sur la version cd de l'album.

 

Ce premier album assumé (?) en appelle d'autres, que l'on espère aussi dense que moins autiste. Maintenant, nous sommes sûrs que l'homme est un animal qui a trahi...

photo de Eric D-Toorop
le 23/03/2013

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