Sâver - They Came With Sunlight

Chronique CD album (51:46)

chronique Sâver - They Came With Sunlight

Sâver vient du pays du saumon et des fjords, a signé ce tout premier album en 2019, et par-là même, est entré de manière fracassante dans le joyeux monde du sludge tendance post metal, mâtiné de doom. Avec brio.

Leur musique répond ainsi à la règle des 3 L du genre : lent, long et lourd. Exemple type, le titre « How they envisioned life », qui respecte cette règle, après « Influx », un interlude de… 6 minutes. Eh oui, même les interludes durent longtemps ici. En tout, l’album avoisine l’heure, pour seulement 6 titres. Faut-il encore des éléments de démonstration pour prouver que chez Sâver, on prend son temps ? Pour le plus grand plaisir de l’auditeur attentif, prêt à lâcher prise et à se laisser engloutir ?


Ce qui frappe d’emblée sur ce premier album plus que réussi, c’est la production impeccable. Quand on parle de sludge, on pense souvent à un son bien gras, sale comme la fange d’où ce genre tire son nom et son inspiration. Or, comme précisé plus haut, Sâver pioche aussi dans le post-metal, plus aérien. Résultat, sa musique s’avère des plus propre, lavée par les pluies battantes, mais elle conserve sa sauvagerie tellurique propre au sludge, ce grâce à des guitares rampantes et une voix nourrie aux moisissures des parois d’une grotte. Témoin, le titre « Dissolve to ashes », avec son intro spatiale, servie par des claviers d’une autre planète et une ligne de chant lancinante. Une fois la chanson partie, une fois sa vitesse de croisière atteinte, naviguant au rythme d’un groove à faire se dandiner des éléphants neurasthéniques, sans s’encombrer de ruptures m’as-tu-vu, elle ne vous explose pas à la figure, mais n’en déverse pas moins une bonne coulée de lave au creux de vos oreilles. On est davantage dans le domaine de l’éruption inéluctable que dans celui des déflagrations soudaines. La basse ronronnante pose une assise sexy sur laquelle les guitares lâchent leurs vagues successives de riffs pachydermiques. D’ailleurs, si vous en êtes arrivé jusqu’à ce titre (l’avant-dernier de l’album), dans votre écoute, c’est que vous avez succombé au charme de Sâver dès l’ouverture, « Distant path », qui fonctionne sur le même modèle : une intro sidérale, relativement courte, une entrée en matière directe, qui martèle, impose son rythme lourd et lent, et des vociférations traînantes. C’est alors parti pour 11 minutes de descente en luge le long des flancs d’un volcan en colère. Les 2 dernières minutes de cette chanson nous entraînent dans le sludge pur jus, comme Neurosis sait nous en servir. Ralentissement du tempo, plaintes cauchemardesques, lamentations de guitares. Une idée du chaos. D’ailleurs, les premières notes de « I, vanish » qui s’enchaînent directement avec le titre d’ouverture, nous gardent dans une ambiance très neurosienne, proche de la transe. Avant de s’en éloigner en cours de route.


Si on navigue en territoire connu et balisé avec Sâver, on se doit d’admettre que les Norvégiens délivrent néanmoins un album maîtrisé de bout en bout, parfaitement équilibré, qui assume ses influences pour mieux se les approprier et proposer une ébauche plus que précise et aboutie de son propre univers. Assurément un groupe à suivre de près. Bref, Sâver délivre de bonnes saveurs ! C’est sur cette chute dispensable et douteuse que je vous laisse creuser votre trou pour mieux vous faire submerger par les torrents de terre brûlante déversée par ce petit bijou.

 

photo de Moland Fengkov
le 10/12/2020

1 COMMENTAIRE

Vincent Bouvier

Vincent Bouvier le 17/12/2020 à 21:42:46


C'est, ma foi, une bien belle découverte. Tu as une idée de la signature de l'artwork?

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