Squidhead - Cult[ist]

Chronique CD album (40:44)

chronique Squidhead - Cult[ist]

Le mythe de Cthulhu et son univers est une base d’inspiration que l’on retrouve dans bien des disciplines artistiques : peinture, cinéma, jeux vidéos, l’indescriptible monstre et son univers sombre se déclinent à toutes les sauces.

Le monde de la musique n’est évidemment pas en reste, il suffit de consulter la page dédiée et sûrement incomplète sur wikipedia pour s’en convaincre.

Squidhead, projet solo né en 2013 qui s'est récemment mué en un hydre à trois têtes, ajoute sa pierre à un édifice déjà bien chargé et propose dans son dernier album Cult[ist], un death metal moderne, légèrement industriel, basé sur les écrits de ce bon vieux torturé d’Howard Philipps.

 

Au menu : de la guitare 8 cordes accordée 6 lieues sous terre, de la basse lourde et caverneuse, un chant guttural, une batterie programmée et une petite couche de nappes synthétiques technoïdes, le tout artistiquement articulé autour d'un univers inspiré d'un auteur de nouvelles horrifiques. Jusque-là, on pourrait se dire "rien de nouveau à l'ouest de géhenne" sauf que…sauf que ça le fait plutôt pas mal du tout.

 

Pour commencer, visuellement, le groupe est totalement raccord avec l’univers dont il veut vous imprégner autant qu'il s'en imprègne. Habillés de leur bure noire, ces prophètes des Grands Anciens au visage dissimulé par de tentaculaires masques, assoient vestimentairement le propos sans ridicule aucun, les rapprochant plus d’un Pénitence Onirique que d’un Gwar.

De même, la pochette de l’album fait son job et scelle la thématique malgré un côté graffiti un peu trop fluo peut-être.

 

Laissons de côté ces considérations superficielles pour parler de la musique proposée par Squidhead. L’étiquette death Metal industriel annoncée n’est pas volée, ni violée et on retrouve tous les codes stylistiques du genre : des morceaux élaborés, puissants, sans temps mort ni excursions dans d’autres styles plus policés. Mais un death metal moderne, option djent, dont le concentré de lourdeur est distillée via des riffs assez bad-ass ("Abysssal Worshippers", "Mantra Of Insanity" et "Lucid Nightmares" et leur intro qui vous décollent les chicots en mode détartrage sous gingival), des grooves élaborés mais efficaces ("Torn Skies", intro d’"Awakening", outro de "Whispers Of The Deep").

Une fois n’est pas coutume, le potentiel des 8 cordes est pleinement utilisé et les solos,  inspirés, déboulent joliment sur le manche. Fait assez rare pour le style, l'utilisation de la whammy, un effet pas toujours évident à intégrer mais qui fonctionne plutôt bien ici.

Le jeu guitaristique est plutôt tight (même s’il y a certains solos qui accrochent très très légèrement parfois), le son des guitares est bien velu, objectivement propre mais le tout manque un poil d’originalité. De manière factuelle plus que péjorative, les guitares sonnent comme dans beaucoup beaucoup d’albums de la même trempe. Une trempe qui a fait ses preuves, indéniablement puissante mais un peu trop vu et revu en 2019. En outre, étant donné l’univers du groupe, on aurait aimé quelque chose de plus sombre, plus organique, plus dense, plus malsain.

D’aucuns verraient à redire quant à la batterie, pour ma part, je trouve que la programmation est suffisamment humanisée et crédible pour se faire oublier.

Le chant est puissant, bien en place, guttural, growlé mais parfaitement intelligible. Certains trouveront qu’il est parfois un peu linéaire et manque peut-être parfois de variation dans l’interprétation mais le grain de voix, très appréciable, fait oublier ce que la maturité corrigera assurément à force de travail.

Les synthés sont discrets, très au fond du mix, ils apportent une coloration, ni plus ni moins. On regrette un peu qu’il n’y ait pas de passages plus ambiants comme le pont de "Lucid Nightmares", qui auraient installé des ambiances pendant ou entre les morceaux, d’autant que le groupe est clairement en capacité d’écrire de tels passages et que leur univers s'y prête parfaitement.

 

Cult[ist] est un très bon album, qui passe bien, sans temps mort, qui ravira les fans de death moderne aux méchants accents djenty. Pour un premier LP (le groupe a sorti en EP en 2014), on ne peut qu'être confiant pour la suite d'autant que l'univers de Cthulu ne manque pas de quoi inspirer et que Squidhead ne manque pas d'inspiration.. Espérons qu'ils pousseront plus en avant l'aspect industriel et malsain de leur musique, encore un peu balbutiant pour l'instant.

 

On aime : la complétude artistique parfaite du groupe, du bon gros death/djent moderne, simple et efficace

On n’aime pas : le son qui manque parfois de la noirceur de l’univers dépeint, les synthés un peu trop en retrait

 

 

 

photo de 8oris
le 08/01/2020

2 COMMENTAIRES

cglaume

cglaume le 08/01/2020 à 11:25:19

En termes de mariage des univers Metal / Lovecraft, on n'a jamais fait mieux que ça : https://youtu.be/WPUJG2jTw9s

:D

8oris

8oris le 08/01/2020 à 14:47:34

Ah ouais, mais là, tu joues hors catégorie! :D

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