Talk Show - Effigy

Chronique CD album (31:11)

chronique Talk Show  - Effigy

Dans le domaine de l’hybridation de la musique électronique au post-punk, ces dernières années nous ont laissé entrevoir une certaine tendance incarnée par Ditz, Model/Actriz et Naked Lungs, puisant dans le bassin de la musique industrielle et noise pour alimenter leurs compositions. Contrairement à cette approche, Talk Show se distingue en intégrant dans ce Effigy le génie créatif électronique qui a fait de Bristol la capitale éphémère de l’avant-garde pop il y a vingt années de cela. En croisant le trip hop des Massive Attack, Portishead et Tricky avec le son des Idles, les Londoniens aboutissent à une proposition musicale où ces deux styles se confondent pour former un objet sonore au design unique.

 

Contrairement à ce que la date de sortie de ce premier album peut laisser penser, les ‘zicos de sud-est de Londres traînent leurs instruments depuis 2017 – au le début de la déferlante post-punk britannique –, et sont donc loin d’être des petits nouveaux. Effigy est le fruit d’un travail acharné de sept années – entrecoupées de sorties qui offrent un historique fascinant de l’évolution sonore de la formation –, Talk Show a profité de la collaboration très opportune de Remi Kabaka Jr. (Gorillaz) pour terminer la mue entamée sur l’EP Touch the Ground, déjà supervisé par Joe Goddard et Al Doyle (LCD Soundsystem) – preuve que les musiciens savent s’entourer.

 

Dès le titre d’ouverture, on est happé par cette chaleureuse lumière déchirant les ténèbres, prémisse d’une virée épileptique dans l’architecture cauchemardesque d’une cité dévorée par la nuit. « Gold » pose d’entrée l’ossature musicale décrite précédemment : des samples que n’aurait pas reniés Prodigy, une basse qui virevolte entre dub et funk, des guitares tranchantes au timing acéré, des percussions catatoniques et cette voix grave au charme sinistre, dont la relation avec un instrumental tantôt épileptique tantôt fiévreux déploie une fascinante dichotomie. Malgré une durée relativement courte ne dépassant pas plus d’une demi-heure, Effigy dissimule dans ses ruelles obscures une richesse sonore sensationnelle, dont le pouvoir d’attraction nous condamne à arpenter ses artères lugubres et à errer sans but dans ce dédale nocturne.

 

« Oh! You’re! All! Mine! » illustre à la perfection la symbiose des samples trip hop et l’agressivité punk qui nourrissent l’ambiance de film noir dégagée tout au long des neuf titres de Effigy. Cette atmosphère crépusculaire atteint son acmé sur le narcotique « Oil at the Bottom of a Drum », à la ligne de basse tranquillisante et au sample menaçant. L’environnement est sombre, inquiétant, rongé par une solitude empreinte d’angoisse ; il est difficile de ne pas sentir une menace insidieuse frôler du bout de ses doigts glacés nos frêles épaules à l’écoute de « Got Sold ». Ces relents de névrose urbaine se dévoilent pleinement sur le phénoménal « Catalonia », pilule d’analgésique qui ferme l’album en générique d’un songe sans lendemain.

 

Si Geof Barrow (Portishead) décrivait le son de Bristol comme la rencontre du punk avec le hip-hop et le reggae, il est permis d’affirmer que Effigy s’inscrit comme la dernière trace en date de la relation privilégiée qu’a toujours entretenue le trip hop avec le post-punk, et vice versa. Parallèlement à un autre album très commenté sorti le même jour (heureux hasard du calendrier), ce premier LP de Talk Show symbolise la volonté de ces artistes à ne pas s’enfermer dans les contours musicaux ayant défini la vague post-punk contemporaine, et témoigne de la vitalité toujours aussi impressionnante de cette scène.

photo de Arrache coeur
le 16/03/2024

12 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 16/03/2024 à 23:39:15

Je viens d'écouter, plutôt intéressant en effet, à creuser !

Moland

Moland le 18/03/2024 à 01:16:50

Tu allèches 

el gep

el gep le 18/03/2024 à 08:37:20

Quelle étrange pochette en tous cas... Et qu'est-ce que c'est que ces bidules sur le toit de la cahute, là, nan mais, hein ?

Arrache coeur

Arrache coeur le 18/03/2024 à 09:03:48

@el gep: Et bien j'ai cherché, mais je n'ai jamais trouvé la réponse à cette question haha. 

el gep

el gep le 18/03/2024 à 09:29:49

Je pense que la cabane, c'est en fait la sortie d'escalier sur le toit d'un immeuble.
Des antennes yb-7G inconnues de nos services peut-être...

Moland

Moland le 18/03/2024 à 18:24:05

Veni ecuti validi. C'est excellent. Ça groove bien. Y a des vibes ditziennes surtout dans le chant, mais en plus dansant. J'aime beaucoup. Merci pour la découverte. 

Arrache coeur

Arrache coeur le 19/03/2024 à 09:58:28

Cool ! Je suis content que ça te parle ! 😁

Moland

Moland le 20/03/2024 à 14:01:22

Acheté la version numérique en attendant de dénicher 1 copie physique. En concert,  qui sait. 

Arrache coeur

Arrache coeur le 21/03/2024 à 10:46:06

Si jamais, ils dégringolent à Lille jeudi prochain (je découvrira ça le 27 mars au Bota). 

Moland

Moland le 21/03/2024 à 18:17:45

Et ils seront  à Paris quelques jours plus tard ! 

Moland

Moland le 30/03/2024 à 22:58:33

Veni vidi reparti... avec le vinyle. Ça envoie bien, sur scène. Encore merci pour la découverte. 
En 1e partie, les Frenchies de The Gluteens. Pas mal du tout. 

Arrache coeur

Arrache coeur le 31/03/2024 à 16:35:09

Oh, trop chouette que tu te sois chauffé pour les voir ! Et pareil, j'en ai profité pour enfin me procurer le vinyle. Grosse presta au Botanique, et ça me fait plaisir de voir que la formation trouve son public. En tout cas, le plaisir ne faiblit toujours pas malgré la 123e écoute haha. Je vais écouter The Gluteens par curiosité. 

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