Tar Pond - PETROL

Chronique CD album (38:00)

chronique Tar Pond - PETROL

Les très discrets Suisses n’auront pas attendus longtemps avant de nous offrir leur sophomore. Trois petites années jonchées de départs et d’arrivées auront été nécessaires pour enfanter Petrol, sortie qui, cette fois-ci ce fait chez Prophecy. Le terme d’enfanter est ici volontaire puisque des pistes vieilles de dix ans ont été sorties des cartons, remises au goût du jour, travaillées sous un angle nouveau. Il me semble important de garder à l’esprit cette notion de gestation pour mesurer, ou tenter de mesurer, la profondeur de cet album. Le quintet fait de sa musique une maïeutique et accouche, expulse tous ses miasmes psychologiques. Petrol ne commence donc pas exactement là où Protocol of Constant Sadness se termine. Même si l’on parle d’un deuxième album, le groupe fait montre d’une grande expérience de par son line up, présent et passé, mais aussi de par ses (presque) 10 ans d’existence. Il a donc beaucoup, beaucoup de matière à disposition et cela s’entend. Sur le fond comme dans les détails, on est englué dans un doom’n gloom sinueux qui, en trois ans, n’aura pas beaucoup gagné en luminosité.

Analyse.

 

Comme dit précédemment, les amoureux de Protocol ne seront pas ici dépaysés ; particulièrement sur "Bomb", qui ouvre le bal dépressif. La voix, non pardon, LA voix de Thomas Ott, reconnaissable entre toutes, déploie d’entrée de jeu toute sa richesse. D’un trompeur aspect morne, le chant se trouve être un véritable trésor de détails et nuances et surtout, l’expression directe, sans parure, d’une psychologie tourmentée. On s’en rend particulièrement compte sur "Something" qui alterne morosité et tension subite ; aussi subite que les réminiscences incontrôlées d’un névrosé. Écouter Tar Pond c’est se lover dans une boite crânienne. Expérience dérangeante, je vous l’accorde. Aussi dérangeante que l’artwork.

Aux lourdes guitares tranchant inlassablement l’air de leur saturation massive, déjà expérimentées sur Protocol, apparaissent sur Petrol de dissonantes et aériennes guitares lead faisant contre point. Véritables déchirures zébrant l’atmosphère déjà tourmentée, elles apportent un côté noisy/contemporain, ou du moins le renforce par rapport à l’album précédent. Le proto-doom est revisité, sauce 2020’s.

A l’apathique morosité, le corps et l’esprit répondent parfois spontanément et inextricablement par la nervosité. Tout dépressif anxieux pourra vous le confirmer. Cette nervosité structurelle se retrouve très bien exprimée sur Petrol et particulièrement sur "Blind". Cette ligne de basse est une véritable déflagration et emporte tout dans son sillon. C’est nerveux, haché, saccadé, mécanique et minéral. Rappelez moi le titre de l’album ? C’en est une évidence.

L’« anti super-groupe » comme il se fait parfois appeler, réussi le tour de force de proposer un album aussi complexe que la psyché humaine, où les frontières émotionnelles se floutent et se désagrègent.

 

Petrol est donc une véritable métempsychose et réussi parfaitement là où bon nombre d’albums ou de groupes se cassent les dents : retranscrire le gouffre dépressif. Vertigineux et pourtant d’une proximité certaine, ce deuxième album mérite un nombre conséquent d’écoute pour en saisir toute ses composantes, nuances et complexités sans que jamais le plaisir ne disparaisse.

 

photo de Vincent Bouvier
le 29/02/2024

3 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 29/02/2024 à 10:56:14

Excellente nouvelle sortie de TAR POND !

Moland

Moland le 02/03/2024 à 16:47:06

Jolie chronique qui donne envie. Pour 1 bonne dose de déprime 

Moland

Moland le 02/03/2024 à 16:48:46

J'ai appris 1 nouveau mot : sophomore. Merci 

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