Tar Pond - Protocol of Constant Sadness

Chronique CD album (33:53)

chronique Tar Pond - Protocol of Constant Sadness

Tar Pond est un mastodonte, tant dans sa musique que dans son âme. Mais j’avoue quelque peu hésiter quant à aller les voir en live tellement le groupe est maudit. Entre le décès de Martin Ain* en 2017 et une pandémie mondiale le mois de la sortie du premier album, Kupper, membre fondateur, qui se barre au même moment, sans parler du reconfinement lors de l’entrée en studio pour le sophomore. Les suisses jouent de malchance. Enfin, là c’est carrément de la malédiction. Mais justement, toutes ces épreuves traversées et outre-passées démontrent bien le caractère unique (complexe!) et suprême de l’âme de Tar Pond. Ce genre d’âme que les bassesses du petit monde n’atteignent pas. Il est tant de revenir sur ce Protocol of Constant Sadness, sorti ce 20 mars 2020 (déjà!).

Analyse.

 

Les premières secondes de « Please » ne trompent pas. On officie bien ici dans un doom assumé, juvénile qui plus est (comprenez des 70’s ; les expérimentations sonores de Mauriello tout au long des 4 pistes ne feront que conforter cette idée). On tourne dans la lourdeur, la lenteur, sans se dissimuler derrière une saturation exagérée. On a affaire à un doom organique, végétal et solaire qui prend le temps de puiser les ressources nécessaires, et au juste dosage, pour se développer. L’intensité survenue subitement, sans prévenir, en clôture de « Please » en serait un bon exemple.

Mais l’âme de Tar Pond, c’est aussi aussi une voix. Celle de Thomas Ott. Et il y aurait beaucoup à dire (et surtout à entendre). Profonde et distanciée, elle se faufile au gré des nuances tout en gardant ses éclats percutants. Laissez vous donc sombrer avec « The Spirit » et ce chant suave. Surprenante balade d’arpège à la puissance émotionnelle sans nom. On y retrouve là encore, une grande limpidité, qui au fil des écoutes, me surprend de plus en plus.

Je ne peux pas aborder Protocol of Constant Sadness sans parler de « Damn » , de ce solo à 6’30’’ sorti de nul part mais tellement percutant, ce riff aux allures d’insufflations ( quand je vous dis qu’il font du doom organique), cette ligne de basse, comme seul Martin Ain pouvait t’en sortir. Exit ici le chant suave, places aux turpitudes des âmes damnées, condensées en une voix.

Le génie de cet album réside par ailleurs (entre tellement d’autre choses!) dans sa capacité à créer des textures. De subtils environnements sonores surgissent de nul part, discrètement. Discret certes, mais tellement judicieux (je pense particulièrement à « Please » et « Damn »).

 

Tar Pond signe ici un ovni. Ce genre d’élan créatif (commun, qui plus est) que rien n’arrête. Ce genre d’élan créatif qui se contrebalance de la critique. Ce genre d’élan créatif qui ne réfléchit pas. Celui qui se contente de créer. Pour soi, pour eux, pour tous. Aller au plus près du coeur palpitant de la création. Seuls des génies peuvent se rendre à ce point aveugle aux bassesses de ce monde. Totalement indépendant (jusque dans la prod’), Tar Pond plane et avec eux, nous emmène voir ce monde d’un peu plus haut. Ouais. Tar Pond nourrit ta Psyché, sache le.

Ce sophomore prévu pour début 2021 est donc attendu avec impatience. Grosse pression donc pour Monika Schori, qui, jusqu’à présent, interprétait les lignes de Martin Ain et passe désormais à la compo.

Vraiment, on a hâte.

 

 

 

*Souhaitant respecter la volonté de Tar pond se qualifiant d’anti-supergroupe, je vous laisse le plaisir de vous renseigner sur le line-up et les formations précédentes des membres qui le compose.

photo de Vincent Bouvier
le 04/12/2020

3 COMMENTAIRES

pidji

pidji le 04/12/2020 à 09:01:10

J'ai adoré ce disque pour ma part, son ambiance générale, tout ça...

Stéph

Stéph le 05/12/2020 à 18:25:32

"On officie bien ici dans un doom assumé, juvénile qui plus est (comprenez des 70’s ; les expérimentations sonores de Mauriello tout au long des 4 pistes ne feront que conforter cette idée)." C'est marrant, ils disent exactement l'inverse dans leur interview dans New Noise mag, qu'ils ne veulent surtout pas sonner 70's

Vincent Bouvier

Vincent Bouvier le 05/12/2020 à 20:43:05

@stéph : Dixit "Il n'y a pas de mal à ça [ sonner 70's], mais on ne veut pas être un groupe rétro".
Ils y puisent l'inspi sans s'y cloisonner. Ce que je m'évertue à expliquer.
D'autres questions?

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